La confirmation pour 62 enfants du village

On l’a vu précédemment, la religion catholique tient une place très importante dans la société du XVIIIème siècle où elle est présente à chaque instant de la vie des contemporains. Elle est imposée aussi bien par les autorités religieuses que civiles. Nos ancêtres sont donc, pratiquement tous, pratiquants même si leur foi relève plus souvent de la culture, de la tradition, de l’éducation voire de la contrainte, que de la conviction.

Dans ce contexte, la confirmation de 62 enfants, qui nous est relatée par les registres paroissiaux en 1780, constitue un véritable événements pour la communauté de Vassincourt.

La confirmation

La confirmation est l’un des trois sacrements de l’initiation chrétienne avec le baptême et l’eucharistie. Ces trois sacrements sont indissociables.

Étienne François Xavier des Michels de Champorcin - Evêque de Toul

Etienne François Xavier des Michels de champorcin Evêque de Toul en 1780

A l’origine, la confirmation proprement dite n’existe pas; le baptême et l’eucharistie sont donnés simultanément au cours d’une même célébration pendant la veillée pascale. Progressivement, avec la pratique du baptême des nouveau-nés par le prêtre à la naissance, et pour préserver l’intervention de l’évêque dans le processus d’admission dans l’église catholique, la confirmation va apparaître. L’eucharistie, quand à elle, est célébrée par le prêtre. Ce sont ces pratiques qui ont cours au XVIIIème siècle.

Pour l’église catholique, la confirmation est une décision personnelle qui se prend « à l’âge de raison » (maturité spirituelle) et qui vient confirmer le sacrement du baptême. Il est donc obligatoire d’être baptisé pour la recevoir de l’évêque qui préside la célébration. La confirmation constitue, pour celui qui la reçoit, une marque indélébile et à ce titre elle ne peut être reçue qu’une seule fois.
Au XVIIIème siècle, la confirmation est donnée aux enfants entre 7 et 14 ans mais bien souvent au-delà car l’évêque ne passe que très rarement dans les villages. Sa venue, le 23 mai 1780 dans la région de Vassincourt, est un événement d’une grande importance que Claude Vaillier, le curé de la paroisse, ne manque pas de consigner dans ses registres.

62 enfants de Vassincourt confirmés à Contrisson

Au milieu des actes de mariage, baptême et sépulture, les registres de la paroisse de Vassincourt nous apprennent que le 23 mai 1780, 62 enfants du village, 27 filles et 35 garçons, partent à Contrisson, un village voisin distant de 6 kilomètres, pour y recevoir la confirmation en la présence de « Monseigneur Illustrissime et révérendissime Evêque Comte de Toul Prince du Saint Empire Etienne François Xavier des Michels de Champorcin natif de Digne, ci-devant Evêque de Senez« .

Registre paroissial de Vassincourt
23 mai 1780

Transcription de l’acte :

 » Le vingt troisième jour de may de la présente année mil sept cent quatrevint ont
été confirmés dans l’église de Contrisson : Jean Senfaute, Nicolas Huard, Pierre
Prudhomme, Pierre François Toussaint, Jacques Adnot, Sébastien Huart, Claude
Pierre Thomas, Jean Senfaute, Claude Baillot, Nicolas Arragon, Claude Barbier,
Florentin Grion, Jean Nicolas Prudhomme, Antoine Quentin, Jean Joseph Lombard
Jacques Adnot, Claude Georges Horville, Joseph Varin, Nicolas Thomas, Joseph
Thomas, Pierre Souel, Nicolas Arragon dit Clor, Antoine Arnould, Claude Arragon,
Jean Adnot, Claude Saudax, Jacques Thomas, Joseph Adnot, Pierre Horville, Jean
Saudax, Claude Varin, François Xavier Elloy, Nicolas Sauvage, Jean Huard,
Jean François Huard, Catherine Arragon, Marie Barbier, Marie Françoise
Souel, Marie Jeanne Colson, Marie Souel, Madeleine Huard, Catherine Horville,
Rose Saintot, Anne Barbier, Marie Adnot, Marie Rose Toussaint, Marie Baillot
Marie Poitel, Marguerite Sauvage, Elisabeth Horville, Barbe Arnould,
Marie Arnould, Anne Maybel, Catherine Huart, Marie Senfaute, Marie
Toussaint, Marie Hélène Grion, Marguerite Barbier, Françoise Arnould,
Thérèse Varin, Catherine Quentin, Barbe Arragon; tous habitants de Vassincourt
de fait et de droit excepté un, Jean Senfaute de droit de la paroisse de Mussey et de fait
de celle de Vassincourt à cause de sa qualité de domestique.
C Vaillier Prieur curé de Vassincourt « 

Les 62 enfants de Vassincourt ne sont pas seuls. Dans la petite église de Contrisson, ils rejoignent les 63 filles et 64 garçons du village et voient aussi arriver d’autres enfants de tous les villages alentour. C’est tout d’abord 61 garçons et 43 filles qui viennent de Mognéville, village voisin, 73 enfants de Rancourt, 229 enfants, 101 garçons et 128 filles, de Revigny, la ville distante de 5 kilomètres puis arrivent aussi les enfants d’Andernay et les 22 de Remenecourt les deux plus proches villages de Contrisson voilà aussi les 73 enfants de Rancourt qui viennent de parcourir 6 kilomètres et enfin ceux de Couvonges, 16 garçons, 23 filles, et les 85 de Brabant-le-Roi qui ont marché plus de 7 kilomètres.

Au total, c’est plus de 700 enfants qui convergent ce matin là vers le village de Contrisson pour recevoir à 11 h 30 la confirmation de l’évêque de Toul en personne. L’âge de ces jeunes est compris pour la plupart entre 7 et 16 ans mais il y a aussi plusieurs jeunes adultes entre 16 et 25 ans qui n’ont pas dû recevoir la confirmation lors de la précédente visite de l’évêque. Il y a même des adultes d’un âge avancé qui viennent recevoir ce sacrement comme ces deux hommes de Revigny Nicolas Moinot 55 ans et Nicolas Dargent 54 ans ou encore ce Claude Chamesson de Brabant-le-Roi qui est âgé de 70 ans.

Nos ancêtres marchaient beaucoup et ces distances parcourus ne constituaient pas un effort exceptionnel pour eux. Mais il faut s’imaginer ces foules, car les enfants devaient bien être accompagnés par leurs parents, convergeant vers Contrisson pour comprendre l’ampleur de l’événement pour toutes ces communautés villageoises.

Des documents exceptionnels

Entre l’acte de naissance et celui du mariage où l’acte de sépulture s’ils meurent en bas âge, les enfants laissent peu de trace dans les archives du XVIIIème siècle. Ces mentions consignées dans les registres paroissiaux des villages barrois permettent d’orienter les projecteurs sur la vie des enfants de ce siècle qui comme celle de leurs parents est fortement guidée par le religion. En cela, ces archives constituent des documents particulièrement intéressants pour les historiens. Ces informations sont également d’un grand intérêt pour les généalogistes qui peuvent, grâce à elles, mieux suivre les filles et les garçons des familles souvent nombreuses à cette époque.

 

Sources :
Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 à 1792 – p. 176
– Registre de la paroisse de Mognéville – 2 E 348 (1) – 1756 à 1792 – p. 294
– Registre de la paroisse de Contrisson – E 93 1 E 11 – 1756 à 1782
– Registre de la paroisse de Couvonges – 2 E 138 (1) – 1756 à 1792 – P. 122
– Registre de la paroisse de Revigny – 2 E 436 (2) – 1778 à 1792 – p. 41 / 254
– Registre de la paroisse de Rancourt – 2 E 422 (1) – 1756 à 1792 – p. 100
– Registre de la paroisse de Remenecourt – 2 E 433 (1) – 1756 à 1792
– Registre de la paroisse de Brabant-le-Roi – E dépôt 50 (1 E 8) – 1778 à 1790 – P. 16
– Journal La Croix
– Site internet de « L’église Catholique en France »
– « Les refus du sacrement d’après les nouvelles ecclésiastiques 1756 – 1789 » – Mémoire de Céline Perez – Université Lyon III

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Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18ème siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Eglise. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Eglise Catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18ème siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4ème degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement; celui des époux, comme le veut la religion catholique mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi généralité au XVIIIème siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuelles empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles où le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record; les fiançailles ont lieux le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIème siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4ème degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4ème degré de parenté voire même de 3ème degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat

 

Les curés de Vassincourt

Vassincourt - La veuve et son pêtre de J-B Greuze

« La veuve et son prêtre » – Œuvre de Jean-Baptiste Greuze 1784

Le curé, un personnage omniprésent sous l’ancien régime

Jusqu’au XVIIIème siècle, l’immense majorité de nos ancêtres est catholique. C’est le cas pour 95 % de la population de la France d’alors et certainement pour près de 100 % à Vassincourt. Tous sont croyants et pratiquants même si pour quelques-uns, faute d’une foi forte et sincère, il s’agit de ne pas être mis en marge de la société.
La religion est partout. Quotidiennement, nos ancêtres croisent des prêtres, des chantres ou bien des moines, une abbaye, des chapelles ou encore un sacristain… Au XVIème siècle, on estime à plus de 880 le nombre d’établissements religieux auxquels il faut ajouter 6000 prieurés, 60 chartreuses et 500 commanderies. Le clergé qui est l’un des trois ordres et alors fort de plus de 100 000 religieux parmi lesquels environ 60 000 curés et vicaires.
Dans ce contexte, le curé est un personnage extrêmement important pour ne pas dire central dans les villages ruraux de l’ancien régime. Il est omniprésent. Il intervient dans tous les domaines de la vie de nos ancêtres : social, santé, familial, sexuel, économique.
Pour les contemporains des XVIIème et XVIIIème siècle, le curé d’un village est incontournable à chaque étape de leur existence (naissance, mariage, décès). Conditionnés dès leur enfance par le catéchisme, les villageois sont tenus d’assister aux messes. Par ses prônes, le prêtre influence, donne la conduite à tenir, il peut même aller jusqu’à montrer du doigt le paroissien égaré et le mettre au ban de la société. Le curé règne sans partage, il contrôle par la confession obligatoire et bénéficie d’un pouvoir immense comme celui de refuser la communion et donc l’espoir d’atteindre le paradis mais aussi celui de refuser l’inhumation au cimetière.
On ne peut donc s’intéresser à la vie des villages sous l’ancien régime sans essayer de comprendre qui étaient ces « prieur-curé de Vassincourt » qui tenaient les registres paroissiaux.
A ce titre, le pouillé du Diocèse de Verdun constitue une source intéressante à consulter pour mieux connaître les différents curés qui se sont succédés à Vassincourt, du XVème au XIXème siècle.

Le pouillé du Diocèse de Verdun

D’après les définitions données par différents dictionnaires, on peut définir un pouillé comme un registre des biens et des bénéfices d’une circonscription ecclésiastique : cure, abbaye, doyenné, diocèse. Les pouillés pouvaient être dressés pour établir l’assiette des perceptions fiscales ou encore pour lister les revenus de bénéfices.
Le pouillé du Diocèse de Verdun est un énorme ouvrage de 4 volumes qui établit un état des différentes paroisses du diocèse. Son élaboration a débuté en 1873 par un travail de l’abbé Nicolas-Narcisse Robinet qui aboutit en 1888 à la parution du 1er tome. A la mort de l’abbé Robinet en 1894, grâce aux manuscrits qu’il a laissés, quoique très incomplets, et au travail de l’abbé J.-B.-A. Gillant qui reprend l’ouvrage, les tomes 2 et 3 du pouillé sont édités respectivement en 1898 et 1904. Le tome 4 qui concerne l’archiprêtré de Montmédy, paraît en 1910 et clôt l’état des paroisses et établissement du diocèse de Verdun.
Le pouillé du Diocèse de Verdun qui est consultable sur le site internet de la Bibliothèque Nationale, présente l’intérêt de dresser, dans son tome 2, une liste des curés de Vassincourt entre depuis le XIVème siècle jusqu’au XIXème siècle.

Les curés de Vassincourt

Les différents curés de Vassincourt cités dans le pouillé du Diocèse de Verdun :

XIVème siècle

  • Jean Rigobert, religieux de Jandeures, prieur curé
  • Jean-Baptiste Boissy, prémontré, prieur curé

XVème siècle

  • Henry Landry
  • Noël Baltazard
  • Pierre de Saint-Martin
  • Paul Chevrantal
  • Sébastien Saulet
  • Nicolas Bouchier

XVIème siècle

  • Jean-Georges Michel
  • Pierre Anchier
  • Christophe Dupuis
  • Jacques Havot, curé de Vassincourt, fut nommé abbé de Jandeures les 15 février 1540. Il fut sacré évêque de Tibériade en 1546 et a été inhumé dans l’église du prieuré bénédictin de Sermaize le 27 février 1551.
  • André Marchal, nommé en 1540
  • Claude La Loutre en 1559
  • Henry de Tourneboulle en 1562
  • Jean Renault, quelques mois en 1564. Il était curé de Combles. En 1564, il obtint en cours de Rome, la cure de Vassincourt, dont il se démit la même année.
  • Claude de Noirfontaine, religieux bénédictin de Saint-Pierre-aux-Monts, nommé par l’abbé de Jandeures, pris possession le 5 décembre 1564.
  • Jean Langloys, en 1575, assista en octobre 1579 à l’assemblée des états pour la réformation des coutumes de Bar.
  • Jean Camus, religieux de Jandeures, curé de Vassincourt vers 1583
  • Nicolas Chevrantal, vers la fin du XVIème siècle.

XVIIème siècle

  • Maurice Jacobé, vers 1600
  • Jean Cousin en 1601, 1602
  • … Saudax vers 1640
  • Roch Joblot, né à Mognéville, curé en 1655, doyen rural, a résigné en 1714. Roch Joblot était en même temps chapelain de Notre-Dame de Lorette de Revigny. Il fut aussi nommé chapelain de la chapelle Saint Nicaise du château de Mognéville le 20 février 1681. Lorsqu’il résigna sa cure pour cause de vieillesse et de caducité, il vint résider au château de Mognéville, où il mourut le 28 septembre 1716, âgé de 86 ans ; il fut inhumé dans l’église devant le grand autel : son acte de sépulture est très élogieux. Il avait fondé à Mognéville une messe du Saint-Sacrement.

XVIIIème siècle

  • Gabriel Martin, en 1714 ; mort le 18 décembre 1748.
  • François-Simon Barthélemy, ancien prieur de Jandeures, nommé le 30 décembre 1748, a pris possession le 27 janvier 1749, mort le 16 octobre 1772.
  • Jean Reboux, curé de Ville-sur-Saulx, nommé le 23 octobre 1772, a pris possession le 19 novembre suivant ; mort le 17 avril 1776.
  • Claude Vallier, nommé le 24 avril 1776, a pris possession le 27 du même mois ; mort le 5 avril 1790.
  • Nicolas Bertrand, prieur de Jandeures, nommé en avril 1790, jusqu’en 1793 (const.), retiré ensuite à Bar ; nommé de nouveau le 1er pluviôse an XI (21 janvier 1803) ; mort le 30 novembre 1821.
  • Claude Fiacre dit Barrois, ancien religieux augustin, exerça le ministère à Vassincourt de 1798 à 1803, il devint ensuite curé de Deuxnouds-devant-Beauzée.

XIXème siècle

  • Nicolas Maurice, en 1822 ; mort en 1828
  • Jean-Baptiste Bourlon, en 1828, transféré à Parois en 1828
  • Henry Charbeaux, en 1832 ; mort en 1848
  • Pierre-Joseph Lemaigre, en 1849 ; transféré à Doncourt-aux-templiers en 1851
  • Alphonse Jeannin, en 1851 ; transféré à Dammarie en 1879
  • Victor-Nicolas Mathieu, en 1879 ; transféré à Laneuville-sur-Meuse en 1883
  • Nicolas-Alphonse-Victor Macinot, curé à partir de 1883

Après la révolution, le déclin de l’influence des curés.

La période révolutionnaire marque le déclin de l’influence des prêtres dans les villages. Ils sont dessaisis de la tenue des registres des naissances, mariages et décès mais aussi de l’organisation de l’école. Les sacrements de l’église sont mis à mal notamment par la possibilité de divorcer à partir de 1792. Les idées du siècle des lumières et surtout les principes  révolutionnaires vont progressivement atteindre les populations rurales et les éloigner de la religion. Au XIXème siècle, deux personnages vont prendre de l’importance au sein des communautés villageoises : le maire tout d’abord puis, plus tard, les instituteurs (ces fameux « hussard noirs » de la IIIème République).

L’église Saint Pierre

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Eglise Saint Pierre de Vassincourt

La construction de l’église Saint Pierre de Vassincourt date probablement du 12ème siècle. De style roman, elle a subi, au cours des siècles, des transformations importantes notamment au 15ème et 16ème siècle. Sa nef romane a été transformée en nef néogothique au 19ème siècle. Elle a subi d’importants dégâts lors des bombardements de la bataille de Vassincourt du 6 au 11 septembre 1914. Néanmoins, sa silhouette médiévale, qu’elle a conservé, et son clocher particulièrement remarquable, font d’elle, l’une des plus intéressantes églises du Pays Barrois.