XVIIIème siècle : périlleuses naissances

Au XVIIIème siècle, dans tous les villages, le curé se doit d’établir un acte pour chaque baptême qu’il célèbre. A la lecture des registres paroissiaux de l’époque, qui compilent ces actes, on prend conscience des périls qui attendaient mères et enfants à la naissance.

XVIIIème siècle : forte expansion démographique

"The Birth" par Edward Bird (1762 1819)

« The Birth » par Edward Bird (1762 1819)

Le XVIIIème siècle est une période de forte expansion démographique. L’amélioration des  techniques en agriculture, avec notamment l’introduction des cultures fourragères ou de la pomme de terre, ou encore l’amélioration de la qualité du bétail, éloignent progressivement les famines qui frappaient si durement les populations. Quant aux épidémies, si elles sont encore présentes, leurs conséquences sont moins dramatiques que lors des siècles précédents. Les conditions de vie s’améliorent donc sensiblement et constituent l’élément essentiel de l’essor démographique.

En 1715, dans les territoires de la France actuelle, la population est estimée à 21,8 millions d’habitants. Ce niveau de population est sensiblement celui qui avait été atteint quatre siècles plutôt au début du XIVème siècle, vers 1320, avant les dépressions causées par la guerre de cent ans, les épidémies, les famines ou encore les guerres de religion. Or en 1780, la population atteint à 27,5 millions d’habitants, toujours sur le territoire de la France actuelle. En l’espace de seulement 65 ans, la croissance du nombre d’habitants est supérieure à 25 %, ce qui représente un essor formidable et sans précédent.

Ces tendances, observées au niveau national, s’appliquent aussi à Vassincourt. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la natalité y est très forte avec 25 à 30 naissances annuelles (27 en 1777, 24 en 1778, 30 en 1779) pour une population de 468 âmes en 1793. Mais, si la natalité est élevée, la mortalité infantile reste préoccupante. Naître au XVIIIème siècle à Vassincourt demeure un moment périlleux aussi bien pour la mère que pour l’enfant.

A la naissance : risque de mort pour la mère et l’enfant

Dessin de William Smellie inventeur de forceps

Dessin de William Smellie (1697 1763) Obstétricien écossais inventeur de forceps

Si le XVIIIème siècle a vu d’importants progrès techniques et scientifiques, ceux-ci n’ont que très peu touché la médecine. Les soins, les remèdes et méthodes utilisés restent encore largement inefficaces et empiriques. Lors d’un accouchement, si des difficultés apparaissent, la sage-femme qui, rappelons-le, n’a pratiquement pas de formation spécifique si ce n’est sa propre expérience, utilisera les fers, sans trop de ménagement, pour extraire l’enfant. L’accouchement reste donc un événement dangereux où la mère et l’enfant risquent la mort.

Ainsi, le 29 mai 1777 à Vassincourt, Marie Catherine POINOT, l’épouse de Nicolas HORVILLE met au monde un garçon, Dieudonné. Six jours plus tard, le 4 juin, la mère décède suivie le lendemain par l’enfant.

Toujours à Vassincourt, dans la même période, le 17 mars 1777, une autre naissance aura un dénouement tragique. L’accouchement est probablement difficile, la mère Anne GUILLET ne s’en remet pas et décède le 12 juin. La petite fille qu’elle venait de mettre au monde, la suivra dans la mort moins d’un mois plus tard le 5 juillet de la même année.

A la naissance, une priorité : le baptême

L’enfant qui meurt sans avoir reçu le sacrement du baptême, est condamné à errer éternellement dans les limbes, un lieu décrit par le curé comme encore plus terrible que l’enfer. Ce péril marque fortement les esprits de l’époque. A la naissance, devant cette menace, une seule priorité : le baptême.

Naissance au XVIIIème siècle - 1789 auteur inconnu

Naissance au XVIIIème siècle – 1789 auteur inconnu

Lors de l’accouchement, si l’enfant est en danger de mort, la sage-femme se chargera du baptême (ondoiement), elle y a été habilitée en prêtant serment au curé. C’est le cas pour la fille de François SAINTOT qui naît le 24 octobre 1778 à Vassincourt et qui est aussitôt baptisée par Gabrielle SOUEL, sage-femme du village (voir l’article « 1757 – L’élection de la sage-femme« ).

Dès la naissance, le premier soucis est donc de baptiser le nouveau-né quelle que soit sa fragilité et son état de santé. A cette époque, les parents ont trois jours pour procéder au baptême. Mais à Vassincourt, le curé d’alors, Claude VALLIER, a du donner des consignes plus strictes car en 1777, 1778 et 1779, quelles que soient les conditions, froid vif, pluie, vent ou canicule, le père, accompagné du parrain et de la marraine, courent au plus vite vers l’église pour que l’enfant soit baptisé. Sur ces trois années, les baptêmes sont célébrés le jour même pour 76 des 81 naissances, pour les 5 autres ils interviennent le lendemain.

Il va de soit que cette pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant notamment pendant les mois d’hiver.

Malheur aux naissances de janvier et février

A peine a-t-il quitté la chaleur du ventre de sa mère, que le nouveau-né est emporté vers l’église du village et le curé pour son baptême. En hiver, cette pratique est désastreuse pour les enfants. A Vassincourt, sur les 21 nourrissons nés en janvier ou février entre 1777 et 1779, seuls 6 ont survécu plus d’un an, 12 de ces nouveau-nés ont eu une vie inférieure à huit jours.

* * *

Sur les 51 bébés nés à Vassincourt en 1777 et 1778, 20 ne survivront pas plus d’un an. Cette mortalité infantile va progressivement diminuer, notamment avec les progrès de la médecine et de l’hygiène au XIXème siècle. La population du village va continuer à croître jusqu’à ce que l’industrialisation, l’exode rural puis la première guerre mondiale n’inversent fortement la tendance jusqu’à nos jours.

 

Nota :

Un relevé des registres paroissiaux de 1777, 1778 et 1779 est fourni sur ce blog à l’onglet « Relevés »

Sources :

– Registre paroissial de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 1792
– Histoire des paysans français – Emmanuel Le Roy Ladurie
– Base Cassini de l’EHESS (population de 1793)

 

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1725 – Un centenaire à Vassincourt

Rembrandt - Portrait d'un vieil-homme - 1630

Rembrandt – Portrait d’un vieil homme – 1630

En 1725, l’espérance de vie des habitants de Vassincourt comme ceux du royaume de France, était d’environ 25 ans (en 1750, 27 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes). La mortalité infantile est la première cause de cette très faible durée de vie. Près d’un enfant sur deux n’atteint pas l’âge de 10 ans. Les guerres, les épidémies, la famine ou la malnutrition, les conditions d’hygiènes précaires, la médecine encore balbutiante sont les autres raisons de cette mortalité prématurée. Pour autant certains individus vivent longtemps et dépassent très largement cette espérance de vie.

Demenge Mengin : « …103 ans ou environ… »

Ainsi en parcourant les registres paroissiaux de la commune de Vassincourt, on trouve en 1726 l’acte de sépulture de Demenge MENGIN décédé « âgé de 103 ans ou environ ». Il s’agit là probablement de l’un des premiers centenaires du village.

Transcription de l’acte :

« L’an mil sept cent sept cent vingt six, le premier jour du mois de janvier de cette présente année 1726, Demenge MENGIN âgé de cent trois ans ou environ après avoir été confessé reçu le St Viatique et l’extrême-onction est décédé le trente et unième jour du mois de décembre de l’année 1725 et inhumé le premier janvier au cimetière de cette paroisse du côté de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées. En présence des témoins qui ont signé avec nous. J COLSON, Jean SOUEL, Gabriel MARTIN prieur curé de Vassincourt »

De Louis XIII à Louis XV

Demenge MENGIN aurait donc vécu très longtemps, plus de 100 ans si l’on en croit cet acte de sépulture rédigé par le curé de Vassincourt Gabriel MARTIN. Cependant à cette époque les dates annoncées et les âges affichés sont peu fiables. Ils ont souvent pour source la mémoire et la transmission orale avec toutes les imprécisions que cela suppose. Il aurait fallu, pour vérifier, avoir accès aux registres paroissiaux de 1622, date présumée de la naissance de notre centenaire, or ces registres n’existent plus ou du moins ils ne sont pas disponibles aux Archives Départementales.
Il n’en reste pas moins que ce personnage, décédé à Vassincourt le dernier jour de 1725, a du vivre longtemps. Il a du connaître les dernières années du règne de Louis XIII, vivre la guerre de trente ans si terrible en Barrois et en Lorraine. Il a été contemporain de tout le règne du Roi Soleil, Louis XIV avant de s’éteindre à l’aube du règne de Louis XV.

Sources :
– Archives Départementales de la Meuse – Actes paroissiaux – E dépôt 510 (9)
– INED (Institut National d’Etudes Démographiques) – Fiche « La durée de vie en France »

 

1757 – L’élection de la sage-femme

Nous sommes au printemps 1757 et Louis XV règne sur la France. La guerre de sept ans fait rage en Europe comme en Amérique du Nord entre d’une part la France et l’Autriche unies par le traité de Versailles et d’autre part l’Angleterre alliée à la Prusse.

Vassincourt - Registre d'état civil - 1757 06 05 - Sage-femme

Registre paroissial de Vassincourt

Pendant ce temps, à Vassincourt, ce dimanche 5 juin, l’assemblées des femmes du village se réunit pour élire la sage-femme à la « pluralité des suffrages ». C’est Gabrielle SOUEL paroissienne du village, âgée de 44 ans et veuve de Jean ARRAGON qui est élue. Conformément au rituel du diocèse, elle prête serment à François BARTHELEMY, curé du village.

La sage-femme, ou encore matrone comme on l’appelle dans certaines régions, est une femme expérimentée, choisie ou élue par les autres femmes du village et qui a pour mission d’accompagner les accouchements. Pas d’étude ou de connaissance particulière, tout au plus les conseils d’une consœur. Une condition indispensable cependant à l’exercice de la profession : avoir prêté serment au curé. La sage-femme peut-être amenée dans certaines circonstances à baptiser le bébé notamment s’il meurt à la naissance, ce qui était relativement fréquent au XVIIIème siècle.

Gabrielle Souel a eu 6 enfants, elle a l’expérience des accouchements, c’est une bonne paroissienne, elle répond parfaitement aux critères de l’époque pour assurer cette fonction de sage-femme du village.

Transcription du registre paroissial :

Ce jourd’huy cinquième jour du mois de juin mil sept cent
cinquante sept Gabriel SOUEL veuve de Jean ARRAGON paroissienne
de Vassincourt agée de quarante ans a été élue dans l’assemblée
des femmes à la pluralité des suffrages, pour faire l’office de
sage femme et a preté le serment ordinaire entre mes mains
conformément au rituel de ce diocèse en foy de quoi j’ay signé
les jours et an susdits
F BARTHELEMY Prieur Curé de Vassincourt