Paul Horville, un soldat courageux de Vassincourt

Il y a 100 ans, le 16 juillet 1917, Paul HORVILLE était tué au combat. Il devenait ainsi le 15ème soldat de Vassincourt « Mort pour la France ». Son dernier combat a été un acte de bravoure qui permet de dire que Paul Horville était un combattant courageux. Pourtant, ses premiers contacts avec l’armée ne laissaient pas présager une carrière militaire de brillant soldat.

Ajourné par le conseil de révision

Paul HORVILLE est de la classe 1914. Né le 7 juillet 1894 à Vassincourt, il est le fils ainé de Jules HORVILLE, tuilier à Vassincourt, et de Maria BERGER. En 1914, l’année de ses 20 ans, il est dans la vie active et exerce la profession d’ouvrier en ressort. Comme tous les jeunes de son âge, il est convoqué au conseil de révision à Revigny en juin 1914. Ce jour là l’armée l’écarte et la commission de réforme prononce un ajournement pour « faiblesse ». Un mois plus tard, la guerre est déclarée mais Paul HORVILLE n’est pas appelé par la mobilisation générale du 2 août 1914.

Affichette ‘Bon pour les filles’ utilisée par les conscrits à l’issue du conseil de révision

La guerre devait être courte mais trois mois après le début des hostilités et des pertes humaines déjà effroyables, la guerre s’enlise, les armées se terrent dans des tranchées et les états-majors ont besoin de lever de nouvelles troupes. C’est ainsi que le 24 octobre 1914, Paul HORVILLE appelé à nouveau par le conseil de révision mais cette fois, il est déclaré « bon pour le service armé ».
Il est affecté au 94ème régiment d’infanterie où il arrive le 20 décembre 1914. Il y restera peu de temps.

Blessé à la bataille de la Somme

Après son baptême du feu en Argonne au 1er semestre 1915, Paul Horville est transféré, le 7 août 1915, au 16ème bataillon de chasseurs à pied sur décision du général DEVILLE commandant la 42ème Division. Soldat dévoué, sa progression est alors rapide : il est nommé soldat de 1ère classe le 27 octobre 1915 puis caporal le 4 janvier 1916.

A partir d’avril 1916, le bataillon prend part à la bataille de Verdun qui vient de se déclencher. Positionné dans le bois de Caurette entre Cumières et le Mort-Homme, l’unité résiste brillamment aux assauts allemands, sans lâcher prise, sans reculer, mais au prix de la perte terrible de la moitié de son effectif. Paul HORVILLE traverse cet enfer. Fin mai, le bataillon quitte le secteur de Verdun pour un secteur plus calme dans les Vosges.

Mi-septembre 2016, le bataillon va rejoindre un autre enfer, celui de la bataille de la Somme. Fin octobre, le bataillon est positionné aux abords de Sailly-Saillisel dans la Somme et la météo est effroyable. C’est dans ces circonstances que Paul HORVILLE va être blessé. Le journal des marches et des opérations du 16ème bataillon de chasseurs à pied en précise les circonstances.

Extrait du J.M.O du 16ème bataillon de chasseurs à pied

« Dimanche 29 octobre : […] des organisations ennemies se sont révélées entre Sailly-Saillisel et Saillisel […] il importe essentiellement de les détruire […] Le tir de notre artillerie commencé à 6 h finit à 18 h […] sur tout le front du bataillon les organisations ennemies sont restées intactes […] pertes de la journée : une soixantaine d’hommes […] dans les reconnaissances après le tir.
Lundi 30 octobre : Rien d’important à signaler. L’ennemi travaille énormément dans une tranchée en avant et à l’ouest de Saillisel […] Le mauvais temps empêche toute organisation sérieuse. Les hommes sont dans la boue jusqu’aux genoux […] perte de troupe : un vingtaine d’hommes environ.
Mardi 31 octobre : à 10 h 50 commencement d’un violent bombardement sur tout le secteur occupé par le bataillon […] jusqu’à 6 heures le 1er novembre. »

Hôpital militaire n°5 de Rennes

C’est au cours de ces bombardements que Paul HORVILLE est blessé par un éclat d’obus à la tête (région frontale gauche). Il entre à l’hôpital d’évacuation 32 SP 150 le 1er novembre puis est alors progressivement évacué vers l’arrière. A l’hôpital 7 d’Amiens le 2 novembre, vers Rennes le 10 novembre puis dans différents hôpitaux de cette ville jusqu’à son rétablissement. Il sort le 18 janvier 1917 et part pour une permission de 7 jours.

La guerre dure maintenant depuis plus de 2 ans et malgré des pertes effroyables des deux côtés, personne n’entrevoit la fin du conflit. Les batailles de la Marne, de Verdun et de la Somme n’y ont rien fait, une bonne partie de la France est toujours occupée, les armées sont terrées dans leurs tranchées… Paul HORVILLE, malgré ses deux années de combat et sa blessure va devoir rejoindre son unité et poursuivre la lutte.

Il y a 100 ans… Paul HORVILLE est tué le 16 juillet 1917

Fin janvier, Paul HORVILLE réintègre le dépôt divisionnaire, puis rejoint son unité, le 16ème BCP à Bouvancourt dans la Marne. Le 18 mars, il est affecté au 56ème bataillon de chasseurs à pied, d’abord à la 10ème compagnie puis à la 8ème le 24 mars. Le bataillon est alors en position aux abords du fort de Vaux dans la région de Verdun. Début mai, le bataillon fait mouvement vers le camp de Mourmelon-le-Grand et cantonne le 7 mai dans la région de Villotte-devant-Louppy à quelques kilomètres de Vassincourt.

Revue de chars Saint-Chamond le 14 juillet 1917 au camp de Champlieu dans l’Oise

Après une période de repos, le bataillon est mis à la disposition de Général Estienne commandant l’artillerie d’assaut qui est composée des premiers chars de combat. Pendant un mois, les différentes « compagnies exécutent au camp de Champlieu […] des exercices de détails avec les groupements d’artillerie d’assaut ».

Le 9 juillet, le 56ème bataillon quitte l’Oise et le camp de Champlieu pour rejoindre le front dans la Marne. Le 14, ordre est donné à l’unité de se porter en soutien du 324ème régiment d’infanterie qui doit attaquer dans le secteur du Téton.

La 8ème compagnie de Paul HORVILLE, va participer à ces combats. Le journal des marches et des opérations du 56ème bataillon de chasseurs à pied nous relate la suite des événements :

Extrait du J.M.O du 56ème bataillon de chasseurs à pieds

« 14 juillet : […] le bataillon quitte Baconnes à 20 heures et se porte à l’emplacement fixé, après avoir traversé un violent tir de barrage d’obus spéciaux. […] Au cours de la nuit, la 8è Cie qui se trouve dans le boyau du chat a quatre tués et 8 blessés […]
15 juillet : […] la matinée est assez calme. Dans l’après midi, l’ennemi reprend un bombardement violent sur nos positions […] Le bataillon […] reçoit l’ordre d’aller relever […] dans le quartier des Gascons […] le IV bataillon du 324

Plan des tranchées dans le secteur du Téton en juillet 1917

16 juillet : […] La relève se fait en plein combat vers deux heures […] la 8è Cie […] à gauche ayant deux sections en ligne, l’une entre le point D et la tranchée des Gascons, l’autre dans cette tranchée […] Dans la matinée, bombardement régulier et de plus en plus violent de nos premières lignes et des boyaux d’accès par des obus de tous calibres, surtout artillerie lourde réglée par avions. […] le pilonnage de nos lignes continue toute l’après-midi et vers 18 heures, l’ennemi passe à l’attaque. La section de la 8è Cie, prise entre deux feux se replie en combattant à la grenade. L’aspirant Tardieux qui la commande est tué. […] du PC d’Agen on suit très bien toutes les péripéties du combat qui dégénère en corps à corps. […] la situation se stabilise vers 19 heures, tous les efforts de l’ennemi sont enrayés. « 

En cette journée du 16 juillet, les pertes du 56ème bataillon sont très importantes : 23 tués, 41 blessés et 28 disparus. C’est lors de cette furieuse bataille que Paul HORVILLE est tué. Dans son dernier combat, il a exprimé tout le courage dont il a su faire preuve au cours de son parcours militaire. Sa vaillance va être reconnue par une citation à l’ordre du bataillon.

Croix de Guerre avec étoile de bronze

Croix de guerre avec une étoile de bronze

Le 11 août 1917, Paul HORVILLE fait l’objet d’une citation à l’ordre du 56ème bataillon.

« Chef d’escouade d’un courage remarquable et d’un bel exemple pour ses hommes.
A été tué en entrainant ses hommes lors d’une contre-attaque ennemie ».

Cette citation s’accompagne de l’attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.

A tout juste 23 ans, le caporal Paul HORVILLE est le 15ème soldat de Vassincourt tué à la grande guerre. C’est assurément l’un des plus valeureux. Lors de sa courte existence, il a montré un engagement fort dans sa carrière militaire, un courage immense et une détermination à libérer sa commune, sa région et son pays de l’oppression allemande.

 

Sources :

Archives Départementales de la Meuse : registres d’état-civil de Vassincourt
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’
– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 637 – Registre matricule
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 16ème BCP
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 56ème BCP
– Historique du 16e bataillon de chasseurs à pied (Anonyme)
– Historique du 56e bataillon de chasseurs à pied (Metz – Imprimerie Lorraine)

 

 

1914 – Les ravages de la bataille

Du 6 au 11 septembre 1914, se déroule la bataille de Vassincourt. Les combats sont acharnés et sanglants, ils conduisent à la retraite de l’armée allemande qui n’a pas pu réussir dans sa percée vers Bar-le-Duc. C’est l’un des multiples succès qui va construire la victoire de la Marne.

Mais pour les habitants, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir. Le village est totalement détruit. Ce qui avait été épargné par les obus allemands et français n’a pas résisté à l’incendie que les Allemands ont provoqué avant de se replier.

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Les ruines du village après la bataille
Source Gallica – Photo de l’agence Meurisse

Ce spectacle de désolation qui suit la bataille, est parfaitement décrit par Arsène Alexandre un inspecteur général des musées qui avait été mandaté par le sous-secrétaire d’état aux beaux-arts, Albert Dalimier, pour enquêter sur les monuments détruits pendant la guerre. Le texte proposé ci-dessous est un extrait de cette enquête qui a été publiée en 1918. Il repose sur des observations faites par son auteur immédiatement après la bataille en 1914 puis quelques mois plus tard en 1915. Ce document est très éloquent et explicite sur les destructions subies par le village et son église.

* * *

« Les monuments français détruits par l’Allemagne » par Arsène Alexandre

Extrait concernant la commune de Vassincourt.
La transcription respecte l’orthographe et la grammaire de l’édition de 1918.

Vassincourt. – Canton de Revigny

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Le village est totalement détruit
Carte postale, collection personnelle

Dans certaines contrées, la guerre allemande a opéré, ou forcé d’opérer, ce qui revient au même quant aux responsabilités, comme nous l’avons démontré, des destructions telles qu’aucune trace ne subsiste ni des édifices, ni des rues, ni du sol même. C’est un étrange et terrible retour au néant, pulvis in pulverem reversus. Mais cette transformation du travail et de l’art des hommes en l’original chaos est peut-être moins désolante, moins accablante à contempler, moins décourageante (si quelque chose pouvait décourager un pays tel que le nôtre après les preuves qu’il a données) que l’aspect d’un village où la flamme a passé, promenée de maison en maison, de ferme en ferme, par Loge, un des « vieux dieux » allemands, qui joint à la cruauté la perfidie.

La joie de détruire se lit en même temps que se suppute l’étendue des pertes. Un emplacement encombré de pierres écroulées, marquant une maison à reconstruire, produit une impression moins sinistre qu’une maison, quasi intacte de l’extérieur, mais, à l’intérieur, entièrement vide et vidée, et qu’il faudra abattre. Quand des centaines d’habitations de cette sorte se suivent de chaque côté de la rue, et d’un bout à l’autre, et que les rues pareilles se croisent et se succèdent d’une extrémité à l’autre d’un important village, et que partout, derrière ces façades paisibles comme la mort, il n’y a que le néant, dès la porte franchie, on éprouve la plus terrifiante sensation de cauchemar qu’on puisse imaginer.

Eglise après la bataille Photo Base Mérimée

Eglise après la bataille
Photo Base Mérimée

Nous avons connu plus d’une fois, au cours de notre enquête, ces affreux contrastes entre l’effort français pour produire et fructifier et l’effort allemand pour stériliser et ruiner, entre les résultats destructeurs auxquels l’orgueil systématisé a amené des hommes qui se disaient représentants d’une culture supérieure, et les forces mêmes de la nature qui affirmaient par les campagnes vertes environnant ces solitudes, et par les herbes mêmes qui commençaient à pousser entre les ruines. Nous avons connu la douleur de voir cet assassinat des villes et des villages, en opposition avec des printemps d’une douceur infinie ou de splendides automnes, nous demandant parfois s’il n’y avait pas autant de tristesse dans un village qui a perdu la vie que dans une cathédrale comme celle de Reims de qui ont été meurtries les beautés.

Nulle part ces pensers et ces angoisses n’ont été plus complets, plus poignant qu’à Nomeny, en Meurthe-et-Moselle, et dans ce Vassincourt, de Meuse, où il ne restait comme habitations intactes dans tout le bourg, qu’une misérable cabane de bois, et comme habitants, qu’une vieille femme de quatre-vingts ans, ayant perdu la notion des gens et des choses, et riant aux anges.

Au cœur du pays, l’église avait une incomparable beauté de douleur. « De quoi vous plaindrez-vous, dirait l’ironie des professeurs allemands ? Vous-mêmes dites que nous avons donné de la beauté à vos édifices. » Mais la charmante et vénérable petit église de Vassincourt, belle et ancienne, n’avait pas besoin de cette beauté-là.

Les dégâts à l'intérieur de l'église. Carte postale ancienne

Les dégâts à l’intérieur de l’église.
Carte postale, collection personnelle

Un peu élevée au-dessus de la rue et entourée de son champ de repos où l’on accède par quelques degrés de pierre, elle avait cette plénitude que possèdent les constructions romanes, et cette grâce dans la simplicité qu’elles atteignent quand, de proportions modérées, elles fleurissent dans des lieux rustiques.

Du XIIe siècle, avec un portail en plein cintre, une abside du XIVe siècle, un robuste clocher auquel était accolée, au midi, une tourelle ronde, tout unie, mais d’un excellent effet, cette église a été violemment bombardée, le village ayant été repris et reperdu plus d’une fois entre le 6 et 10 septembre 1914.Les obus allemands lui ont causé de grands dommages. Un d’eux est tombé juste devant le portail, creusant un vaste entonnoir. D’autres ont découronné la tour et l’ont déchirée sur une large étendue, laissant les cloches à découvert. Plus de vitraux, et les voûtes de la nef en notable partie démolies. Les cloches, à l’entour, bouleversées, comme cadre à ces vieilles pierres massacrées.

En repassant au mois de mai 1915 dans Vassincourt, nous sommes rentrés dans l’église toujours si mutilée et en apparence si morte. Le village était à peine hanté par des habitants qui revenaient voir les squelettes de leurs maisons, mais s’en retournaient coucher dans ceux des pays voisins qui avaient été épargnés. L’intérieur de l’église avait été déblayé en partie, et les décombres rangés dans un bas côté. Une statue de la Vierge, dans le goût de la Renaissance, surmontait un autel épargné, dans un des bas côtés. Depuis ses pieds jusqu’au sol, c’était un amoncellement de fleurs fraîches, en gerbes, en guirlandes, dans des vases ; des flammes de bougies de cire, un peu vacillantes dans cette maison de prière ouverte à tous les vents, se mêlaient à toutes ses fleurs.

Pourtant, alors, personne ne vivait dans Vassincourt.

A lire aussi :
Article « La bataille de Vassincourt« 

Sources :
– Bibliothèque Nationale de France – Gallica
– Photographie : Gallica et base Mérimée

 

‘Le Pays de France’

Revue 'Le Pays de France' du 14 janvier 1915

Revue ‘Le Pays de France’ du 14 janvier 1915

‘Le Pays de France’
‘Le Pays de France’ était une revue mensuelle éditée par le quotidien ‘Le Matin’. A l’origine, elle est destinée à la promotion touristique et son premier numéro sur ce thème paraît en mai 1914 suivi de deux autres numéros en juin et juillet de la même année. Après le déclenchement des hostilités entre la France et l’Allemagne, le périodique va changer sa ligne éditoriale et s’orienter vers la présentation d’articles et de rubriques sur l’actualité du moment : la guerre. A partir de novembre 1914, la parution est hebdomadaire.

Les ruines de Vassincourt

Dans son numéro 13 du 14 janvier 1915 qui porte l’effigie du général Foch en couverture, ‘Le Pays de France’ montre les ruines des villages de Vassincourt et Mognéville après les combats de septembre 1914.

Photos parues dans 'Le Pays de France'

Photos parues dans ‘Le Pays de France’

Les deux premières photographies sur Vassincourt montrent l’intérieur dévasté de l’église.
Le journaliste commente ces photos en ces termes :
« La nef de la petite église de Vassincourt présente un douloureux aspect de désolation; les gravats se sont amoncelés sur le pavé; des obus ont traversé les murs, labourant les parois de leurs éclats. »
« Près du chœur, les pierres du clocher démoli ont traversé les voûtes, brisant les chaises et les bancs : tandis qu’une statue de la vierge, demeurée intacte, se dresse au-dessus de cette dévastation. »

Photo parue dans 'Le Pays de France'

Photo parue dans ‘Le Pays de France’

La photographie du bas de la page 3 montre l’église de Vassincourt et ses abords après la bataille. Les commentaires du journaliste de l’époque :
« Dans ce coin de la Meuse, la bataille a été violente. Du village de Vassincourt, près de Revigny, il ne reste qu’un monceau de ruines : le clocher a été rasé par les obus; la toiture de l’église est crevassée; les maisons que le canon avait épargnées ont été la proie des flammes : on en voit que les murs calcinés. »

* * *

Ce document illustre la violence des combats de la bataille de Vassincourt. Il constitue un témoignage sur la dévastation du village en septembre 1914.

Sources :
– site internet – kaskapointe.fr

1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

Deux des soldats de Vassincourt, morts pour la France pendant la grande guerre, portent le nom d’Horville : Fernand Horville et Paul Horville. Ce sont les 8ème et 9ème noms de la liste gravée sur le monument aux Morts.

Monument aux Morts de Vassincourt

Monument aux Morts de Vassincourt

Horville, une vieille famille de Vassincourt

La famille Horville est l’une des plus vieilles familles de Vassincourt. Les plus anciens registres paroissiaux connus datent de 1662 et, dès 1663, on y trouve trace de la famille Horville, comme cet acte du 27 août 1663 rédigé pour le baptême d’Anne Horville fille de Christophe Horville et d’Anne Adnot. Dans les années qui suivent, à la fin de XVIIème siècle, Jean, Nicolas et Etienne Horville sont régulièrement mentionnés dans les actes.

Fernand et Paul Horville, les deux morts pour la France du monument, ne sont pas frères mais ils sont bien de la même famille. Ils sont parents aux 8ème degré. Pour trouver leurs ancêtres communs, il faut remonter quatre générations jusqu’à Alexandre Horville (1755 – 1818) un vigneron de Vassincourt qui avait épousé Marguerite Thérèse Poinot en janvier 1781

Fernand Horville : un nom gravé sur deux monuments aux Morts

Monument aux Morts de Laheycourt

Monument aux Morts de Laheycourt

Lorsque l’on consulte sa fiche de ‘Mort pour la France’, on est surpris de constater que Fernand Horville est né à Laheycourt, où sa famille réside, un village situé à 15 km au nord de Vassincourt. On peut alors se demander pour quelle raison son nom est inscrit sur le monument de Vassincourt. Bien sûr comme indiqué plus haut, il est issu d’une vieille famille de ce village, son père y est né, mais cela n’est pas suffisant pour justifier cette inscription parmi les Morts pour la France de la commune. C’est la consultation de l’état civil qui nous apporte la réponse. Le 5 juin 1910, dans sa vingtième année, Fernand Horville a épousé Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt où il s’installe avec elle avant de partir faire son service militaire.

C’est ainsi que le nom de Fernand Horville, mort pendant la guerre en 1915, va être gravé sur les monuments aux Morts de deux villages : Vassincourt où il s’est marié et installé et où son père et son grand-père sont nés et Laheycourt la résidence de ses parents où son nom est gravé à côté de celui de son frère Albert Horville, mort le 6 mai 1915 des suites de blessures au combat.

Enfant de Laheycourt, soldat du 94 ème Régiment d’Infanterie

Fernand Horville est né le 14 septembre 1890 à Laheycourt du mariage de Jules Ernest Horville avec Marie Eugénie Rewoy. Il est le 4ème enfant d’une famille qui en comptera sept : trois garçons et quatre filles. L’une des filles, Marie Lucie, est décédée en bas âge en 1898. Le père exerce les professions de mineur puis de cantonnier à Laheycourt où le couple est domicilié. C’est au sein de cette famille que Fernand Horville vivra son enfance.

En 1902, à l’âge de 12 ans, il assiste successivement au mariage de son frère aîné Pol Alcide le 15 mai 1902 puis le 28 octobre de la même année, à celui de sa sœur Léa Virginie.

1910 est une étape importante pour Fernand Horville qui entre dans sa 20ème année mais aussi dans sa vie d’adulte. D’une taille moyenne pour l’époque, 1 mètre 71, il a les cheveux blonds et les yeux bleus et porte fièrement un tatouage sur l’avant-bras droit représentant ses initiales « HF » soulignées d’une branche de laurier. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il épouse Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt. Il exerce alors la profession de terrassier.

Peu de temps après son mariage, il se présente au conseil de révision. Il y est reconnu apte pour le service. Le 1er octobre 1911, il intègre, comme soldat de 2ème classe, le 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc. Après 2 ans de service, il est libéré le 8 novembre 1913 avec un certificat de bonne conduite.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son âge, il est rappelé le 1er août 1914 par le décret de mobilisation et rejoint son unité, le 94ème RI, dès le lendemain. A la fin du mois d’août, il participe aux combats dans le nord de la Meuse, en Woëvre. Par la suite, au sein de son régiment, Fernand Horville va participer aux combats de la première bataille de la Marne en septembre, puis sera engagé sur l’Yser à la frontière belge d’octobre à décembre avant de revenir en Argonne au début de 1915. C’est là non loin de la terre de son enfance que sa vie va basculer.

Mais, ce ne sont pas les armées allemandes qui auront raison de son ardeur et de son courage, il va être fauché par la terrible épidémie de typhoïde qui accompagne les armées depuis 1914.

Terrible épidémie de typhoïde de 1914 et 1915

Hôpital des contagieux de Bar le Duc

Hôpital des contagieux de Bar-le-Duc

De tout temps, les guerres ont entrainé les épidémies dans leur sillage. La Grande Guerre n’y a pas échappé. Dans les conflits antérieurs, la maladie faisait souvent plus de morts que les combats. De 1914 à 1918, les eaux stagnantes souillées de matières fécales des tranchées sont de véritables foyers infectieux de nature à favoriser le développement des épidémies. Pourtant, dans ce conflit, ni la mortalité de la typhoïde, ni plus tard celle de la grippe espagnole ne surpasseront la puissance destructive de la mitraille et de la canonnade.

La fièvre typhoïde, due au bacille salmonella typhi, est transmise par les eaux contaminées. C’est la principale, et la seule, épidémie à laquelle les armées sont confrontées au début du conflit en 1914. Au cours des quatorze premiers mois de la guerre, ce sont près de 100 000 cas déclarés qui sont répertoriés avec un taux de mortalité de 12,2 %.

Pourtant, le vaccin est connu et dès mars 1914, la loi Labbé rend obligatoire la vaccination antityphoïdique dans toute l’armée française. Mais la vaccination n’a pas permis de couvrir tous les soldats. L’organisation des campagnes de vaccination n’était pas au cœur des préoccupations de l’état-major au début de la guerre. De plus, les soldats étaient très méfiants vis à vis de ces inoculations qui les envoyaient au lit, malades pour quelques jours. Progressivement face au ravage de la maladie, l’encadrement des vaccinations est renforcé et gagne en efficacité. A partir de la fin octobre 1914, la vaccination est systématiquement pratiquée pour les nouvelles recrues mobilisées mais beaucoup reste à faire pour tous ceux qui ont été appelés au front depuis le mois d’août 1914.

La maladie fera plus de 10 000 victimes sur les dix premiers mois du conflit.

Fernand Horville a été fauché par cette terrible épidémie. Au début de 1915, alors qu’il combat en Argonne, il est atteint par la fièvre typhoïde et transféré à l’hôpital central des contagieux, annexe Exelmans, de Bar-le-Duc. Il y décédera des suites de cette maladie le 5 avril 1915. Quelques semaines plutôt, le 23 février, l’hôpital avait reçu la visite de Mme Poincaré épouse du Président de la République. Fernand Horville a été inhumé dans la nécropole nationale de Bar-le-Duc.

L’efficacité de la vaccination va progressivement réduire les effets de l’épidémie tout au long de l’année 1915. Sans être totalement éradiquée, la fièvre typhoïde perdurera jusqu’à la fin du conflit mais ses effets sur les armées dans les dernières années de la guerre seront marginaux.

*  *  *

Fernand Horville est le 6ème soldat de Vassincourt mort pour la France. Un mois plus tard, c’est son frère Louis Jules Albert qui sera fauché, mort pour la France également. Leurs noms figureront tous deux sur le monument de Laheycourt. Pour ce qui concerne Fernand Horville, on peut regretter qu’il n’ait pas pu bénéficier de l’efficacité que la vaccination antityphoïdique démontra lors de cette guerre.

Sources :

– Archives Départementales de la Meuse : Registres paroissiaux et d’état civil de Vassincourt
– Archives Départementales de la Meuse : Registres d’état civil de Laheycourt
– Archives Départementales de la Marne : Registre d’état civil de Charmontois l’Abbé
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’

– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 603 – Registre matricule

– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 94ème RI
– Site internet Mémoires des Hommes : Sépultures de Guerre
– Article d’Anne Rasmussen, « A corps défendant : vacciner les troupes contre la typhoïde pendant la grande guerre »

 

 

Indexation des soldats de Vassincourt sur le site « Mémoire des Hommes »

Mémoire des Hommes
Le site internet « Mémoire des Hommes »

Le Ministère de la Défense a mis en place un programme d’indexation collaborative qui permet à des internautes bénévoles d’annoter des documents numérisés pour faciliter leur exploitation dans le cadre d’études historiques ou généalogiques. C’est ainsi que l’intégralité des fiches des « Mort pour la France » des soldats du monument aux morts de Vassincourt a été indexée.

Le site internet « Mémoires des Hommes »

Le site internet « Mémoires des Hommes » est un site du Ministère de la Défense. Inauguré en 2003, il présente, depuis cette date, 1,3 million de fiches des « Morts pour la France » de la première guerre mondiale. Ces fonds ont été complétés depuis, par d’autres archives, et notamment :

  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie
  • la base des fusillés du Mont-Valérien
  • la base des personnels de l’aéronautique militaire de la Première Guerre mondiale
  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Indochine
  • les journaux des unités de la Première Guerre mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Seconde Guerre Mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Guerre de Corée
  • les fiches des marins et aviateurs à la base des militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale
  • etc.

Le programme d’indexation engagé concerne la base des « Morts pour la France » de la grande guerre.

Fiches des « Morts pour la France » et indexation

Fiche 'Mort pour la France' - 02
Les fiches des ‘Morts pour la France’ qui composent la base du site ‘Mémoire des Hommes’, ont été établies au lendemain de la première guerre mondiale par l’administration des anciens combattants. Bien que comprenant 1,3 million de fiches, cette base n’est pas exhaustive des « Morts pour la France » de 1914 à 1918.

Le programme d’indexation des fiches des « Morts pour la France » consiste à numériser les informations relevées sur les fiches : grade, unité, lieu de naissance, classe, numéro matricule au recrutement, centre de recrutement, date et lieu de décès, etc.

Cette numérisation facilitera les recherches à partir des différentes informations numérisées, permettra de faire des tris sur la base des fiches indexées ou encore d’effectuer plus facilement un certain nombre de statistiques.

A la date du 30 octobre 2015, plus de 282 000 fiches ont d’ores et déjà été indexées par les bénévoles participants à cette opération.

Les fiches des soldats de Vassincourt totalement indexées.

La base ‘Mémoires des Hommes’ contient 15 fiches concernant les soldats de Vassincourt inscrits sur le Monument aux Morts du village. Toutes ces fiches sont maintenant indexées, ce qui permet d’effectuer des recherches, par un ou plusieurs des paramètres numérisés. A titre d’exemple, en associant, dans une requête, pour lieu de naissance, Vassincourt, et pour grade, caporal, on extrait de la base les noms des 4 « Mort pour la France » de Vassincourt répondant à ces critères : Albert HENRIET, Paul HORVILLE, Jules MONTPLONNE, Henri SAUVAGE.

L’un des soldats, Henry BAILLOT, dont le nom est inscrit sur le monument aux Morts, ne possède pas de fiche dans la base « Mémoire des Hommes ». Cependant, il est bien « Mort pour la France », sa fiche matricule nous le confirme.

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Ce programme d’indexation, organisé par le ministère de la Défense en mobilisant des bénévoles, est une nouvelle occasion de rendre hommage à ces soldats qui ont donné leur vie lors de la grande guerre et de raviver ainsi la mémoire de leur sacrifice.

Lien vers le site « Mémoire des Hommes »
Voir aussi l’article « Le monument aux morts »

Il y a 100 ans… 17 décembre 1914

94ème Régiment d'Infanterie à Bar le Duc

Le 94è Régiment d’Infanterie à Bar-le-Duc

Terrible fin d’année 1914

En aout 1914, la déclaration de guerre était survenue comme un éclair dans un ciel assombri, un éclair qui allait déchainer la tempête. Pourtant, nul ne pensait alors que cette guerre aller durer. Le 17 décembre 1914, il ne s’était écoulé que quelques mois depuis le début du conflit mais, pour les habitants de Vassincourt, que ce mois d’août paraissait loin tant il y avait eu d’événements dramatiques pour eux.
Deux jeunes soldats de Vassincourt tués aux combats dès le 22 août. Le 6 septembre, c’était la bataille de Vassincourt, une victoire, le village venait d’être libéré mais quel goût amère avait ce succès ; le village était ravagé et toutes les maisons détruites. Les familles sont dispersées dans les villes et les villages environnants voire plus loin encore. Fin septembre , deux autres soldats de Vassincourt étaient emportés et les épreuves continuaient à affliger le village et ses habitants. La fin de cette année terrible pour Vassincourt allait encore apporter le malheur.

Robert SAUDAX… un 5ème soldat de Vassincourt mort pour la France

Le 17 décembre 1914, Robert Jules SAUDAX, soldat de 2ème classe, âgé de 21 ans, était tué au combat à Zillebeke en Belgique.
Robert Jules Saudax était le fils de Charles Germain SAUDAX et de Thérèse MAYBEL. Né le 30 septembre 1893, il exerçait le métier d’agriculteur jusqu’à son départ à l’armée. Il a intégré le 26 novembre 1913, la 94ème Régiment d’Infanterie, régiment cantonné à Bar le Duc et entrait en campagne contre l’Allemagne avec son unité en août 1914. Après un court retour à Bar le Duc, il repartait au combat le 5 décembre 1914. Moins de 15 jours plus tard, il était porté disparu le 17 décembre 1914 à Zillebeke.

L’historique de 94ème régiment d’Infanterie décrit la situation les jours précédents cette disparition et nous éclaire sur ce qu’ont du être les dernières heures de Robert SAUDAX :

« Les Allemands viennent d’inaugurer de nouveaux travaux défensifs et, en face du Régiment, ont créé un ouvrage important, puissamment armé de mitrailleuses : le fortin de Zillebecke. »
« Le 16 décembre, le Bataillon Barbaroux attaque à fond. Deux colonnes d’assaut sont lancées, celle de gauche en avant (3ème compagnie, Capitaine Darthos, et 4ème, sous-lieutenant de Corny). D’un élan superbe, les jeunes soldats franchissent d’un bond les tranchées. Il est 11 h. 25. Le fortin parait abandonné, trois hommes arrivent au sommet; mais des feux violents partent de partout et couchent les assaillants au pied du talus.
Le sous-lieutenant de Corny est tué. La 3e Compagnie a perdu plus de 80 hommes.
Citation du Sous-Lieutenant de Corny : « Le 16 décembre 1914, a conduit vers un fortin allemand la colonne de droite du 94e et, sous un feu terrible, a réussi à en atteindre le talus, à s’y maintenir plusieurs heures Jusqu’au moment où il a été tué en cherchant encore à gagner de l’avant » ; Hommage à tous ces jeunes gens, tombés dans leur premier combat, entraînés par le désir de venger leurs aînés

Fin d’année 1914, Noël est proche mais il n’y a pas de trêve du malheur pour les habitants de Vassincourt. Les jeunes gens sont dans les tranchées, le village est détruit, la communauté des habitants est dispersée, la guerre s’enterre, s’enlise, et l’espoir s’éteint laissant place à la résignation.

Sources :
Historique du 94e Régiment d’Infanterie (Anonyme, A. Collot, 1920)
– Archives Départementales de la Meuse (Etat civil – Registres matricules)

Etrange carte postale de Vassincourt ?

55 - Vassincourt - Interrogatoire de prisonniers

Étrange cette photo représentant l’interrogatoire de deux prisonniers allemands à Vassincourt. S’agit-il d’une situation vécue ou d’une mise en scène destinée à soutenir le moral des populations ?
L’inscription portée au dos de la carte postale est datée d’avril 1915, ce qui conduit à penser que la photographie a été prise avant 1915. Les uniformes français et allemands (casque à pointe notamment) sont ceux qui étaient utilisés au début de la guerre et confirment donc cette date.
Il est difficile d’imaginer que la photo ait été prise avant la bataille de Vassincourt. Le 4 septembre 1914, deux jours avant les premiers combats dans Vassincourt, le front était encore à plus de 40 km au Nord ouest, et Vassincourt était alors un petit village encore inconnu du public.
Alors : photo prise pendant la bataille ? Peut-être, cela ne paraît pas impossible au tout début de la bataille, mais là aussi c’est très difficile à imaginer, car dès le 6 septembre les combats autour du village furent violents et acharnés.
Après la bataille, cela paraît encore moins réaliste. Le village était totalement détruit. Aucune maison n’avait été épargnée or en arrière fond, sur cette photo, le bâtiment apparaît en trop bon état pour être du Vassincourt d’après la bataille.
Alors : réalité ou mise en scène ?…
Si vous avez un avis, des éléments d’analyse sur cette photo, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur le blog.