La confirmation pour 62 enfants du village

On l’a vu précédemment, la religion catholique tient une place très importante dans la société du XVIIIème siècle où elle est présente à chaque instant de la vie des contemporains. Elle est imposée aussi bien par les autorités religieuses que civiles. Nos ancêtres sont donc, pratiquement tous, pratiquants même si leur foi relève plus souvent de la culture, de la tradition, de l’éducation voire de la contrainte, que de la conviction.

Dans ce contexte, la confirmation de 62 enfants, qui nous est relatée par les registres paroissiaux en 1780, constitue un véritable événements pour la communauté de Vassincourt.

La confirmation

La confirmation est l’un des trois sacrements de l’initiation chrétienne avec le baptême et l’eucharistie. Ces trois sacrements sont indissociables.

Étienne François Xavier des Michels de Champorcin - Evêque de Toul

Etienne François Xavier des Michels de champorcin Evêque de Toul en 1780

A l’origine, la confirmation proprement dite n’existe pas ; le baptême et l’eucharistie sont donnés simultanément au cours d’une même célébration pendant la veillée pascale. Progressivement, avec la pratique du baptême des nouveau-nés par le prêtre à la naissance, et pour préserver l’intervention de l’évêque dans le processus d’admission dans l’église catholique, la confirmation va apparaître. L’eucharistie, quant à elle, est célébrée par le prêtre. Ce sont ces pratiques qui ont cours au XVIIIe siècle.

Pour l’Eglise catholique, la confirmation est une décision personnelle qui se prend « à l’âge de raison » (maturité spirituelle) et qui vient confirmer le sacrement du baptême. Il est donc obligatoire d’être baptisé pour la recevoir de l’évêque qui préside la célébration. La confirmation constitue, pour celui qui la reçoit, une marque indélébile et à ce titre elle ne peut être reçue qu’une seule fois.
Au XVIIIe siècle, la confirmation est donnée aux enfants entre 7 et 14 ans, mais bien souvent au-delà car l’évêque ne passe que très rarement dans les villages. Sa venue, le 23 mai 1780 dans la région de Vassincourt, est un événement d’une grande importance que Claude Vaillier, le curé de la paroisse, ne manque pas de consigner dans ses registres.

62 enfants de Vassincourt confirmés à Contrisson

Au milieu des actes de mariage, baptême et sépulture, les registres de la paroisse de Vassincourt nous apprennent que le 23 mai 1780, 62 enfants du village, 27 filles et 35 garçons, partent à Contrisson, un village voisin distant de 6 kilomètres, pour y recevoir la confirmation en la présence de « Monseigneur Illustrissime et révérendissime Evêque Comte de Toul Prince du Saint Empire Etienne François Xavier des Michels de Champorcin natif de Digne, ci-devant Evêque de Senez« .

Registre paroissial de Vassincourt
23 mai 1780

Transcription de l’acte :

 » Le vingt troisième jour de may de la présente année mil sept cent quatrevint ont
été confirmés dans l’église de Contrisson : Jean Senfaute, Nicolas Huard, Pierre
Prudhomme, Pierre François Toussaint, Jacques Adnot, Sébastien Huart, Claude
Pierre Thomas, Jean Senfaute, Claude Baillot, Nicolas Arragon, Claude Barbier,
Florentin Grion, Jean Nicolas Prudhomme, Antoine Quentin, Jean Joseph Lombard
Jacques Adnot, Claude Georges Horville, Joseph Varin, Nicolas Thomas, Joseph
Thomas, Pierre Souel, Nicolas Arragon dit Clor, Antoine Arnould, Claude Arragon,
Jean Adnot, Claude Saudax, Jacques Thomas, Joseph Adnot, Pierre Horville, Jean
Saudax, Claude Varin, François Xavier Elloy, Nicolas Sauvage, Jean Huard,
Jean François Huard, Catherine Arragon, Marie Barbier, Marie Françoise
Souel, Marie Jeanne Colson, Marie Souel, Madeleine Huard, Catherine Horville,
Rose Saintot, Anne Barbier, Marie Adnot, Marie Rose Toussaint, Marie Baillot
Marie Poitel, Marguerite Sauvage, Elisabeth Horville, Barbe Arnould,
Marie Arnould, Anne Maybel, Catherine Huart, Marie Senfaute, Marie
Toussaint, Marie Hélène Grion, Marguerite Barbier, Françoise Arnould,
Thérèse Varin, Catherine Quentin, Barbe Arragon; tous habitants de Vassincourt
de fait et de droit excepté un, Jean Senfaute de droit de la paroisse de Mussey et de fait
de celle de Vassincourt à cause de sa qualité de domestique.
C Vaillier Prieur curé de Vassincourt « 

Les 62 enfants de Vassincourt ne sont pas seuls. Dans la petite église de Contrisson, ils rejoignent les 63 filles et 64 garçons du village et voient aussi arriver d’autres enfants de tous les villages alentour. C’est tout d’abord 61 garçons et 43 filles qui viennent de Mognéville, village voisin, 73 enfants de Rancourt, 229 enfants, 101 garçons et 128 filles, de Revigny, la ville distante de 5 kilomètres puis arrivent aussi les enfants d’Andernay et les 22 de Remenecourt les deux plus proches villages de Contrisson voilà aussi les 73 enfants de Rancourt qui viennent de parcourir 6 kilomètres et enfin ceux de Couvonges, 16 garçons, 23 filles, et les 85 de Brabant-le-Roi qui ont marché plus de 7 kilomètres.

Au total, c’est plus de 700 enfants qui convergent ce matin-là vers le village de Contrisson pour recevoir à 11 h 30 la confirmation de l’évêque de Toul en personne. L’âge de ces jeunes est compris pour la plupart entre 7 et 16 ans mais il y a aussi plusieurs jeunes adultes entre 16 et 25 ans qui n’ont pas dû recevoir la confirmation lors de la précédente visite de l’évêque. Il y a même des adultes d’un âge avancé qui viennent recevoir ce sacrement comme ces deux hommes de Revigny Nicolas Moinot 55 ans et Nicolas Dargent 54 ans ou encore ce Claude Chamesson de Brabant-le-Roi qui est âgé de 70 ans.

Nos ancêtres marchaient beaucoup et ces distances parcourues ne constituaient pas un effort exceptionnel pour eux. Mais il faut s’imaginer ces foules, car les enfants devaient bien être accompagnés par leurs parents, convergeant vers Contrisson pour comprendre l’ampleur de l’événement pour toutes ces communautés villageoises.

Des documents exceptionnels

Entre l’acte de naissance et celui du mariage où l’acte de sépulture s’ils meurent en bas âge, les enfants laissent peu de trace dans les archives du XVIIIème siècle. Ces mentions consignées dans les registres paroissiaux des villages barrois permettent d’orienter les projecteurs sur la vie des enfants de ce siècle qui comme celle de leurs parents est fortement guidée par le religion. En cela, ces archives constituent des documents particulièrement intéressants pour les historiens. Ces informations sont également d’un grand intérêt pour les généalogistes qui peuvent, grâce à elles, mieux suivre les filles et les garçons des familles souvent nombreuses à cette époque.

 

Sources :
Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 à 1792 – p. 176
– Registre de la paroisse de Mognéville – 2 E 348 (1) – 1756 à 1792 – p. 294
– Registre de la paroisse de Contrisson – E 93 1 E 11 – 1756 à 1782
– Registre de la paroisse de Couvonges – 2 E 138 (1) – 1756 à 1792 – P. 122
– Registre de la paroisse de Revigny – 2 E 436 (2) – 1778 à 1792 – p. 41 / 254
– Registre de la paroisse de Rancourt – 2 E 422 (1) – 1756 à 1792 – p. 100
– Registre de la paroisse de Remenecourt – 2 E 433 (1) – 1756 à 1792
– Registre de la paroisse de Brabant-le-Roi – E dépôt 50 (1 E 8) – 1778 à 1790 – P. 16
– Journal La Croix
– Site internet de « L’église Catholique en France »
– « Les refus du sacrement d’après les nouvelles ecclésiastiques 1756 – 1789 » – Mémoire de Céline Perez – Université Lyon III

Publicités

La Dame de Vassincourt

Un acte de sépulture du registre de la paroisse nous révèle que la Dame de Vassincourt a été inhumée le 16 mars 1780. La lecture de cet acte nous apporte un éclairage sur cette petite noblesse qui régnait sur les villages au XVIIIème siècle. Ce document, rédigé moins de 10 ans avant la révolution, est un témoignage intéressant sur cette frange de la société, qui, par ses droits et ses prérogatives, oppressait les populations rurales de l’époque.

« La Dame en gris » J.A.J. Aved (1702 – 1765)
La Dame de Vassincourt
ressemblait peut-être à ce portrait ?

L’acte de sépulture.

Madame Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, décède subitement le 15 mars 1780, à l’âge de 64 ans. Elle sera inhumée le lendemain 16 mars, dans le cimetière de Vassincourt « devant la porte de la chapelle des seigneurs ».

Voici, ci-dessous, la transcription de l’acte de sépulture :

« L’an mil sept cent quatrevingt le quinzième jour du mois de mars est
decedée subitement en cette paroisse Madame Agnès de la CHAPELLE
veuve de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON gentil homme
ordinaire du roi de Pologne Chevallier de Saint Louis, Dame de
Vassincourt agée de soixante quatre ans : son corps a été inhumé le
seizième jour du dit mois dans le cimetière de cette paroisse devant
la porte de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées
en présence de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON Chevallier Seigneur
de Contrisson de Monsieur Jean Joseph Baron de BOUVET Chevallier ancien officier
au régiment de Foix Seigneur de Vassincourt et de Monsieur Charle
François Nicolas de BATTELE Ecuyer qui ont signé avec moi. »

Acte de décès d’Agnès de La CHAPELLE, Dame de Vassincourt

Un acte intéressant qui cite cinq personnages de cette petite noblesse du Barrois au XVIIIème siècle et qui nous amène à nous intéresser à la complexité des droits seigneuriaux et de leur transmission à la veille de la révolution.

Qui était la Dame de Vassincourt ?

Agnès de la CHAPELLE que l’on peut aussi appeller Agnès COLLIN de la CHAPELLE est très probablement la fille de Jean COLLIN de la CHAPELLE et de Claire de ROUYN. Elle est issue de familles illustres du Barrois dont certains membres ont présidés la chambre des comptes du duché de Bar : de ROUYN, de la MORRE, de BOUVET. Elle a épousé Antoine COLLIN de CONTRISSON, Seigneur de Contrisson, son cousin germain, mais le couple n’a pas eu de descendance.

Le qualificatif de Dame de Vassincourt qui est donné à Agnès de la CHAPELLE indique qu’elle est seigneur de Vassincourt. Elle a hérité de ses droits seigneuriaux de son grand-père Antoine Nicolas de ROUYN, chevalier, seigneur de Vassincourt en partie et qui a été président de la chambre des comptes du Duché de Bar. La transmission s’est faite par sa mère Claire de ROUYN, c’est aussi le cas pour Antoine Nicolas de ROUYN qui avait lui même hérité ses droits de sa mère Catherine de BOUVET. Il s’agit là d’une particularité propre au Barrois où les droits seigneuriaux pouvaient se transmettre par les femmes aussi bien que par les hommes, ce qui n’était pas le cas au royaume de France où les titres de noblesse étaient transmis exclusivement par la descendance mâle.

Le territoire de Vassincourt relevait de plusieurs seigneurs qui se partageaient les différents droits. Ce n’est pas un cas unique, de nombreux villages étaient des coseigneuries. Ainsi dans le village voisin de Contrisson, on a pu dénombrer jusqu’à cinq seigneurs simultanés. Dans l’acte de sépulture d’Agnès de la CHAPELLE, les cinq personnages cités sont tous seigneurs.

Tous seigneurs.

Blason de la famille Bouvet

Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, mais aussi Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Joseph Baron de BOUVET et Charles François Nicolas de BATTEL, étaient tous des seigneurs.

Jean Joseph baron de BOUVET tout comme Agnès de la CHAPELLE étaient seigneurs pour partie de Vassincourt. Antoine COLLIN de CONTRISSON, l’époux d’Agnès de La CHAPELLE, était co-seigneur de Contrisson. Décédé avant son épouse, ses droits sur Contrisson ont été transmis à son frère Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON qui sera co-seigneur de Contrisson jusqu’à la évolution.
Le dernier des témoins cités dans l’acte, Charles François Nicolas CHANOT de BATTEL, écuyer, était lui aussi co-seigneur de Contrisson.

* * *

Tous ces seigneurs constituaient cette noblesse rurale qui se partageaient un grand nombre de droits sur les villages comme Vassincourt. La plupart n’étaient pas d’ancienne noblesse et ne descendaient pas des chevaliers du moyen-âge. Ils devaient leurs droits à des lettres patentes ou d’anoblissement des ducs de Bar ou de Lorraine qui les récompensaient et leur conférant des titres et surtout des droits. Ces droits nombreux et variés, tailles, dimes, redevances sur le four, le moulin, le pressoir et bien d’autres encore, écrasaient les populations. Ils vont être l’une des causes principales de la révolution qui les supprimera dans la nuit du 4 août 1789.

 

Sources :

AD de la Meuse – Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 1
– Recueil des armes et blasons des familles nobles actuellement existantes et établies en la ville de Bar et dans l’étendue de son district 1771 – Auteur anonyme
– Nobiliaire de Guienne et de Gascogne- M.J. de Bourrousse de Laforre
– La noblesse de Bar le Duc au XVIIIè siècle – Jean-Paul Streiff
– Catalogue des gentilshommes de Lorraine et du duché de Bar qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l’élection des députés aux états généraux de 1789 – Louis de la Roque et Edouard de Barthélemy
– Monographie de la commune de Contrisson – A. Prudhomme
– Le pays Barrois – Alexandre Martin

Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18e siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise, mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Église. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Église catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18e siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4e degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement ; celui des époux, comme le veut la religion catholique, mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage, car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi-généralité au XVIIIe siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier, mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuels empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles ou le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre, soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record ; les fiançailles ont lieu le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIe siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent, on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4e degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4e degré de parenté voire même de 3e degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage, mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS, mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL, car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux, mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat

 

XVIIIème siècle : périlleuses naissances

Au XVIIIème siècle, dans tous les villages, le curé se doit d’établir un acte pour chaque baptême qu’il célèbre. A la lecture des registres paroissiaux de l’époque, qui compilent ces actes, on prend conscience des périls qui attendaient mères et enfants à la naissance.

XVIIIème siècle : forte expansion démographique

"The Birth" par Edward Bird (1762 1819)

« The Birth » par Edward Bird (1762 1819)

Le XVIIIème siècle est une période de forte expansion démographique. L’amélioration des  techniques en agriculture, avec notamment l’introduction des cultures fourragères ou de la pomme de terre, ou encore l’amélioration de la qualité du bétail, éloignent progressivement les famines qui frappaient si durement les populations. Quant aux épidémies, si elles sont encore présentes, leurs conséquences sont moins dramatiques que lors des siècles précédents. Les conditions de vie s’améliorent donc sensiblement et constituent l’élément essentiel de l’essor démographique.

En 1715, dans les territoires de la France actuelle, la population est estimée à 21,8 millions d’habitants. Ce niveau de population est sensiblement celui qui avait été atteint quatre siècles plutôt au début du XIVème siècle, vers 1320, avant les dépressions causées par la guerre de cent ans, les épidémies, les famines ou encore les guerres de religion. Or en 1780, la population atteint à 27,5 millions d’habitants, toujours sur le territoire de la France actuelle. En l’espace de seulement 65 ans, la croissance du nombre d’habitants est supérieure à 25 %, ce qui représente un essor formidable et sans précédent.

Ces tendances, observées au niveau national, s’appliquent aussi à Vassincourt. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la natalité y est très forte avec 25 à 30 naissances annuelles (27 en 1777, 24 en 1778, 30 en 1779) pour une population de 468 âmes en 1793. Mais, si la natalité est élevée, la mortalité infantile reste préoccupante. Naître au XVIIIème siècle à Vassincourt demeure un moment périlleux aussi bien pour la mère que pour l’enfant.

A la naissance : risque de mort pour la mère et l’enfant

Dessin de William Smellie inventeur de forceps

Dessin de William Smellie (1697 1763) Obstétricien écossais inventeur de forceps

Si le XVIIIème siècle a vu d’importants progrès techniques et scientifiques, ceux-ci n’ont que très peu touché la médecine. Les soins, les remèdes et méthodes utilisés restent encore largement inefficaces et empiriques. Lors d’un accouchement, si des difficultés apparaissent, la sage-femme qui, rappelons-le, n’a pratiquement pas de formation spécifique si ce n’est sa propre expérience, utilisera les fers, sans trop de ménagement, pour extraire l’enfant. L’accouchement reste donc un événement dangereux où la mère et l’enfant risquent la mort.

Ainsi, le 29 mai 1777 à Vassincourt, Marie Catherine POINOT, l’épouse de Nicolas HORVILLE met au monde un garçon, Dieudonné. Six jours plus tard, le 4 juin, la mère décède suivie le lendemain par l’enfant.

Toujours à Vassincourt, dans la même période, le 17 mars 1777, une autre naissance aura un dénouement tragique. L’accouchement est probablement difficile, la mère Anne GUILLET ne s’en remet pas et décède le 12 juin. La petite fille qu’elle venait de mettre au monde, la suivra dans la mort moins d’un mois plus tard le 5 juillet de la même année.

A la naissance, une priorité : le baptême

L’enfant qui meurt sans avoir reçu le sacrement du baptême, est condamné à errer éternellement dans les limbes, un lieu décrit par le curé comme encore plus terrible que l’enfer. Ce péril marque fortement les esprits de l’époque. A la naissance, devant cette menace, une seule priorité : le baptême.

Naissance au XVIIIème siècle - 1789 auteur inconnu

Naissance au XVIIIème siècle – 1789 auteur inconnu

Lors de l’accouchement, si l’enfant est en danger de mort, la sage-femme se chargera du baptême (ondoiement), elle y a été habilitée en prêtant serment au curé. C’est le cas pour la fille de François SAINTOT qui naît le 24 octobre 1778 à Vassincourt et qui est aussitôt baptisée par Gabrielle SOUEL, sage-femme du village (voir l’article « 1757 – L’élection de la sage-femme« ).

Dès la naissance, le premier soucis est donc de baptiser le nouveau-né quelle que soit sa fragilité et son état de santé. A cette époque, les parents ont trois jours pour procéder au baptême. Mais à Vassincourt, le curé d’alors, Claude VALLIER, a du donner des consignes plus strictes car en 1777, 1778 et 1779, quelles que soient les conditions, froid vif, pluie, vent ou canicule, le père, accompagné du parrain et de la marraine, courent au plus vite vers l’église pour que l’enfant soit baptisé. Sur ces trois années, les baptêmes sont célébrés le jour même pour 76 des 81 naissances, pour les 5 autres ils interviennent le lendemain.

Il va de soit que cette pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant notamment pendant les mois d’hiver.

Malheur aux naissances de janvier et février

A peine a-t-il quitté la chaleur du ventre de sa mère, que le nouveau-né est emporté vers l’église du village et le curé pour son baptême. En hiver, cette pratique est désastreuse pour les enfants. A Vassincourt, sur les 21 nourrissons nés en janvier ou février entre 1777 et 1779, seuls 6 ont survécu plus d’un an, 12 de ces nouveau-nés ont eu une vie inférieure à huit jours.

* * *

Sur les 51 bébés nés à Vassincourt en 1777 et 1778, 20 ne survivront pas plus d’un an. Cette mortalité infantile va progressivement diminuer, notamment avec les progrès de la médecine et de l’hygiène au XIXème siècle. La population du village va continuer à croître jusqu’à ce que l’industrialisation, l’exode rural puis la première guerre mondiale n’inversent fortement la tendance jusqu’à nos jours.

 

Nota :

Un relevé des registres paroissiaux de 1777, 1778 et 1779 est fourni sur ce blog à l’onglet « Relevés »

Sources :

– Registre paroissial de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 1792
– Histoire des paysans français – Emmanuel Le Roy Ladurie
– Base Cassini de l’EHESS (population de 1793)

 

1725 – Un centenaire à Vassincourt

I

Rembrandt - Portrait d'un vieil-homme - 1630

Rembrandt – Portrait d’un vieil homme – 1630

En 1725, l’espérance de vie des habitants de Vassincourt comme ceux du royaume de France, était d’environ 25 ans (en 1750, 27 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes). La mortalité infantile est la première cause de cette très faible durée de vie. Près d’un enfant sur deux n’atteint pas l’âge de 10 ans. Les guerres, les épidémies, la famine ou la malnutrition, les conditions d’hygiènes précaires, la médecine encore balbutiante sont les autres raisons de cette mortalité prématurée. Pour autant certains individus vivent longtemps et dépassent très largement cette espérance de vie.

Demenge Mengin : « …103 ans ou environ… »

Ainsi en parcourant les registres paroissiaux de la commune de Vassincourt, on trouve en 1726 l’acte de sépulture de Demenge MENGIN décédé « âgé de 103 ans ou environ ». Il s’agit là probablement de l’un des premiers centenaires du village.

Transcription de l’acte :

« L’an mil sept cent sept cent vingt six, le premier jour du mois de janvier de cette présente année 1726, Demenge MENGIN âgé de cent trois ans ou environ après avoir été confessé reçu le St Viatique et l’extrême-onction est décédé le trente et unième jour du mois de décembre de l’année 1725 et inhumé le premier janvier au cimetière de cette paroisse du côté de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées. En présence des témoins qui ont signé avec nous. J COLSON, Jean SOUEL, Gabriel MARTIN prieur curé de Vassincourt »

De Louis XIII à Louis XV

Demenge MENGIN aurait donc vécu très longtemps, plus de 100 ans si l’on en croit cet acte de sépulture rédigé par le curé de Vassincourt Gabriel MARTIN. Cependant à cette époque les dates annoncées et les âges affichés sont peu fiables. Ils ont souvent pour source la mémoire et la transmission orale avec toutes les imprécisions que cela suppose. Il aurait fallu, pour vérifier, avoir accès aux registres paroissiaux de 1622, date présumée de la naissance de notre centenaire, or ces registres n’existent plus ou du moins ils ne sont pas disponibles aux Archives Départementales.
Il n’en reste pas moins que ce personnage, décédé à Vassincourt le dernier jour de 1725, a du vivre longtemps. Il a du connaître les dernières années du règne de Louis XIII, vivre la guerre de trente ans si terrible en Barrois et en Lorraine. Il a été contemporain de tout le règne du Roi Soleil, Louis XIV avant de s’éteindre à l’aube du règne de Louis XV.

Sources :
– Archives Départementales de la Meuse – Actes paroissiaux – E dépôt 510 (9)
– INED (Institut National d’Etudes Démographiques) – Fiche « La durée de vie en France »

 

1757 – L’élection de la sage-femme

Nous sommes au printemps 1757 et Louis XV règne sur la France. La guerre de sept ans fait rage en Europe comme en Amérique du Nord entre d’une part la France et l’Autriche unies par le traité de Versailles et d’autre part l’Angleterre alliée à la Prusse.

Vassincourt - Registre d'état civil - 1757 06 05 - Sage-femme

Registre paroissial de Vassincourt

Pendant ce temps, à Vassincourt, ce dimanche 5 juin, l’assemblées des femmes du village se réunit pour élire la sage-femme à la « pluralité des suffrages ». C’est Gabrielle SOUEL paroissienne du village, âgée de 44 ans et veuve de Jean ARRAGON qui est élue. Conformément au rituel du diocèse, elle prête serment à François BARTHELEMY, curé du village.

La sage-femme, ou encore matrone comme on l’appelle dans certaines régions, est une femme expérimentée, choisie ou élue par les autres femmes du village et qui a pour mission d’accompagner les accouchements. Pas d’étude ou de connaissance particulière, tout au plus les conseils d’une consœur. Une condition indispensable cependant à l’exercice de la profession : avoir prêté serment au curé. La sage-femme peut-être amenée dans certaines circonstances à baptiser le bébé notamment s’il meurt à la naissance, ce qui était relativement fréquent au XVIIIème siècle.

Gabrielle Souel a eu 6 enfants, elle a l’expérience des accouchements, c’est une bonne paroissienne, elle répond parfaitement aux critères de l’époque pour assurer cette fonction de sage-femme du village.

Transcription du registre paroissial :

Ce jourd’huy cinquième jour du mois de juin mil sept cent
cinquante sept Gabriel SOUEL veuve de Jean ARRAGON paroissienne
de Vassincourt agée de quarante ans a été élue dans l’assemblée
des femmes à la pluralité des suffrages, pour faire l’office de
sage femme et a preté le serment ordinaire entre mes mains
conformément au rituel de ce diocèse en foy de quoi j’ay signé
les jours et an susdits
F BARTHELEMY Prieur Curé de Vassincourt