Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18ème siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Eglise. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Eglise Catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18ème siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4ème degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement; celui des époux, comme le veut la religion catholique mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi généralité au XVIIIème siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuelles empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles où le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record; les fiançailles ont lieux le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIème siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4ème degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4ème degré de parenté voire même de 3ème degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat

 

Il y a 100 ans… 17 décembre 1914

94ème Régiment d'Infanterie à Bar le Duc

Le 94è Régiment d’Infanterie à Bar-le-Duc

Terrible fin d’année 1914

En aout 1914, la déclaration de guerre était survenue comme un éclair dans un ciel assombri, un éclair qui allait déchainer la tempête. Pourtant, nul ne pensait alors que cette guerre aller durer. Le 17 décembre 1914, il ne s’était écoulé que quelques mois depuis le début du conflit mais, pour les habitants de Vassincourt, que ce mois d’août paraissait loin tant il y avait eu d’événements dramatiques pour eux.
Deux jeunes soldats de Vassincourt tués aux combats dès le 22 août. Le 6 septembre, c’était la bataille de Vassincourt, une victoire, le village venait d’être libéré mais quel goût amère avait ce succès ; le village était ravagé et toutes les maisons détruites. Les familles sont dispersées dans les villes et les villages environnants voire plus loin encore. Fin septembre , deux autres soldats de Vassincourt étaient emportés et les épreuves continuaient à affliger le village et ses habitants. La fin de cette année terrible pour Vassincourt allait encore apporter le malheur.

Robert SAUDAX… un 5ème soldat de Vassincourt mort pour la France

Le 17 décembre 1914, Robert Jules SAUDAX, soldat de 2ème classe, âgé de 21 ans, était tué au combat à Zillebeke en Belgique.
Robert Jules Saudax était le fils de Charles Germain SAUDAX et de Thérèse MAYBEL. Né le 30 septembre 1893, il exerçait le métier d’agriculteur jusqu’à son départ à l’armée. Il a intégré le 26 novembre 1913, la 94ème Régiment d’Infanterie, régiment cantonné à Bar le Duc et entrait en campagne contre l’Allemagne avec son unité en août 1914. Après un court retour à Bar le Duc, il repartait au combat le 5 décembre 1914. Moins de 15 jours plus tard, il était porté disparu le 17 décembre 1914 à Zillebeke.

L’historique de 94ème régiment d’Infanterie décrit la situation les jours précédents cette disparition et nous éclaire sur ce qu’ont du être les dernières heures de Robert SAUDAX :

« Les Allemands viennent d’inaugurer de nouveaux travaux défensifs et, en face du Régiment, ont créé un ouvrage important, puissamment armé de mitrailleuses : le fortin de Zillebecke. »
« Le 16 décembre, le Bataillon Barbaroux attaque à fond. Deux colonnes d’assaut sont lancées, celle de gauche en avant (3ème compagnie, Capitaine Darthos, et 4ème, sous-lieutenant de Corny). D’un élan superbe, les jeunes soldats franchissent d’un bond les tranchées. Il est 11 h. 25. Le fortin parait abandonné, trois hommes arrivent au sommet; mais des feux violents partent de partout et couchent les assaillants au pied du talus.
Le sous-lieutenant de Corny est tué. La 3e Compagnie a perdu plus de 80 hommes.
Citation du Sous-Lieutenant de Corny : « Le 16 décembre 1914, a conduit vers un fortin allemand la colonne de droite du 94e et, sous un feu terrible, a réussi à en atteindre le talus, à s’y maintenir plusieurs heures Jusqu’au moment où il a été tué en cherchant encore à gagner de l’avant » ; Hommage à tous ces jeunes gens, tombés dans leur premier combat, entraînés par le désir de venger leurs aînés

Fin d’année 1914, Noël est proche mais il n’y a pas de trêve du malheur pour les habitants de Vassincourt. Les jeunes gens sont dans les tranchées, le village est détruit, la communauté des habitants est dispersée, la guerre s’enterre, s’enlise, et l’espoir s’éteint laissant place à la résignation.

Sources :
Historique du 94e Régiment d’Infanterie (Anonyme, A. Collot, 1920)
– Archives Départementales de la Meuse (Etat civil – Registres matricules)