Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18ème siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Eglise. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Eglise Catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18ème siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4ème degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement; celui des époux, comme le veut la religion catholique mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi généralité au XVIIIème siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuelles empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles où le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record; les fiançailles ont lieux le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIème siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4ème degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4ème degré de parenté voire même de 3ème degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat

 

XVIIIème siècle : périlleuses naissances

Au XVIIIème siècle, dans tous les villages, le curé se doit d’établir un acte pour chaque baptême qu’il célèbre. A la lecture des registres paroissiaux de l’époque, qui compilent ces actes, on prend conscience des périls qui attendaient mères et enfants à la naissance.

XVIIIème siècle : forte expansion démographique

"The Birth" par Edward Bird (1762 1819)

« The Birth » par Edward Bird (1762 1819)

Le XVIIIème siècle est une période de forte expansion démographique. L’amélioration des  techniques en agriculture, avec notamment l’introduction des cultures fourragères ou de la pomme de terre, ou encore l’amélioration de la qualité du bétail, éloignent progressivement les famines qui frappaient si durement les populations. Quant aux épidémies, si elles sont encore présentes, leurs conséquences sont moins dramatiques que lors des siècles précédents. Les conditions de vie s’améliorent donc sensiblement et constituent l’élément essentiel de l’essor démographique.

En 1715, dans les territoires de la France actuelle, la population est estimée à 21,8 millions d’habitants. Ce niveau de population est sensiblement celui qui avait été atteint quatre siècles plutôt au début du XIVème siècle, vers 1320, avant les dépressions causées par la guerre de cent ans, les épidémies, les famines ou encore les guerres de religion. Or en 1780, la population atteint à 27,5 millions d’habitants, toujours sur le territoire de la France actuelle. En l’espace de seulement 65 ans, la croissance du nombre d’habitants est supérieure à 25 %, ce qui représente un essor formidable et sans précédent.

Ces tendances, observées au niveau national, s’appliquent aussi à Vassincourt. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la natalité y est très forte avec 25 à 30 naissances annuelles (27 en 1777, 24 en 1778, 30 en 1779) pour une population de 468 âmes en 1793. Mais, si la natalité est élevée, la mortalité infantile reste préoccupante. Naître au XVIIIème siècle à Vassincourt demeure un moment périlleux aussi bien pour la mère que pour l’enfant.

A la naissance : risque de mort pour la mère et l’enfant

Dessin de William Smellie inventeur de forceps

Dessin de William Smellie (1697 1763) Obstétricien écossais inventeur de forceps

Si le XVIIIème siècle a vu d’importants progrès techniques et scientifiques, ceux-ci n’ont que très peu touché la médecine. Les soins, les remèdes et méthodes utilisés restent encore largement inefficaces et empiriques. Lors d’un accouchement, si des difficultés apparaissent, la sage-femme qui, rappelons-le, n’a pratiquement pas de formation spécifique si ce n’est sa propre expérience, utilisera les fers, sans trop de ménagement, pour extraire l’enfant. L’accouchement reste donc un événement dangereux où la mère et l’enfant risquent la mort.

Ainsi, le 29 mai 1777 à Vassincourt, Marie Catherine POINOT, l’épouse de Nicolas HORVILLE met au monde un garçon, Dieudonné. Six jours plus tard, le 4 juin, la mère décède suivie le lendemain par l’enfant.

Toujours à Vassincourt, dans la même période, le 17 mars 1777, une autre naissance aura un dénouement tragique. L’accouchement est probablement difficile, la mère Anne GUILLET ne s’en remet pas et décède le 12 juin. La petite fille qu’elle venait de mettre au monde, la suivra dans la mort moins d’un mois plus tard le 5 juillet de la même année.

A la naissance, une priorité : le baptême

L’enfant qui meurt sans avoir reçu le sacrement du baptême, est condamné à errer éternellement dans les limbes, un lieu décrit par le curé comme encore plus terrible que l’enfer. Ce péril marque fortement les esprits de l’époque. A la naissance, devant cette menace, une seule priorité : le baptême.

Naissance au XVIIIème siècle - 1789 auteur inconnu

Naissance au XVIIIème siècle – 1789 auteur inconnu

Lors de l’accouchement, si l’enfant est en danger de mort, la sage-femme se chargera du baptême (ondoiement), elle y a été habilitée en prêtant serment au curé. C’est le cas pour la fille de François SAINTOT qui naît le 24 octobre 1778 à Vassincourt et qui est aussitôt baptisée par Gabrielle SOUEL, sage-femme du village (voir l’article « 1757 – L’élection de la sage-femme« ).

Dès la naissance, le premier soucis est donc de baptiser le nouveau-né quelle que soit sa fragilité et son état de santé. A cette époque, les parents ont trois jours pour procéder au baptême. Mais à Vassincourt, le curé d’alors, Claude VALLIER, a du donner des consignes plus strictes car en 1777, 1778 et 1779, quelles que soient les conditions, froid vif, pluie, vent ou canicule, le père, accompagné du parrain et de la marraine, courent au plus vite vers l’église pour que l’enfant soit baptisé. Sur ces trois années, les baptêmes sont célébrés le jour même pour 76 des 81 naissances, pour les 5 autres ils interviennent le lendemain.

Il va de soit que cette pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant notamment pendant les mois d’hiver.

Malheur aux naissances de janvier et février

A peine a-t-il quitté la chaleur du ventre de sa mère, que le nouveau-né est emporté vers l’église du village et le curé pour son baptême. En hiver, cette pratique est désastreuse pour les enfants. A Vassincourt, sur les 21 nourrissons nés en janvier ou février entre 1777 et 1779, seuls 6 ont survécu plus d’un an, 12 de ces nouveau-nés ont eu une vie inférieure à huit jours.

* * *

Sur les 51 bébés nés à Vassincourt en 1777 et 1778, 20 ne survivront pas plus d’un an. Cette mortalité infantile va progressivement diminuer, notamment avec les progrès de la médecine et de l’hygiène au XIXème siècle. La population du village va continuer à croître jusqu’à ce que l’industrialisation, l’exode rural puis la première guerre mondiale n’inversent fortement la tendance jusqu’à nos jours.

 

Nota :

Un relevé des registres paroissiaux de 1777, 1778 et 1779 est fourni sur ce blog à l’onglet « Relevés »

Sources :

– Registre paroissial de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 1792
– Histoire des paysans français – Emmanuel Le Roy Ladurie
– Base Cassini de l’EHESS (population de 1793)

 

Les curés de Vassincourt

Vassincourt - La veuve et son pêtre de J-B Greuze

« La veuve et son prêtre » – Œuvre de Jean-Baptiste Greuze 1784

Le curé, un personnage omniprésent sous l’ancien régime

Jusqu’au XVIIIème siècle, l’immense majorité de nos ancêtres est catholique. C’est le cas pour 95 % de la population de la France d’alors et certainement pour près de 100 % à Vassincourt. Tous sont croyants et pratiquants même si pour quelques-uns, faute d’une foi forte et sincère, il s’agit de ne pas être mis en marge de la société.
La religion est partout. Quotidiennement, nos ancêtres croisent des prêtres, des chantres ou bien des moines, une abbaye, des chapelles ou encore un sacristain… Au XVIème siècle, on estime à plus de 880 le nombre d’établissements religieux auxquels il faut ajouter 6000 prieurés, 60 chartreuses et 500 commanderies. Le clergé qui est l’un des trois ordres et alors fort de plus de 100 000 religieux parmi lesquels environ 60 000 curés et vicaires.
Dans ce contexte, le curé est un personnage extrêmement important pour ne pas dire central dans les villages ruraux de l’ancien régime. Il est omniprésent. Il intervient dans tous les domaines de la vie de nos ancêtres : social, santé, familial, sexuel, économique.
Pour les contemporains des XVIIème et XVIIIème siècle, le curé d’un village est incontournable à chaque étape de leur existence (naissance, mariage, décès). Conditionnés dès leur enfance par le catéchisme, les villageois sont tenus d’assister aux messes. Par ses prônes, le prêtre influence, donne la conduite à tenir, il peut même aller jusqu’à montrer du doigt le paroissien égaré et le mettre au ban de la société. Le curé règne sans partage, il contrôle par la confession obligatoire et bénéficie d’un pouvoir immense comme celui de refuser la communion et donc l’espoir d’atteindre le paradis mais aussi celui de refuser l’inhumation au cimetière.
On ne peut donc s’intéresser à la vie des villages sous l’ancien régime sans essayer de comprendre qui étaient ces « prieur-curé de Vassincourt » qui tenaient les registres paroissiaux.
A ce titre, le pouillé du Diocèse de Verdun constitue une source intéressante à consulter pour mieux connaître les différents curés qui se sont succédés à Vassincourt, du XVème au XIXème siècle.

Le pouillé du Diocèse de Verdun

D’après les définitions données par différents dictionnaires, on peut définir un pouillé comme un registre des biens et des bénéfices d’une circonscription ecclésiastique : cure, abbaye, doyenné, diocèse. Les pouillés pouvaient être dressés pour établir l’assiette des perceptions fiscales ou encore pour lister les revenus de bénéfices.
Le pouillé du Diocèse de Verdun est un énorme ouvrage de 4 volumes qui établit un état des différentes paroisses du diocèse. Son élaboration a débuté en 1873 par un travail de l’abbé Nicolas-Narcisse Robinet qui aboutit en 1888 à la parution du 1er tome. A la mort de l’abbé Robinet en 1894, grâce aux manuscrits qu’il a laissés, quoique très incomplets, et au travail de l’abbé J.-B.-A. Gillant qui reprend l’ouvrage, les tomes 2 et 3 du pouillé sont édités respectivement en 1898 et 1904. Le tome 4 qui concerne l’archiprêtré de Montmédy, paraît en 1910 et clôt l’état des paroisses et établissement du diocèse de Verdun.
Le pouillé du Diocèse de Verdun qui est consultable sur le site internet de la Bibliothèque Nationale, présente l’intérêt de dresser, dans son tome 2, une liste des curés de Vassincourt entre depuis le XIVème siècle jusqu’au XIXème siècle.

Les curés de Vassincourt

Les différents curés de Vassincourt cités dans le pouillé du Diocèse de Verdun :

XIVème siècle

  • Jean Rigobert, religieux de Jandeures, prieur curé
  • Jean-Baptiste Boissy, prémontré, prieur curé

XVème siècle

  • Henry Landry
  • Noël Baltazard
  • Pierre de Saint-Martin
  • Paul Chevrantal
  • Sébastien Saulet
  • Nicolas Bouchier

XVIème siècle

  • Jean-Georges Michel
  • Pierre Anchier
  • Christophe Dupuis
  • Jacques Havot, curé de Vassincourt, fut nommé abbé de Jandeures les 15 février 1540. Il fut sacré évêque de Tibériade en 1546 et a été inhumé dans l’église du prieuré bénédictin de Sermaize le 27 février 1551.
  • André Marchal, nommé en 1540
  • Claude La Loutre en 1559
  • Henry de Tourneboulle en 1562
  • Jean Renault, quelques mois en 1564. Il était curé de Combles. En 1564, il obtint en cours de Rome, la cure de Vassincourt, dont il se démit la même année.
  • Claude de Noirfontaine, religieux bénédictin de Saint-Pierre-aux-Monts, nommé par l’abbé de Jandeures, pris possession le 5 décembre 1564.
  • Jean Langloys, en 1575, assista en octobre 1579 à l’assemblée des états pour la réformation des coutumes de Bar.
  • Jean Camus, religieux de Jandeures, curé de Vassincourt vers 1583
  • Nicolas Chevrantal, vers la fin du XVIème siècle.

XVIIème siècle

  • Maurice Jacobé, vers 1600
  • Jean Cousin en 1601, 1602
  • … Saudax vers 1640
  • Roch Joblot, né à Mognéville, curé en 1655, doyen rural, a résigné en 1714. Roch Joblot était en même temps chapelain de Notre-Dame de Lorette de Revigny. Il fut aussi nommé chapelain de la chapelle Saint Nicaise du château de Mognéville le 20 février 1681. Lorsqu’il résigna sa cure pour cause de vieillesse et de caducité, il vint résider au château de Mognéville, où il mourut le 28 septembre 1716, âgé de 86 ans ; il fut inhumé dans l’église devant le grand autel : son acte de sépulture est très élogieux. Il avait fondé à Mognéville une messe du Saint-Sacrement.

XVIIIème siècle

  • Gabriel Martin, en 1714 ; mort le 18 décembre 1748.
  • François-Simon Barthélemy, ancien prieur de Jandeures, nommé le 30 décembre 1748, a pris possession le 27 janvier 1749, mort le 16 octobre 1772.
  • Jean Reboux, curé de Ville-sur-Saulx, nommé le 23 octobre 1772, a pris possession le 19 novembre suivant ; mort le 17 avril 1776.
  • Claude Vallier, nommé le 24 avril 1776, a pris possession le 27 du même mois ; mort le 5 avril 1790.
  • Nicolas Bertrand, prieur de Jandeures, nommé en avril 1790, jusqu’en 1793 (const.), retiré ensuite à Bar ; nommé de nouveau le 1er pluviôse an XI (21 janvier 1803) ; mort le 30 novembre 1821.
  • Claude Fiacre dit Barrois, ancien religieux augustin, exerça le ministère à Vassincourt de 1798 à 1803, il devint ensuite curé de Deuxnouds-devant-Beauzée.

XIXème siècle

  • Nicolas Maurice, en 1822 ; mort en 1828
  • Jean-Baptiste Bourlon, en 1828, transféré à Parois en 1828
  • Henry Charbeaux, en 1832 ; mort en 1848
  • Pierre-Joseph Lemaigre, en 1849 ; transféré à Doncourt-aux-templiers en 1851
  • Alphonse Jeannin, en 1851 ; transféré à Dammarie en 1879
  • Victor-Nicolas Mathieu, en 1879 ; transféré à Laneuville-sur-Meuse en 1883
  • Nicolas-Alphonse-Victor Macinot, curé à partir de 1883

Après la révolution, le déclin de l’influence des curés.

La période révolutionnaire marque le déclin de l’influence des prêtres dans les villages. Ils sont dessaisis de la tenue des registres des naissances, mariages et décès mais aussi de l’organisation de l’école. Les sacrements de l’église sont mis à mal notamment par la possibilité de divorcer à partir de 1792. Les idées du siècle des lumières et surtout les principes  révolutionnaires vont progressivement atteindre les populations rurales et les éloigner de la religion. Au XIXème siècle, deux personnages vont prendre de l’importance au sein des communautés villageoises : le maire tout d’abord puis, plus tard, les instituteurs (ces fameux « hussard noirs » de la IIIème République).

1725 – Un centenaire à Vassincourt

Rembrandt - Portrait d'un vieil-homme - 1630

Rembrandt – Portrait d’un vieil homme – 1630

En 1725, l’espérance de vie des habitants de Vassincourt comme ceux du royaume de France, était d’environ 25 ans (en 1750, 27 ans pour les hommes et 28 ans pour les femmes). La mortalité infantile est la première cause de cette très faible durée de vie. Près d’un enfant sur deux n’atteint pas l’âge de 10 ans. Les guerres, les épidémies, la famine ou la malnutrition, les conditions d’hygiènes précaires, la médecine encore balbutiante sont les autres raisons de cette mortalité prématurée. Pour autant certains individus vivent longtemps et dépassent très largement cette espérance de vie.

Demenge Mengin : « …103 ans ou environ… »

Ainsi en parcourant les registres paroissiaux de la commune de Vassincourt, on trouve en 1726 l’acte de sépulture de Demenge MENGIN décédé « âgé de 103 ans ou environ ». Il s’agit là probablement de l’un des premiers centenaires du village.

Transcription de l’acte :

« L’an mil sept cent sept cent vingt six, le premier jour du mois de janvier de cette présente année 1726, Demenge MENGIN âgé de cent trois ans ou environ après avoir été confessé reçu le St Viatique et l’extrême-onction est décédé le trente et unième jour du mois de décembre de l’année 1725 et inhumé le premier janvier au cimetière de cette paroisse du côté de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées. En présence des témoins qui ont signé avec nous. J COLSON, Jean SOUEL, Gabriel MARTIN prieur curé de Vassincourt »

De Louis XIII à Louis XV

Demenge MENGIN aurait donc vécu très longtemps, plus de 100 ans si l’on en croit cet acte de sépulture rédigé par le curé de Vassincourt Gabriel MARTIN. Cependant à cette époque les dates annoncées et les âges affichés sont peu fiables. Ils ont souvent pour source la mémoire et la transmission orale avec toutes les imprécisions que cela suppose. Il aurait fallu, pour vérifier, avoir accès aux registres paroissiaux de 1622, date présumée de la naissance de notre centenaire, or ces registres n’existent plus ou du moins ils ne sont pas disponibles aux Archives Départementales.
Il n’en reste pas moins que ce personnage, décédé à Vassincourt le dernier jour de 1725, a du vivre longtemps. Il a du connaître les dernières années du règne de Louis XIII, vivre la guerre de trente ans si terrible en Barrois et en Lorraine. Il a été contemporain de tout le règne du Roi Soleil, Louis XIV avant de s’éteindre à l’aube du règne de Louis XV.

Sources :
– Archives Départementales de la Meuse – Actes paroissiaux – E dépôt 510 (9)
– INED (Institut National d’Etudes Démographiques) – Fiche « La durée de vie en France »

 

L’assassinat de Mme Baillot et de ses deux filles

Vassincourt - Assassinat de Mme Baillot et de ses filles - 1944 07 05 - Art. 'Le Matin' - Des bandits...02

Juin 1944

En cette fin du mois de juin 1944, l’attention des français est focalisée sur les violents combats qui se déroulent en Normandie. Depuis le débarquement du 6 juin, les troupes anglo-américaines rencontrent une forte résistance de l’armée allemande autour des villes de Caen, Cherbourg et Saint-Lô.

Mais le quotidien des Français c’est aussi, depuis 4 ans, l’occupation allemande, avec toutes les brimades et les difficultés qui en résultent : ravitaillement difficile, rationnement, couvre-feu, réquisitions, etc. C’est aussi, depuis plusieurs mois pour les habitants des grandes villes, les alertes aériennes et les bombardements meurtriers de l’aviation alliée.

C’est dans ce contexte, que le 24 juin 1944, se déroule à Vassincourt, la tragédie de l’assassinat de Marguerite Dargent, l’épouse de Louis Baillot, et de ses deux filles.

« Des bandits abattent une fermière et ses deux filles… »

Ce 24 juin 1944, Mme Baillot dont le mari est prisonnier et qui conduit l’exploitation agricole familiale, est assassinée ainsi que ses deux filles Monique 13 ans et Michèle 6 ans. Les circonstances, particulièrement horribles, sont rapportées par un article du quotidien national ‘Le Matin’ :

 » Des bandits abattent une fermière et ses deux filles et tentent de bruler leurs cadavres
Bar le Duc, 4 juillet. – (Dép. Matin). – Mme Baillot, 35 ans, dont le mari est actuellement en captivité, exploitait à Vassincourt une ferme et vivait là avec un vieux domestique, une jeune bonne et ses deux filles, âgées de 13 et 6 ans.
En allant éveiller la fermière, l’autre matin, la bonne aperçut celle-ci à demi carbonisée, ainsi que sa fille, tandis que le lit, arrosé d’alcool et d’essence, brûlait encore. Le second lit, où dormait la petite fille de six ans, brûlait aussi, les trois cadavres étaient ligotés et des tampons d’étoffe avait été enfoncés dans leur gorge. La cultivatrice et ses enfants, assommées étaient mortes depuis plusieurs heures. La plus jeune fille portait, en outre, les traces d’un coup de poignard. »

Le mardi suivant, les assassins sont arrêtés par la police.

« Les assassins de la fermière de Vassincourt sont arrêtés… »

Ce sont deux habitants de Vassincourt qui sont responsables de ce crime odieux : Marcel Bonnerave, 27 ans, et Henri-Jean Da Costa, 20 ans, tous deux ouvriers agricoles. Le journal ‘Le Matin’, relate cette arrestation dans son édition du 5 juillet 1944 :

 » Les assassins de la fermière de Vassincourt sont arrêtés
Bar le Duc, 5 juillet. – Le Matin a relaté les circonstances de l’assassinat d’une fermière, Mme Baillot, assommée alors qu’elle dormait, ainsi que ses deux fillettes, âgées de 16 et 6 ans.
La police arrêtait dès mardi les assassins. Ce sont : Marcel Bonnerave, 27 ans, ouvrier agricole, et Henri Da Costa, 20 ans, même profession, tous deux habitants Vassincourt. Pour complicité, la femme de Bonnerave, née Colette Ferrand, 22 ans a été également arrêtée. »

Les deux assassins seront jugés à Saint-Mihiel et condamnés à la peine de mort, un an plus tard, le 12 juillet 1945.

La sentence est exécutée le mardi 11 septembre 1945 à Vaux Racine près de Saint-Mihiel où Marcel Bonnerave et Henri-Jean Da Costa sont fusillés.

1757 – L’élection de la sage-femme

Nous sommes au printemps 1757 et Louis XV règne sur la France. La guerre de sept ans fait rage en Europe comme en Amérique du Nord entre d’une part la France et l’Autriche unies par le traité de Versailles et d’autre part l’Angleterre alliée à la Prusse.

Vassincourt - Registre d'état civil - 1757 06 05 - Sage-femme

Registre paroissial de Vassincourt

Pendant ce temps, à Vassincourt, ce dimanche 5 juin, l’assemblées des femmes du village se réunit pour élire la sage-femme à la « pluralité des suffrages ». C’est Gabrielle SOUEL paroissienne du village, âgée de 44 ans et veuve de Jean ARRAGON qui est élue. Conformément au rituel du diocèse, elle prête serment à François BARTHELEMY, curé du village.

La sage-femme, ou encore matrone comme on l’appelle dans certaines régions, est une femme expérimentée, choisie ou élue par les autres femmes du village et qui a pour mission d’accompagner les accouchements. Pas d’étude ou de connaissance particulière, tout au plus les conseils d’une consœur. Une condition indispensable cependant à l’exercice de la profession : avoir prêté serment au curé. La sage-femme peut-être amenée dans certaines circonstances à baptiser le bébé notamment s’il meurt à la naissance, ce qui était relativement fréquent au XVIIIème siècle.

Gabrielle Souel a eu 6 enfants, elle a l’expérience des accouchements, c’est une bonne paroissienne, elle répond parfaitement aux critères de l’époque pour assurer cette fonction de sage-femme du village.

Transcription du registre paroissial :

Ce jourd’huy cinquième jour du mois de juin mil sept cent
cinquante sept Gabriel SOUEL veuve de Jean ARRAGON paroissienne
de Vassincourt agée de quarante ans a été élue dans l’assemblée
des femmes à la pluralité des suffrages, pour faire l’office de
sage femme et a preté le serment ordinaire entre mes mains
conformément au rituel de ce diocèse en foy de quoi j’ay signé
les jours et an susdits
F BARTHELEMY Prieur Curé de Vassincourt