La confirmation pour 62 enfants du village

On l’a vu précédemment, la religion catholique tient une place très importante dans la société du XVIIIème siècle où elle est présente à chaque instant de la vie des contemporains. Elle est imposée aussi bien par les autorités religieuses que civiles. Nos ancêtres sont donc, pratiquement tous, pratiquants même si leur foi relève plus souvent de la culture, de la tradition, de l’éducation voire de la contrainte, que de la conviction.

Dans ce contexte, la confirmation de 62 enfants, qui nous est relatée par les registres paroissiaux en 1780, constitue un véritable événements pour la communauté de Vassincourt.

La confirmation

La confirmation est l’un des trois sacrements de l’initiation chrétienne avec le baptême et l’eucharistie. Ces trois sacrements sont indissociables.

Étienne François Xavier des Michels de Champorcin - Evêque de Toul

Etienne François Xavier des Michels de champorcin Evêque de Toul en 1780

A l’origine, la confirmation proprement dite n’existe pas; le baptême et l’eucharistie sont donnés simultanément au cours d’une même célébration pendant la veillée pascale. Progressivement, avec la pratique du baptême des nouveau-nés par le prêtre à la naissance, et pour préserver l’intervention de l’évêque dans le processus d’admission dans l’église catholique, la confirmation va apparaître. L’eucharistie, quand à elle, est célébrée par le prêtre. Ce sont ces pratiques qui ont cours au XVIIIème siècle.

Pour l’église catholique, la confirmation est une décision personnelle qui se prend « à l’âge de raison » (maturité spirituelle) et qui vient confirmer le sacrement du baptême. Il est donc obligatoire d’être baptisé pour la recevoir de l’évêque qui préside la célébration. La confirmation constitue, pour celui qui la reçoit, une marque indélébile et à ce titre elle ne peut être reçue qu’une seule fois.
Au XVIIIème siècle, la confirmation est donnée aux enfants entre 7 et 14 ans mais bien souvent au-delà car l’évêque ne passe que très rarement dans les villages. Sa venue, le 23 mai 1780 dans la région de Vassincourt, est un événement d’une grande importance que Claude Vaillier, le curé de la paroisse, ne manque pas de consigner dans ses registres.

62 enfants de Vassincourt confirmés à Contrisson

Au milieu des actes de mariage, baptême et sépulture, les registres de la paroisse de Vassincourt nous apprennent que le 23 mai 1780, 62 enfants du village, 27 filles et 35 garçons, partent à Contrisson, un village voisin distant de 6 kilomètres, pour y recevoir la confirmation en la présence de « Monseigneur Illustrissime et révérendissime Evêque Comte de Toul Prince du Saint Empire Etienne François Xavier des Michels de Champorcin natif de Digne, ci-devant Evêque de Senez« .

Registre paroissial de Vassincourt
23 mai 1780

Transcription de l’acte :

 » Le vingt troisième jour de may de la présente année mil sept cent quatrevint ont
été confirmés dans l’église de Contrisson : Jean Senfaute, Nicolas Huard, Pierre
Prudhomme, Pierre François Toussaint, Jacques Adnot, Sébastien Huart, Claude
Pierre Thomas, Jean Senfaute, Claude Baillot, Nicolas Arragon, Claude Barbier,
Florentin Grion, Jean Nicolas Prudhomme, Antoine Quentin, Jean Joseph Lombard
Jacques Adnot, Claude Georges Horville, Joseph Varin, Nicolas Thomas, Joseph
Thomas, Pierre Souel, Nicolas Arragon dit Clor, Antoine Arnould, Claude Arragon,
Jean Adnot, Claude Saudax, Jacques Thomas, Joseph Adnot, Pierre Horville, Jean
Saudax, Claude Varin, François Xavier Elloy, Nicolas Sauvage, Jean Huard,
Jean François Huard, Catherine Arragon, Marie Barbier, Marie Françoise
Souel, Marie Jeanne Colson, Marie Souel, Madeleine Huard, Catherine Horville,
Rose Saintot, Anne Barbier, Marie Adnot, Marie Rose Toussaint, Marie Baillot
Marie Poitel, Marguerite Sauvage, Elisabeth Horville, Barbe Arnould,
Marie Arnould, Anne Maybel, Catherine Huart, Marie Senfaute, Marie
Toussaint, Marie Hélène Grion, Marguerite Barbier, Françoise Arnould,
Thérèse Varin, Catherine Quentin, Barbe Arragon; tous habitants de Vassincourt
de fait et de droit excepté un, Jean Senfaute de droit de la paroisse de Mussey et de fait
de celle de Vassincourt à cause de sa qualité de domestique.
C Vaillier Prieur curé de Vassincourt « 

Les 62 enfants de Vassincourt ne sont pas seuls. Dans la petite église de Contrisson, ils rejoignent les 63 filles et 64 garçons du village et voient aussi arriver d’autres enfants de tous les villages alentour. C’est tout d’abord 61 garçons et 43 filles qui viennent de Mognéville, village voisin, 73 enfants de Rancourt, 229 enfants, 101 garçons et 128 filles, de Revigny, la ville distante de 5 kilomètres puis arrivent aussi les enfants d’Andernay et les 22 de Remenecourt les deux plus proches villages de Contrisson voilà aussi les 73 enfants de Rancourt qui viennent de parcourir 6 kilomètres et enfin ceux de Couvonges, 16 garçons, 23 filles, et les 85 de Brabant-le-Roi qui ont marché plus de 7 kilomètres.

Au total, c’est plus de 700 enfants qui convergent ce matin là vers le village de Contrisson pour recevoir à 11 h 30 la confirmation de l’évêque de Toul en personne. L’âge de ces jeunes est compris pour la plupart entre 7 et 16 ans mais il y a aussi plusieurs jeunes adultes entre 16 et 25 ans qui n’ont pas dû recevoir la confirmation lors de la précédente visite de l’évêque. Il y a même des adultes d’un âge avancé qui viennent recevoir ce sacrement comme ces deux hommes de Revigny Nicolas Moinot 55 ans et Nicolas Dargent 54 ans ou encore ce Claude Chamesson de Brabant-le-Roi qui est âgé de 70 ans.

Nos ancêtres marchaient beaucoup et ces distances parcourus ne constituaient pas un effort exceptionnel pour eux. Mais il faut s’imaginer ces foules, car les enfants devaient bien être accompagnés par leurs parents, convergeant vers Contrisson pour comprendre l’ampleur de l’événement pour toutes ces communautés villageoises.

Des documents exceptionnels

Entre l’acte de naissance et celui du mariage où l’acte de sépulture s’ils meurent en bas âge, les enfants laissent peu de trace dans les archives du XVIIIème siècle. Ces mentions consignées dans les registres paroissiaux des villages barrois permettent d’orienter les projecteurs sur la vie des enfants de ce siècle qui comme celle de leurs parents est fortement guidée par le religion. En cela, ces archives constituent des documents particulièrement intéressants pour les historiens. Ces informations sont également d’un grand intérêt pour les généalogistes qui peuvent, grâce à elles, mieux suivre les filles et les garçons des familles souvent nombreuses à cette époque.

 

Sources :
Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 à 1792 – p. 176
– Registre de la paroisse de Mognéville – 2 E 348 (1) – 1756 à 1792 – p. 294
– Registre de la paroisse de Contrisson – E 93 1 E 11 – 1756 à 1782
– Registre de la paroisse de Couvonges – 2 E 138 (1) – 1756 à 1792 – P. 122
– Registre de la paroisse de Revigny – 2 E 436 (2) – 1778 à 1792 – p. 41 / 254
– Registre de la paroisse de Rancourt – 2 E 422 (1) – 1756 à 1792 – p. 100
– Registre de la paroisse de Remenecourt – 2 E 433 (1) – 1756 à 1792
– Registre de la paroisse de Brabant-le-Roi – E dépôt 50 (1 E 8) – 1778 à 1790 – P. 16
– Journal La Croix
– Site internet de « L’église Catholique en France »
– « Les refus du sacrement d’après les nouvelles ecclésiastiques 1756 – 1789 » – Mémoire de Céline Perez – Université Lyon III

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Il y a 100 ans… le 22 août 1914

Bataille de Morhange - Eugene Chaperon

Bataille de Morhange par Eugène Chaperon

Il y a 100 ans… la bataille des frontières

Du 20 au 26 août 1914 se déroule la phase finale de la bataille de Frontières qui oppose, depuis le début de la guerre, les armées allemandes aux armées françaises, belges et anglaises le long des frontières de la Belgique à la Suisse. Durant ces journées, le massacre des jeunes soldats, récemment mobilisés, est effroyable. Ces journées seront parmi les plus meurtrières de la guerre. Le 22 août 1914, l’armée française vit la journée la plus sanglante de son histoire. Près de 27000 soldats français seront tués, victimes de la doctrine de  » l’offensive à outrance « . La plupart d’entre eux seront foudroyés par l’artillerie allemande ou fauchés par les mitrailleuses solidement installées sur des positions défensives. Au cours de cette journée, comme de nombreux soldats Meusiens, deux jeunes habitants de Vassincourt, Marcel GEORGET et Adolphe LESURE sont morts pour la France.

Marcel Georget, 21 ans… Mort pour la France

Paul Marcel GEORGET est né le 25 février 1893 à Vassincourt. Il est le fils de Jules Ernest GEORGET et de Léonie BARBIER un couple de cultivateurs de Vassincourt. En 1913, comme son père, il est agriculteur mais décide de s’engager volontairement pour 3 ans dans l’armée en devançant l’appel. Il rejoint alors le 94ème régiment d’infanterie, en garnison à Bar le Duc, le 25 octobre 1913, comme soldat de 2ème classe. Le 2 août 1914, à la déclaration de guerre, il entre en campagne contre l’Allemagne avec son régiment. Au début du mois d’août, le 94ème régiment d’infanterie se porte vers la frontière en prenant d’abord cantonnement sous les côtes de Meuse puis en progressant dans la plaine de la Woëvre en direction de Longwy. Le 21 août, le régiment subit son baptême du feu et huit soldats sont blessés dans ces premières escarmouches. Le 22 août, ce jour où tant de soldats français ont perdu la vie, de violents combats s’engagent pour la prise du village de Bazailles. C’est dans ces combats que disparaît Marcel GEORGET, soldat de Vassincourt âgé de 21 ans, engagé depuis moins d’un an et qui vivait sa première bataille. Un document intitulé  » l’Historique du 94e Régiment d’Infanterie  » nous rapporte ce que furent les pertes humaines ce jour-là :  » En cette seule journée une vingtaine d’officiers et plus de 1.000 hommes étaient hors de combat; la plupart des tués et blessés en dépit d’efforts surhumains pour les sauver, tombèrent aux mains de l’ennemi « .

Adolphe Lesure, 25 ans… Mort pour la France

Adolphe LESURE est né le 20 mars 1889 à Vassincourt au domicile de ses parents, Jules François LESURE, cultivateur et Adolphine ARRAGON. Le 4 octobre 1910, il abandonne sa profession de cultivateur pour rejoindre le 154ème régiment d’infanterie à Lérouville comme soldat de 2ème classe. Depuis 1905, la durée du service militaire est de deux ans. C’est donc après deux années de bons et loyaux services qu’il est rendu à la vie civile, le 27 septembre 1912, avec un certificat de bonne conduite. Le 1er août 1914, le décret « prescrivant la mobilisation des Armée de terre et de mer« , le rappelle à l’activité militaire et il rejoint son unité à Lérouville le 2 août 1914. Alors que le régiment fait marche vers la plaine de la Woëvre, les réservistes continuent de le rejoindre jusqu’au 6 août. Dans les jours qui suivent les soldats organisent les positions dans l’éventualité d’une attaque allemande. Ce n’est que le 21 août, que le régiment rencontre les traces des premiers combats dans la région de Dommary – Baroncourt. Le 22 aout 1914, ce jour terrible pour l’Armée Française, c’est le baptême du feu. Le 154ème régiment d’infanterie est engagé dans la bataille de Fillières à quelques kilomètres du Luxembourg. Sa mission est « d’arrêter tout ennemi débouchant de la direction Fontoy – Thionville« . C’est au cours de ces combats contre un ennemi supérieur en nombre que meurt Adolphe LESURE comme beaucoup de soldats et d’officiers de son régiment. Il reçoit à titre posthume la Croix de Guerre étoile de bronze et la médaille militaire avec la mention suivante :  » Brave soldat ayant crânement reçu le baptême du feu. Tombé glorieusement le 22 août 1914 à Fillières dans l’accomplissement de son devoir« . Il est inhumé dans le cimetière militaire de Fillières.

Voir aussi l’article « Le monument aux morts »

Sources :
– Archives Départementales de la Meuse (Etat civil – Registres matricules)
‘Historique du 94e Régiment d’Infanterie’, Anonyme, Imp. A. Collot
– ‘Historique du 154e Régiment d’Infanterie’ Imprimerie Berger-Levrault – Nancy-Paris-Strasbourg