Les curés de Vassincourt

Vassincourt - La veuve et son pêtre de J-B Greuze

« La veuve et son prêtre » – Œuvre de Jean-Baptiste Greuze 1784

Le curé, un personnage omniprésent sous l’ancien régime

Jusqu’au XVIIIème siècle, l’immense majorité de nos ancêtres est catholique. C’est le cas pour 95 % de la population de la France d’alors et certainement pour près de 100 % à Vassincourt. Tous sont croyants et pratiquants même si pour quelques-uns, faute d’une foi forte et sincère, il s’agit de ne pas être mis en marge de la société.
La religion est partout. Quotidiennement, nos ancêtres croisent des prêtres, des chantres ou bien des moines, une abbaye, des chapelles ou encore un sacristain… Au XVIème siècle, on estime à plus de 880 le nombre d’établissements religieux auxquels il faut ajouter 6000 prieurés, 60 chartreuses et 500 commanderies. Le clergé qui est l’un des trois ordres et alors fort de plus de 100 000 religieux parmi lesquels environ 60 000 curés et vicaires.
Dans ce contexte, le curé est un personnage extrêmement important pour ne pas dire central dans les villages ruraux de l’ancien régime. Il est omniprésent. Il intervient dans tous les domaines de la vie de nos ancêtres : social, santé, familial, sexuel, économique.
Pour les contemporains des XVIIème et XVIIIème siècle, le curé d’un village est incontournable à chaque étape de leur existence (naissance, mariage, décès). Conditionnés dès leur enfance par le catéchisme, les villageois sont tenus d’assister aux messes. Par ses prônes, le prêtre influence, donne la conduite à tenir, il peut même aller jusqu’à montrer du doigt le paroissien égaré et le mettre au ban de la société. Le curé règne sans partage, il contrôle par la confession obligatoire et bénéficie d’un pouvoir immense comme celui de refuser la communion et donc l’espoir d’atteindre le paradis mais aussi celui de refuser l’inhumation au cimetière.
On ne peut donc s’intéresser à la vie des villages sous l’ancien régime sans essayer de comprendre qui étaient ces « prieur-curé de Vassincourt » qui tenaient les registres paroissiaux.
A ce titre, le pouillé du Diocèse de Verdun constitue une source intéressante à consulter pour mieux connaître les différents curés qui se sont succédés à Vassincourt, du XVème au XIXème siècle.

Le pouillé du Diocèse de Verdun

D’après les définitions données par différents dictionnaires, on peut définir un pouillé comme un registre des biens et des bénéfices d’une circonscription ecclésiastique : cure, abbaye, doyenné, diocèse. Les pouillés pouvaient être dressés pour établir l’assiette des perceptions fiscales ou encore pour lister les revenus de bénéfices.
Le pouillé du Diocèse de Verdun est un énorme ouvrage de 4 volumes qui établit un état des différentes paroisses du diocèse. Son élaboration a débuté en 1873 par un travail de l’abbé Nicolas-Narcisse Robinet qui aboutit en 1888 à la parution du 1er tome. A la mort de l’abbé Robinet en 1894, grâce aux manuscrits qu’il a laissés, quoique très incomplets, et au travail de l’abbé J.-B.-A. Gillant qui reprend l’ouvrage, les tomes 2 et 3 du pouillé sont édités respectivement en 1898 et 1904. Le tome 4 qui concerne l’archiprêtré de Montmédy, paraît en 1910 et clôt l’état des paroisses et établissement du diocèse de Verdun.
Le pouillé du Diocèse de Verdun qui est consultable sur le site internet de la Bibliothèque Nationale, présente l’intérêt de dresser, dans son tome 2, une liste des curés de Vassincourt entre depuis le XIVème siècle jusqu’au XIXème siècle.

Les curés de Vassincourt

Les différents curés de Vassincourt cités dans le pouillé du Diocèse de Verdun :

XIVème siècle

  • Jean Rigobert, religieux de Jandeures, prieur curé
  • Jean-Baptiste Boissy, prémontré, prieur curé

XVème siècle

  • Henry Landry
  • Noël Baltazard
  • Pierre de Saint-Martin
  • Paul Chevrantal
  • Sébastien Saulet
  • Nicolas Bouchier

XVIème siècle

  • Jean-Georges Michel
  • Pierre Anchier
  • Christophe Dupuis
  • Jacques Havot, curé de Vassincourt, fut nommé abbé de Jandeures les 15 février 1540. Il fut sacré évêque de Tibériade en 1546 et a été inhumé dans l’église du prieuré bénédictin de Sermaize le 27 février 1551.
  • André Marchal, nommé en 1540
  • Claude La Loutre en 1559
  • Henry de Tourneboulle en 1562
  • Jean Renault, quelques mois en 1564. Il était curé de Combles. En 1564, il obtint en cours de Rome, la cure de Vassincourt, dont il se démit la même année.
  • Claude de Noirfontaine, religieux bénédictin de Saint-Pierre-aux-Monts, nommé par l’abbé de Jandeures, pris possession le 5 décembre 1564.
  • Jean Langloys, en 1575, assista en octobre 1579 à l’assemblée des états pour la réformation des coutumes de Bar.
  • Jean Camus, religieux de Jandeures, curé de Vassincourt vers 1583
  • Nicolas Chevrantal, vers la fin du XVIème siècle.

XVIIème siècle

  • Maurice Jacobé, vers 1600
  • Jean Cousin en 1601, 1602
  • … Saudax vers 1640
  • Roch Joblot, né à Mognéville, curé en 1655, doyen rural, a résigné en 1714. Roch Joblot était en même temps chapelain de Notre-Dame de Lorette de Revigny. Il fut aussi nommé chapelain de la chapelle Saint Nicaise du château de Mognéville le 20 février 1681. Lorsqu’il résigna sa cure pour cause de vieillesse et de caducité, il vint résider au château de Mognéville, où il mourut le 28 septembre 1716, âgé de 86 ans ; il fut inhumé dans l’église devant le grand autel : son acte de sépulture est très élogieux. Il avait fondé à Mognéville une messe du Saint-Sacrement.

XVIIIème siècle

  • Gabriel Martin, en 1714 ; mort le 18 décembre 1748.
  • François-Simon Barthélemy, ancien prieur de Jandeures, nommé le 30 décembre 1748, a pris possession le 27 janvier 1749, mort le 16 octobre 1772.
  • Jean Reboux, curé de Ville-sur-Saulx, nommé le 23 octobre 1772, a pris possession le 19 novembre suivant ; mort le 17 avril 1776.
  • Claude Vallier, nommé le 24 avril 1776, a pris possession le 27 du même mois ; mort le 5 avril 1790.
  • Nicolas Bertrand, prieur de Jandeures, nommé en avril 1790, jusqu’en 1793 (const.), retiré ensuite à Bar ; nommé de nouveau le 1er pluviôse an XI (21 janvier 1803) ; mort le 30 novembre 1821.
  • Claude Fiacre dit Barrois, ancien religieux augustin, exerça le ministère à Vassincourt de 1798 à 1803, il devint ensuite curé de Deuxnouds-devant-Beauzée.

XIXème siècle

  • Nicolas Maurice, en 1822 ; mort en 1828
  • Jean-Baptiste Bourlon, en 1828, transféré à Parois en 1828
  • Henry Charbeaux, en 1832 ; mort en 1848
  • Pierre-Joseph Lemaigre, en 1849 ; transféré à Doncourt-aux-templiers en 1851
  • Alphonse Jeannin, en 1851 ; transféré à Dammarie en 1879
  • Victor-Nicolas Mathieu, en 1879 ; transféré à Laneuville-sur-Meuse en 1883
  • Nicolas-Alphonse-Victor Macinot, curé à partir de 1883

Après la révolution, le déclin de l’influence des curés.

La période révolutionnaire marque le déclin de l’influence des prêtres dans les villages. Ils sont dessaisis de la tenue des registres des naissances, mariages et décès mais aussi de l’organisation de l’école. Les sacrements de l’église sont mis à mal notamment par la possibilité de divorcer à partir de 1792. Les idées du siècle des lumières et surtout les principes  révolutionnaires vont progressivement atteindre les populations rurales et les éloigner de la religion. Au XIXème siècle, deux personnages vont prendre de l’importance au sein des communautés villageoises : le maire tout d’abord puis, plus tard, les instituteurs (ces fameux « hussard noirs » de la IIIème République).

Population de Vassincourt en 1846

Vassincourt Graphique - Nb d'hab

Les circonscriptions électorales.

Les lois du 15 mars 1849 prévoient « qu’en raison de circonstances locales », le canton peut être divisé en circonscriptions électorales. La loi du 26 décembre 1849, précise que « toute circonscription électorale doit comprendre une population de 500 habitants ». La liste de ces circonscriptions est validée à la suite d’une délibération du Conseil Général et elle doit être révisée tous les 3 ans.

Dans son rapport de 1850 au Conseil Général, le préfet de la Meuse, Sylvain Blot, estime que la création de ces circonscriptions et de nature à « rendre l’accès à l’urne électorale plus facile aux électeurs en leur épargnant des déplacements onéreux ». Il invite les Conseillers Généraux à arrêter le « tableau des circonscriptions nouvelles » lors de la session du Conseil Général de 1850.

La liste établie en 1850 pour le canton de Revigny comprend 10 circonscriptions électorales. La circonscription de Vassincourt est composée des communes de Vassincourt (544 habitants) et de Couvonges (353 habitants).

Population de Vassincourt et 1846.

Le compte-rendu des délibérations du Conseil Général de la Meuse de 1850, nous donne la liste des circonscriptions électorales créées cette année là. Le document précise pour chaque commune et chaque circonscription le nombre d’habitants issu du recensement de 1846.

Ainsi en 1846, 544 habitants ont été dénombrés à Vassincourt.

Vassincourt est la 9ème commune du canton pour le nombre d’habitants :

Vassincourt Graphique - Nb d'hab 1846
En 1846, Vassincourt atteint pratiquement son maximum de population. 165 années plus tard, en 2011, Vassincourt aura perdu la moitié de sa population. L’exode rural d’une part, la grande guerre d’autre part, sont les raisons majeures de cette chute démographique.

Sources :
Rapport du Préfet de la Meuse et délibérations du Conseil Général de la Meuse – Session de 1850

Il y a 100 ans… 17 décembre 1914

94ème Régiment d'Infanterie à Bar le Duc

Le 94è Régiment d’Infanterie à Bar-le-Duc

Terrible fin d’année 1914

En aout 1914, la déclaration de guerre était survenue comme un éclair dans un ciel assombri, un éclair qui allait déchainer la tempête. Pourtant, nul ne pensait alors que cette guerre aller durer. Le 17 décembre 1914, il ne s’était écoulé que quelques mois depuis le début du conflit mais, pour les habitants de Vassincourt, que ce mois d’août paraissait loin tant il y avait eu d’événements dramatiques pour eux.
Deux jeunes soldats de Vassincourt tués aux combats dès le 22 août. Le 6 septembre, c’était la bataille de Vassincourt, une victoire, le village venait d’être libéré mais quel goût amère avait ce succès ; le village était ravagé et toutes les maisons détruites. Les familles sont dispersées dans les villes et les villages environnants voire plus loin encore. Fin septembre , deux autres soldats de Vassincourt étaient emportés et les épreuves continuaient à affliger le village et ses habitants. La fin de cette année terrible pour Vassincourt allait encore apporter le malheur.

Robert SAUDAX… un 5ème soldat de Vassincourt mort pour la France

Le 17 décembre 1914, Robert Jules SAUDAX, soldat de 2ème classe, âgé de 21 ans, était tué au combat à Zillebeke en Belgique.
Robert Jules Saudax était le fils de Charles Germain SAUDAX et de Thérèse MAYBEL. Né le 30 septembre 1893, il exerçait le métier d’agriculteur jusqu’à son départ à l’armée. Il a intégré le 26 novembre 1913, la 94ème Régiment d’Infanterie, régiment cantonné à Bar le Duc et entrait en campagne contre l’Allemagne avec son unité en août 1914. Après un court retour à Bar le Duc, il repartait au combat le 5 décembre 1914. Moins de 15 jours plus tard, il était porté disparu le 17 décembre 1914 à Zillebeke.

L’historique de 94ème régiment d’Infanterie décrit la situation les jours précédents cette disparition et nous éclaire sur ce qu’ont du être les dernières heures de Robert SAUDAX :

« Les Allemands viennent d’inaugurer de nouveaux travaux défensifs et, en face du Régiment, ont créé un ouvrage important, puissamment armé de mitrailleuses : le fortin de Zillebecke. »
« Le 16 décembre, le Bataillon Barbaroux attaque à fond. Deux colonnes d’assaut sont lancées, celle de gauche en avant (3ème compagnie, Capitaine Darthos, et 4ème, sous-lieutenant de Corny). D’un élan superbe, les jeunes soldats franchissent d’un bond les tranchées. Il est 11 h. 25. Le fortin parait abandonné, trois hommes arrivent au sommet; mais des feux violents partent de partout et couchent les assaillants au pied du talus.
Le sous-lieutenant de Corny est tué. La 3e Compagnie a perdu plus de 80 hommes.
Citation du Sous-Lieutenant de Corny : « Le 16 décembre 1914, a conduit vers un fortin allemand la colonne de droite du 94e et, sous un feu terrible, a réussi à en atteindre le talus, à s’y maintenir plusieurs heures Jusqu’au moment où il a été tué en cherchant encore à gagner de l’avant » ; Hommage à tous ces jeunes gens, tombés dans leur premier combat, entraînés par le désir de venger leurs aînés

Fin d’année 1914, Noël est proche mais il n’y a pas de trêve du malheur pour les habitants de Vassincourt. Les jeunes gens sont dans les tranchées, le village est détruit, la communauté des habitants est dispersée, la guerre s’enterre, s’enlise, et l’espoir s’éteint laissant place à la résignation.

Sources :
Historique du 94e Régiment d’Infanterie (Anonyme, A. Collot, 1920)
– Archives Départementales de la Meuse (Etat civil – Registres matricules)

1725 – Un centenaire à Vassincourt

Rembrandt - Portrait d'un vieil-homme - 1630

Rembrandt – Portrait d’un vieil homme – 1630

En 1725, l’espérance de vie des habitants de Vassincourt comme ceux du royaume de France, était d’environ 25 ans (en 1750, 27 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes). La mortalité infantile est la première cause de cette très faible durée de vie. Près d’un enfant sur deux n’atteint pas l’âge de 10 ans. Les guerres, les épidémies, la famine ou la malnutrition, les conditions d’hygiènes précaires, la médecine encore balbutiante sont les autres raisons de cette mortalité prématurée. Pour autant certains individus vivent longtemps et dépassent très largement cette espérance de vie.

Demenge Mengin : « …103 ans ou environ… »

Ainsi en parcourant les registres paroissiaux de la commune de Vassincourt, on trouve en 1726 l’acte de sépulture de Demenge MENGIN décédé « âgé de 103 ans ou environ ». Il s’agit là probablement de l’un des premiers centenaires du village.

Transcription de l’acte :

« L’an mil sept cent sept cent vingt six, le premier jour du mois de janvier de cette présente année 1726, Demenge MENGIN âgé de cent trois ans ou environ après avoir été confessé reçu le St Viatique et l’extrême-onction est décédé le trente et unième jour du mois de décembre de l’année 1725 et inhumé le premier janvier au cimetière de cette paroisse du côté de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées. En présence des témoins qui ont signé avec nous. J COLSON, Jean SOUEL, Gabriel MARTIN prieur curé de Vassincourt »

De Louis XIII à Louis XV

Demenge MENGIN aurait donc vécu très longtemps, plus de 100 ans si l’on en croit cet acte de sépulture rédigé par le curé de Vassincourt Gabriel MARTIN. Cependant à cette époque les dates annoncées et les âges affichés sont peu fiables. Ils ont souvent pour source la mémoire et la transmission orale avec toutes les imprécisions que cela suppose. Il aurait fallu, pour vérifier, avoir accès aux registres paroissiaux de 1622, date présumée de la naissance de notre centenaire, or ces registres n’existent plus ou du moins ils ne sont pas disponibles aux Archives Départementales.
Il n’en reste pas moins que ce personnage, décédé à Vassincourt le dernier jour de 1725, a du vivre longtemps. Il a du connaître les dernières années du règne de Louis XIII, vivre la guerre de trente ans si terrible en Barrois et en Lorraine. Il a été contemporain de tout le règne du Roi Soleil, Louis XIV avant de s’éteindre à l’aube du règne de Louis XV.

Sources :
– Archives Départementales de la Meuse – Actes paroissiaux – E dépôt 510 (9)
– INED (Institut National d’Etudes Démographiques) – Fiche « La durée de vie en France »

 

Etrange carte postale de Vassincourt ?

55 - Vassincourt - Interrogatoire de prisonniers

Étrange cette photo représentant l’interrogatoire de deux prisonniers allemands à Vassincourt. S’agit-il d’une situation vécue ou d’une mise en scène destinée à soutenir le moral des populations ?
L’inscription portée au dos de la carte postale est datée d’avril 1915, ce qui conduit à penser que la photographie a été prise avant 1915. Les uniformes français et allemands (casque à pointe notamment) sont ceux qui étaient utilisés au début de la guerre et confirment donc cette date.
Il est difficile d’imaginer que la photo ait été prise avant la bataille de Vassincourt. Le 4 septembre 1914, deux jours avant les premiers combats dans Vassincourt, le front était encore à plus de 40 km au Nord ouest, et Vassincourt était alors un petit village encore inconnu du public.
Alors : photo prise pendant la bataille ? Peut-être, cela ne paraît pas impossible au tout début de la bataille, mais là aussi c’est très difficile à imaginer, car dès le 6 septembre les combats autour du village furent violents et acharnés.
Après la bataille, cela paraît encore moins réaliste. Le village était totalement détruit. Aucune maison n’avait été épargnée or en arrière fond, sur cette photo, le bâtiment apparaît en trop bon état pour être du Vassincourt d’après la bataille.
Alors : réalité ou mise en scène ?…
Si vous avez un avis, des éléments d’analyse sur cette photo, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur le blog.

Le général Malleterre grièvement blessé à Vassincourt

Général Gabriel Malleterre - Rel. 2014 10 25 - Gallica - Photo - Agence Rol - Général Malleterre vers 1916

Général Malleterre vers 1916

Gabriel Malleterre est tout d’abord un brillant soldat. Il est aussi une personnalité marquante de l’Armée Française du début du XXème siècle. Sa vie bascule le 9 septembre 1914 lorsqu’il est grièvement blessé à la Bataille de Vassincourt.

Un brillant soldat

Gabriel Malleterre est né le 30 avril 1858 à Bergerac. En 1878, à l’âge de 20 ans, il intègre l’école de Saint Cyr. Il sort 2ème de sa promotion avec le grade de sous-lieutenant et commence une brillante carrière militaire. Après 5 ans de campagne en Afrique du Nord de 1881 à 1885, il progresse brillamment et franchit tous les grades les uns après les autres. Capitaine en 1891, chef de bataillon en 1900, lieutenant-colonel en 1907, avant de prendre le grade de colonel et le commandement du prestigieux 46ème régiment d’infanterie de la Tour d’Auvergne en 1911. C’est avec ce régiment qu’il entre en campagne contre l’Allemagne, en août 1914. En quittant la caserne de Reuilly pour gagner le front, il dit à ces soldats : « Vous rapporterez l’Alsace et la Lorraine à la pointe de vos baïonnettes ! Je lis la victoire dans vos yeux comme vous la lisez dans les miens ! ».

Vassincourt, le 9 septembre 1914 : sa vie bascule

Le 6 septembre 1914, la bataille de la Marne débute et le 46ème régiment d’infanterie est engagé dans les combats qui se déroulent au nord-ouest de Vassincourt dans la région de Brabant-le-Roi. Au milieu de l’après-midi, à la suite du décès du Général Roques commandant la 10ème Division à Villers aux Vents, lors d’un bombardement, le colonel Malleterre est amené à prendre le commandement de la 19ème Brigade. Il va accéder ainsi au grade de général de brigade.
Du 7 au 9 septembre, les combats, violents, se concentrent autour de Vassincourt. C’est au cours de cette journée du 9 septembre 1914 que la vie du Général Malleterre va basculer. Alors que les allemands provoquent une attaque généralisée sur tout le front de la 19ème brigade (46ème et 89ème RI), le Général Malleterre organise un bataillon de manœuvre confié au commandant Darc, avec ordre de se porter devant Vassincourt et de soutenir l’attaque du 15ème corps d’armée. L’heure est importante, la bataille peut basculer. La suite nous est rapportée par le journal des marches et opérations du 46ème régiment d’infanterie : « Vers 17 heures, le Colonel Malleterre, impatient d’avoir des nouvelles de l’attaque sur Vassincourt, monte en automobile avec le Capitaine Sée et se fait conduire à la sortie ouest de Mussey. A peine arrivé, un obus le blesse grièvement à la jambe et au bras et atteint gravement le Capitaine Sée ». La suite est rapportée par Maurice Pierre dans son excellent livre sur la « Bataille de Vassincourt » : « Ils sont évacués sur l’ambulance II, installée à Venise au carrefour de Louppy, et emmenés par la Section Sanitaire automobile ».
En ce 9 septembre 1914, les allemands cèdent, la bataille de Vassincourt bascule tout comme la vie du Général Malleterre. Ayant perdu une jambe et l’usage de son bras droit, il va maintenant aller vers d’autres combats.

Personnalité marquante de l’Armée Française

Infirme et handicapé par ses blessures de guerre, le Général Malleterre est sensibilisé à la place du mutilé de guerre au sein de la société française. Dès 1915, la cause de ceux qui reviennent mutilés ou invalides de la guerre va devenir son nouveau combat. Il s’y consacrera jusqu’à la fin de ses jours. C’est ainsi que le 21 septembre 1915, il fonde l’Association Générale des Mutilés de Guerre dont il prend la présidence. Il s’attachera particulièrement à travailler toute sa vie à la réinsertion sociale de l’invalide de guerre.
Le 1er décembre 1919, le Général Malleterre devient gouverneur des Invalides après avoir été, pendant 4 ans, l’adjoint du général Niox, son beau-père qui occupait ce poste jusqu’alors. A la même date, il prend également la Direction du Musée de l’Armée.
Le journal « Le Mémorial d’Aix » évoque le Général Malleterre, dans des termes très élogieux, à l’occasion de sa visite à Aix-en-Provence le 30 avril 1919. Cet article montre bien la notoriété de ce personnage dans la France de l’après-guerre : « […] Mais disons-le hautement en terminant, dussions-nous offenser sa modestie bien connue, le général de Malleterre n’est pas seulement un soldat sans peur comme sans reproche, un savant éminent, un écrivain, un conférencier célèbre, il est avant tout et tout simplement un grand cœur ! […] »
Le Général Malleterre décède le 26 novembre 1923. Son corps repose dans la crypte de l’Hôtel des Invalides à Paris.

Voir aussi les articles « La bataille de Vassincourt ».

Sources :
Journal des marches et opérations du 46ème régiment d’infanterie et de la 10ème brigade d’infanterie
– « Bataille de Vassincourt » livre de Maurice Pierre