La Dame de Vassincourt

Un acte de sépulture du registre de la paroisse nous révèle que la Dame de Vassincourt a été inhumée le 16 mars 1780. La lecture de cet acte nous apporte un éclairage sur cette petite noblesse qui régnait sur les villages au XVIIIème siècle. Ce document, rédigé moins de 10 ans avant la révolution, est un témoignage intéressant sur cette frange de la société, qui, par ses droits et ses prérogatives, oppressait les populations rurales de l’époque.

« La Dame en gris » J.A.J. Aved (1702 – 1765)
La Dame de Vassincourt
ressemblait peut-être à ce portrait ?

L’acte de sépulture.

Madame Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, décède subitement le 15 mars 1780, à l’âge de 64 ans. Elle sera inhumée le lendemain 16 mars, dans le cimetière de Vassincourt « devant la porte de la chapelle des seigneurs ».

Voici, ci-dessous, la transcription de l’acte de sépulture :

« L’an mil sept cent quatrevingt le quinzième jour du mois de mars est
decedée subitement en cette paroisse Madame Agnès de la CHAPELLE
veuve de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON gentil homme
ordinaire du roi de Pologne Chevallier de Saint Louis, Dame de
Vassincourt agée de soixante quatre ans : son corps a été inhumé le
seizième jour du dit mois dans le cimetière de cette paroisse devant
la porte de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées
en présence de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON Chevallier Seigneur
de Contrisson de Monsieur Jean Joseph Baron de BOUVET Chevallier ancien officier
au régiment de Foix Seigneur de Vassincourt et de Monsieur Charle
François Nicolas de BATTELE Ecuyer qui ont signé avec moi. »

Acte de décès d’Agnès de La CHAPELLE, Dame de Vassincourt

Un acte intéressant qui cite cinq personnages de cette petite noblesse du Barrois au XVIIIème siècle et qui nous amène à nous intéresser à la complexité des droits seigneuriaux et de leur transmission à la veille de la révolution.

Qui était la Dame de Vassincourt ?

Agnès de la CHAPELLE que l’on peut aussi appeller Agnès COLLIN de la CHAPELLE est très probablement la fille de Jean COLLIN de la CHAPELLE et de Claire de ROUYN. Elle est issue de familles illustres du Barrois dont certains membres ont présidés la chambre des comptes du duché de Bar : de ROUYN, de la MORRE, de BOUVET. Elle a épousé Antoine COLLIN de CONTRISSON, Seigneur de Contrisson, son cousin germain, mais le couple n’a pas eu de descendance.

Le qualificatif de Dame de Vassincourt qui est donné à Agnès de la CHAPELLE indique qu’elle est seigneur de Vassincourt. Elle a hérité de ses droits seigneuriaux de son grand-père Antoine Nicolas de ROUYN, chevalier, seigneur de Vassincourt en partie et qui a été président de la chambre des comptes du Duché de Bar. La transmission s’est faite par sa mère Claire de ROUYN, c’est aussi le cas pour Antoine Nicolas de ROUYN qui avait lui même hérité ses droits de sa mère Catherine de BOUVET. Il s’agit là d’une particularité propre au Barrois où les droits seigneuriaux pouvaient se transmettre par les femmes aussi bien que par les hommes, ce qui n’était pas le cas au royaume de France où les titres de noblesse étaient transmis exclusivement par la descendance mâle.

Le territoire de Vassincourt relevait de plusieurs seigneurs qui se partageaient les différents droits. Ce n’est pas un cas unique, de nombreux villages étaient des coseigneuries. Ainsi dans le village voisin de Contrisson, on a pu dénombrer jusqu’à cinq seigneurs simultanés. Dans l’acte de sépulture d’Agnès de la CHAPELLE, les cinq personnages cités sont tous seigneurs.

Tous seigneurs.

Blason de la famille Bouvet

Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, mais aussi Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Joseph Baron de BOUVET et Charles François Nicolas de BATTEL, étaient tous des seigneurs.

Jean Joseph baron de BOUVET tout comme Agnès de la CHAPELLE étaient seigneurs pour partie de Vassincourt. Antoine COLLIN de CONTRISSON, l’époux d’Agnès de La CHAPELLE, était co-seigneur de Contrisson. Décédé avant son épouse, ses droits sur Contrisson ont été transmis à son frère Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON qui sera co-seigneur de Contrisson jusqu’à la évolution.
Le dernier des témoins cités dans l’acte, Charles François Nicolas CHANOT de BATTEL, écuyer, était lui aussi co-seigneur de Contrisson.

* * *

Tous ces seigneurs constituaient cette noblesse rurale qui se partageaient un grand nombre de droits sur les villages comme Vassincourt. La plupart n’étaient pas d’ancienne noblesse et ne descendaient pas des chevaliers du moyen-âge. Ils devaient leurs droits à des lettres patentes ou d’anoblissement des ducs de Bar ou de Lorraine qui les récompensaient et leur conférant des titres et surtout des droits. Ces droits nombreux et variés, tailles, dimes, redevances sur le four, le moulin, le pressoir et bien d’autres encore, écrasaient les populations. Ils vont être l’une des causes principales de la révolution qui les supprimera dans la nuit du 4 août 1789.

 

Sources :

AD de la Meuse – Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 1
– Recueil des armes et blasons des familles nobles actuellement existantes et établies en la ville de Bar et dans l’étendue de son district 1771 – Auteur anonyme
– Nobiliaire de Guienne et de Gascogne- M.J. de Bourrousse de Laforre
– La noblesse de Bar le Duc au XVIIIè siècle – Jean-Paul Streiff
– Catalogue des gentilshommes de Lorraine et du duché de Bar qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l’élection des députés aux états généraux de 1789 – Louis de la Roque et Edouard de Barthélemy
– Monographie de la commune de Contrisson – A. Prudhomme
– Le pays Barrois – Alexandre Martin

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