1914 – Les ravages de la bataille

Du 6 au 11 septembre 1914, se déroule la bataille de Vassincourt. Les combats sont acharnés et sanglants, ils conduisent à la retraite de l’armée allemande qui n’a pas pu réussir dans sa percée vers Bar-le-Duc. C’est l’un des multiples succès qui va construire la victoire de la Marne.

Mais pour les habitants, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir. Le village est totalement détruit. Ce qui avait été épargné par les obus allemands et français n’a pas résisté à l’incendie que les Allemands ont provoqué avant de se replier.

1-vas-village-apres-la-bataille-photo-base-gallica-meurisse-56302-2014-01-25

Les ruines du village après la bataille
Source Gallica – Photo de l’agence Meurisse

Ce spectacle de désolation qui suit la bataille, est parfaitement décrit par Arsène Alexandre un inspecteur général des musées qui avait été mandaté par le sous-secrétaire d’état aux beaux-arts, Albert Dalimier, pour enquêter sur les monuments détruits pendant la guerre. Le texte proposé ci-dessous est un extrait de cette enquête qui a été publiée en 1918. Il repose sur des observations faites par son auteur immédiatement après la bataille en 1914 puis quelques mois plus tard en 1915. Ce document est très éloquent et explicite sur les destructions subies par le village et son église.

* * *

« Les monuments français détruits par l’Allemagne » par Arsène Alexandre

Extrait concernant la commune de Vassincourt.
La transcription respecte l’orthographe et la grammaire de l’édition de 1918.

Vassincourt. – Canton de Revigny

4-vas-village-apres-la-bataille-cpa-01

Le village est totalement détruit
Carte postale, collection personnelle

Dans certaines contrées, la guerre allemande a opéré, ou forcé d’opérer, ce qui revient au même quant aux responsabilités, comme nous l’avons démontré, des destructions telles qu’aucune trace ne subsiste ni des édifices, ni des rues, ni du sol même. C’est un étrange et terrible retour au néant, pulvis in pulverem reversus. Mais cette transformation du travail et de l’art des hommes en l’original chaos est peut-être moins désolante, moins accablante à contempler, moins décourageante (si quelque chose pouvait décourager un pays tel que le nôtre après les preuves qu’il a données) que l’aspect d’un village où la flamme a passé, promenée de maison en maison, de ferme en ferme, par Loge, un des « vieux dieux » allemands, qui joint à la cruauté la perfidie.

La joie de détruire se lit en même temps que se suppute l’étendue des pertes. Un emplacement encombré de pierres écroulées, marquant une maison à reconstruire, produit une impression moins sinistre qu’une maison, quasi intacte de l’extérieur, mais, à l’intérieur, entièrement vide et vidée, et qu’il faudra abattre. Quand des centaines d’habitations de cette sorte se suivent de chaque côté de la rue, et d’un bout à l’autre, et que les rues pareilles se croisent et se succèdent d’une extrémité à l’autre d’un important village, et que partout, derrière ces façades paisibles comme la mort, il n’y a que le néant, dès la porte franchie, on éprouve la plus terrifiante sensation de cauchemar qu’on puisse imaginer.

Eglise après la bataille Photo Base Mérimée

Eglise après la bataille
Photo Base Mérimée

Nous avons connu plus d’une fois, au cours de notre enquête, ces affreux contrastes entre l’effort français pour produire et fructifier et l’effort allemand pour stériliser et ruiner, entre les résultats destructeurs auxquels l’orgueil systématisé a amené des hommes qui se disaient représentants d’une culture supérieure, et les forces mêmes de la nature qui affirmaient par les campagnes vertes environnant ces solitudes, et par les herbes mêmes qui commençaient à pousser entre les ruines. Nous avons connu la douleur de voir cet assassinat des villes et des villages, en opposition avec des printemps d’une douceur infinie ou de splendides automnes, nous demandant parfois s’il n’y avait pas autant de tristesse dans un village qui a perdu la vie que dans une cathédrale comme celle de Reims de qui ont été meurtries les beautés.

Nulle part ces pensers et ces angoisses n’ont été plus complets, plus poignant qu’à Nomeny, en Meurthe-et-Moselle, et dans ce Vassincourt, de Meuse, où il ne restait comme habitations intactes dans tout le bourg, qu’une misérable cabane de bois, et comme habitants, qu’une vieille femme de quatre-vingts ans, ayant perdu la notion des gens et des choses, et riant aux anges.

Au cœur du pays, l’église avait une incomparable beauté de douleur. « De quoi vous plaindrez-vous, dirait l’ironie des professeurs allemands ? Vous-mêmes dites que nous avons donné de la beauté à vos édifices. » Mais la charmante et vénérable petit église de Vassincourt, belle et ancienne, n’avait pas besoin de cette beauté-là.

Les dégâts à l'intérieur de l'église. Carte postale ancienne

Les dégâts à l’intérieur de l’église.
Carte postale, collection personnelle

Un peu élevée au-dessus de la rue et entourée de son champ de repos où l’on accède par quelques degrés de pierre, elle avait cette plénitude que possèdent les constructions romanes, et cette grâce dans la simplicité qu’elles atteignent quand, de proportions modérées, elles fleurissent dans des lieux rustiques.

Du XIIe siècle, avec un portail en plein cintre, une abside du XIVe siècle, un robuste clocher auquel était accolée, au midi, une tourelle ronde, tout unie, mais d’un excellent effet, cette église a été violemment bombardée, le village ayant été repris et reperdu plus d’une fois entre le 6 et 10 septembre 1914.Les obus allemands lui ont causé de grands dommages. Un d’eux est tombé juste devant le portail, creusant un vaste entonnoir. D’autres ont découronné la tour et l’ont déchirée sur une large étendue, laissant les cloches à découvert. Plus de vitraux, et les voûtes de la nef en notable partie démolies. Les cloches, à l’entour, bouleversées, comme cadre à ces vieilles pierres massacrées.

En repassant au mois de mai 1915 dans Vassincourt, nous sommes rentrés dans l’église toujours si mutilée et en apparence si morte. Le village était à peine hanté par des habitants qui revenaient voir les squelettes de leurs maisons, mais s’en retournaient coucher dans ceux des pays voisins qui avaient été épargnés. L’intérieur de l’église avait été déblayé en partie, et les décombres rangés dans un bas côté. Une statue de la Vierge, dans le goût de la Renaissance, surmontait un autel épargné, dans un des bas côtés. Depuis ses pieds jusqu’au sol, c’était un amoncellement de fleurs fraîches, en gerbes, en guirlandes, dans des vases ; des flammes de bougies de cire, un peu vacillantes dans cette maison de prière ouverte à tous les vents, se mêlaient à toutes ses fleurs.

Pourtant, alors, personne ne vivait dans Vassincourt.

A lire aussi :
Article « La bataille de Vassincourt« 

Sources :
– Bibliothèque Nationale de France – Gallica
– Photographie : Gallica et base Mérimée

 

‘Le Pays de France’

Revue 'Le Pays de France' du 14 janvier 1915

Revue ‘Le Pays de France’ du 14 janvier 1915

‘Le Pays de France’
‘Le Pays de France’ était une revue mensuelle éditée par le quotidien ‘Le Matin’. A l’origine, elle est destinée à la promotion touristique et son premier numéro sur ce thème paraît en mai 1914 suivi de deux autres numéros en juin et juillet de la même année. Après le déclenchement des hostilités entre la France et l’Allemagne, le périodique va changer sa ligne éditoriale et s’orienter vers la présentation d’articles et de rubriques sur l’actualité du moment : la guerre. A partir de novembre 1914, la parution est hebdomadaire.

Les ruines de Vassincourt

Dans son numéro 13 du 14 janvier 1915 qui porte l’effigie du général Foch en couverture, ‘Le Pays de France’ montre les ruines des villages de Vassincourt et Mognéville après les combats de septembre 1914.

Photos parues dans 'Le Pays de France'

Photos parues dans ‘Le Pays de France’

Les deux premières photographies sur Vassincourt montrent l’intérieur dévasté de l’église.
Le journaliste commente ces photos en ces termes :
« La nef de la petite église de Vassincourt présente un douloureux aspect de désolation; les gravats se sont amoncelés sur le pavé; des obus ont traversé les murs, labourant les parois de leurs éclats. »
« Près du chœur, les pierres du clocher démoli ont traversé les voûtes, brisant les chaises et les bancs : tandis qu’une statue de la vierge, demeurée intacte, se dresse au-dessus de cette dévastation. »

Photo parue dans 'Le Pays de France'

Photo parue dans ‘Le Pays de France’

La photographie du bas de la page 3 montre l’église de Vassincourt et ses abords après la bataille. Les commentaires du journaliste de l’époque :
« Dans ce coin de la Meuse, la bataille a été violente. Du village de Vassincourt, près de Revigny, il ne reste qu’un monceau de ruines : le clocher a été rasé par les obus; la toiture de l’église est crevassée; les maisons que le canon avait épargnées ont été la proie des flammes : on en voit que les murs calcinés. »

* * *

Ce document illustre la violence des combats de la bataille de Vassincourt. Il constitue un témoignage sur la dévastation du village en septembre 1914.

Sources :
– site internet – kaskapointe.fr

1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

Deux des soldats de Vassincourt, morts pour la France pendant la grande guerre, portent le nom d’Horville : Fernand Horville et Paul Horville. Ce sont les 8ème et 9ème noms de la liste gravée sur le monument aux Morts.

Monument aux Morts de Vassincourt

Monument aux Morts de Vassincourt

Horville, une vieille famille de Vassincourt

La famille Horville est l’une des plus vieilles familles de Vassincourt. Les plus anciens registres paroissiaux connus datent de 1662 et, dès 1663, on y trouve trace de la famille Horville, comme cet acte du 27 août 1663 rédigé pour le baptême d’Anne Horville fille de Christophe Horville et d’Anne Adnot. Dans les années qui suivent, à la fin de XVIIème siècle, Jean, Nicolas et Etienne Horville sont régulièrement mentionnés dans les actes.

Fernand et Paul Horville, les deux morts pour la France du monument, ne sont pas frères mais ils sont bien de la même famille. Ils sont parents aux 8ème degré. Pour trouver leurs ancêtres communs, il faut remonter quatre générations jusqu’à Alexandre Horville (1755 – 1818) un vigneron de Vassincourt qui avait épousé Marguerite Thérèse Poinot en janvier 1781

Fernand Horville : un nom gravé sur deux monuments aux Morts

Monument aux Morts de Laheycourt

Monument aux Morts de Laheycourt

Lorsque l’on consulte sa fiche de ‘Mort pour la France’, on est surpris de constater que Fernand Horville est né à Laheycourt, où sa famille réside, un village situé à 15 km au nord de Vassincourt. On peut alors se demander pour quelle raison son nom est inscrit sur le monument de Vassincourt. Bien sûr comme indiqué plus haut, il est issu d’une vieille famille de ce village, son père y est né, mais cela n’est pas suffisant pour justifier cette inscription parmi les Morts pour la France de la commune. C’est la consultation de l’état civil qui nous apporte la réponse. Le 5 juin 1910, dans sa vingtième année, Fernand Horville a épousé Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt où il s’installe avec elle avant de partir faire son service militaire.

C’est ainsi que le nom de Fernand Horville, mort pendant la guerre en 1915, va être gravé sur les monuments aux Morts de deux villages : Vassincourt où il s’est marié et installé et où son père et son grand-père sont nés et Laheycourt la résidence de ses parents où son nom est gravé à côté de celui de son frère Albert Horville, mort le 6 mai 1915 des suites de blessures au combat.

Enfant de Laheycourt, soldat du 94 ème Régiment d’Infanterie

Fernand Horville est né le 14 septembre 1890 à Laheycourt du mariage de Jules Ernest Horville avec Marie Eugénie Rewoy. Il est le 4ème enfant d’une famille qui en comptera sept : trois garçons et quatre filles. L’une des filles, Marie Lucie, est décédée en bas âge en 1898. Le père exerce les professions de mineur puis de cantonnier à Laheycourt où le couple est domicilié. C’est au sein de cette famille que Fernand Horville vivra son enfance.

En 1902, à l’âge de 12 ans, il assiste successivement au mariage de son frère aîné Pol Alcide le 15 mai 1902 puis le 28 octobre de la même année, à celui de sa sœur Léa Virginie.

1910 est une étape importante pour Fernand Horville qui entre dans sa 20ème année mais aussi dans sa vie d’adulte. D’une taille moyenne pour l’époque, 1 mètre 71, il a les cheveux blonds et les yeux bleus et porte fièrement un tatouage sur l’avant-bras droit représentant ses initiales « HF » soulignées d’une branche de laurier. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il épouse Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt. Il exerce alors la profession de terrassier.

Peu de temps après son mariage, il se présente au conseil de révision. Il y est reconnu apte pour le service. Le 1er octobre 1911, il intègre, comme soldat de 2ème classe, le 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc. Après 2 ans de service, il est libéré le 8 novembre 1913 avec un certificat de bonne conduite.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son âge, il est rappelé le 1er août 1914 par le décret de mobilisation et rejoint son unité, le 94ème RI, dès le lendemain. A la fin du mois d’août, il participe aux combats dans le nord de la Meuse, en Woëvre. Par la suite, au sein de son régiment, Fernand Horville va participer aux combats de la première bataille de la Marne en septembre, puis sera engagé sur l’Yser à la frontière belge d’octobre à décembre avant de revenir en Argonne au début de 1915. C’est là non loin de la terre de son enfance que sa vie va basculer.

Mais, ce ne sont pas les armées allemandes qui auront raison de son ardeur et de son courage, il va être fauché par la terrible épidémie de typhoïde qui accompagne les armées depuis 1914.

Terrible épidémie de typhoïde de 1914 et 1915

Hôpital des contagieux de Bar le Duc

Hôpital des contagieux de Bar-le-Duc

De tout temps, les guerres ont entrainé les épidémies dans leur sillage. La Grande Guerre n’y a pas échappé. Dans les conflits antérieurs, la maladie faisait souvent plus de morts que les combats. De 1914 à 1918, les eaux stagnantes souillées de matières fécales des tranchées sont de véritables foyers infectieux de nature à favoriser le développement des épidémies. Pourtant, dans ce conflit, ni la mortalité de la typhoïde, ni plus tard celle de la grippe espagnole ne surpasseront la puissance destructive de la mitraille et de la canonnade.

La fièvre typhoïde, due au bacille salmonella typhi, est transmise par les eaux contaminées. C’est la principale, et la seule, épidémie à laquelle les armées sont confrontées au début du conflit en 1914. Au cours des quatorze premiers mois de la guerre, ce sont près de 100 000 cas déclarés qui sont répertoriés avec un taux de mortalité de 12,2 %.

Pourtant, le vaccin est connu et dès mars 1914, la loi Labbé rend obligatoire la vaccination antityphoïdique dans toute l’armée française. Mais la vaccination n’a pas permis de couvrir tous les soldats. L’organisation des campagnes de vaccination n’était pas au cœur des préoccupations de l’état-major au début de la guerre. De plus, les soldats étaient très méfiants vis à vis de ces inoculations qui les envoyaient au lit, malades pour quelques jours. Progressivement face au ravage de la maladie, l’encadrement des vaccinations est renforcé et gagne en efficacité. A partir de la fin octobre 1914, la vaccination est systématiquement pratiquée pour les nouvelles recrues mobilisées mais beaucoup reste à faire pour tous ceux qui ont été appelés au front depuis le mois d’août 1914.

La maladie fera plus de 10 000 victimes sur les dix premiers mois du conflit.

Fernand Horville a été fauché par cette terrible épidémie. Au début de 1915, alors qu’il combat en Argonne, il est atteint par la fièvre typhoïde et transféré à l’hôpital central des contagieux, annexe Exelmans, de Bar-le-Duc. Il y décédera des suites de cette maladie le 5 avril 1915. Quelques semaines plutôt, le 23 février, l’hôpital avait reçu la visite de Mme Poincaré épouse du Président de la République. Fernand Horville a été inhumé dans la nécropole nationale de Bar-le-Duc.

L’efficacité de la vaccination va progressivement réduire les effets de l’épidémie tout au long de l’année 1915. Sans être totalement éradiquée, la fièvre typhoïde perdurera jusqu’à la fin du conflit mais ses effets sur les armées dans les dernières années de la guerre seront marginaux.

*  *  *

Fernand Horville est le 6ème soldat de Vassincourt mort pour la France. Un mois plus tard, c’est son frère Louis Jules Albert qui sera fauché, mort pour la France également. Leurs noms figureront tous deux sur le monument de Laheycourt. Pour ce qui concerne Fernand Horville, on peut regretter qu’il n’ait pas pu bénéficier de l’efficacité que la vaccination antityphoïdique démontra lors de cette guerre.

Sources :

– Archives Départementales de la Meuse : Registres paroissiaux et d’état civil de Vassincourt
– Archives Départementales de la Meuse : Registres d’état civil de Laheycourt
– Archives Départementales de la Marne : Registre d’état civil de Charmontois l’Abbé
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’

– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 603 – Registre matricule

– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 94ème RI
– Site internet Mémoires des Hommes : Sépultures de Guerre
– Article d’Anne Rasmussen, « A corps défendant : vacciner les troupes contre la typhoïde pendant la grande guerre »

 

 

Indexation des soldats de Vassincourt sur le site « Mémoire des Hommes »

Mémoire des Hommes
Le site internet « Mémoire des Hommes »

Le Ministère de la Défense a mis en place un programme d’indexation collaborative qui permet à des internautes bénévoles d’annoter des documents numérisés pour faciliter leur exploitation dans le cadre d’études historiques ou généalogiques. C’est ainsi que l’intégralité des fiches des « Mort pour la France » des soldats du monument aux morts de Vassincourt a été indexée.

Le site internet « Mémoires des Hommes »

Le site internet « Mémoires des Hommes » est un site du Ministère de la Défense. Inauguré en 2003, il présente, depuis cette date, 1,3 million de fiches des « Morts pour la France » de la première guerre mondiale. Ces fonds ont été complétés depuis, par d’autres archives, et notamment :

  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie
  • la base des fusillés du Mont-Valérien
  • la base des personnels de l’aéronautique militaire de la Première Guerre mondiale
  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Indochine
  • les journaux des unités de la Première Guerre mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Seconde Guerre Mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Guerre de Corée
  • les fiches des marins et aviateurs à la base des militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale
  • etc.

Le programme d’indexation engagé concerne la base des « Morts pour la France » de la grande guerre.

Fiches des « Morts pour la France » et indexation

Fiche 'Mort pour la France' - 02
Les fiches des ‘Morts pour la France’ qui composent la base du site ‘Mémoire des Hommes’, ont été établies au lendemain de la première guerre mondiale par l’administration des anciens combattants. Bien que comprenant 1,3 million de fiches, cette base n’est pas exhaustive des « Morts pour la France » de 1914 à 1918.

Le programme d’indexation des fiches des « Morts pour la France » consiste à numériser les informations relevées sur les fiches : grade, unité, lieu de naissance, classe, numéro matricule au recrutement, centre de recrutement, date et lieu de décès, etc.

Cette numérisation facilitera les recherches à partir des différentes informations numérisées, permettra de faire des tris sur la base des fiches indexées ou encore d’effectuer plus facilement un certain nombre de statistiques.

A la date du 30 octobre 2015, plus de 282 000 fiches ont d’ores et déjà été indexées par les bénévoles participants à cette opération.

Les fiches des soldats de Vassincourt totalement indexées.

La base ‘Mémoires des Hommes’ contient 15 fiches concernant les soldats de Vassincourt inscrits sur le Monument aux Morts du village. Toutes ces fiches sont maintenant indexées, ce qui permet d’effectuer des recherches, par un ou plusieurs des paramètres numérisés. A titre d’exemple, en associant, dans une requête, pour lieu de naissance, Vassincourt, et pour grade, caporal, on extrait de la base les noms des 4 « Mort pour la France » de Vassincourt répondant à ces critères : Albert HENRIET, Paul HORVILLE, Jules MONTPLONNE, Henri SAUVAGE.

L’un des soldats, Henry BAILLOT, dont le nom est inscrit sur le monument aux Morts, ne possède pas de fiche dans la base « Mémoire des Hommes ». Cependant, il est bien « Mort pour la France », sa fiche matricule nous le confirme.

* * *

Ce programme d’indexation, organisé par le ministère de la Défense en mobilisant des bénévoles, est une nouvelle occasion de rendre hommage à ces soldats qui ont donné leur vie lors de la grande guerre et de raviver ainsi la mémoire de leur sacrifice.

Lien vers le site « Mémoire des Hommes »
Voir aussi l’article « Le monument aux morts »

Il y a 100 ans… 17 décembre 1914

94ème Régiment d'Infanterie à Bar le Duc

Le 94è Régiment d’Infanterie à Bar-le-Duc

Terrible fin d’année 1914

En aout 1914, la déclaration de guerre était survenue comme un éclair dans un ciel assombri, un éclair qui allait déchainer la tempête. Pourtant, nul ne pensait alors que cette guerre aller durer. Le 17 décembre 1914, il ne s’était écoulé que quelques mois depuis le début du conflit mais, pour les habitants de Vassincourt, que ce mois d’août paraissait loin tant il y avait eu d’événements dramatiques pour eux.
Deux jeunes soldats de Vassincourt tués aux combats dès le 22 août. Le 6 septembre, c’était la bataille de Vassincourt, une victoire, le village venait d’être libéré mais quel goût amère avait ce succès ; le village était ravagé et toutes les maisons détruites. Les familles sont dispersées dans les villes et les villages environnants voire plus loin encore. Fin septembre , deux autres soldats de Vassincourt étaient emportés et les épreuves continuaient à affliger le village et ses habitants. La fin de cette année terrible pour Vassincourt allait encore apporter le malheur.

Robert SAUDAX… un 5ème soldat de Vassincourt mort pour la France

Le 17 décembre 1914, Robert Jules SAUDAX, soldat de 2ème classe, âgé de 21 ans, était tué au combat à Zillebeke en Belgique.
Robert Jules Saudax était le fils de Charles Germain SAUDAX et de Thérèse MAYBEL. Né le 30 septembre 1893, il exerçait le métier d’agriculteur jusqu’à son départ à l’armée. Il a intégré le 26 novembre 1913, la 94ème Régiment d’Infanterie, régiment cantonné à Bar le Duc et entrait en campagne contre l’Allemagne avec son unité en août 1914. Après un court retour à Bar le Duc, il repartait au combat le 5 décembre 1914. Moins de 15 jours plus tard, il était porté disparu le 17 décembre 1914 à Zillebeke.

L’historique de 94ème régiment d’Infanterie décrit la situation les jours précédents cette disparition et nous éclaire sur ce qu’ont du être les dernières heures de Robert SAUDAX :

« Les Allemands viennent d’inaugurer de nouveaux travaux défensifs et, en face du Régiment, ont créé un ouvrage important, puissamment armé de mitrailleuses : le fortin de Zillebecke. »
« Le 16 décembre, le Bataillon Barbaroux attaque à fond. Deux colonnes d’assaut sont lancées, celle de gauche en avant (3ème compagnie, Capitaine Darthos, et 4ème, sous-lieutenant de Corny). D’un élan superbe, les jeunes soldats franchissent d’un bond les tranchées. Il est 11 h. 25. Le fortin parait abandonné, trois hommes arrivent au sommet; mais des feux violents partent de partout et couchent les assaillants au pied du talus.
Le sous-lieutenant de Corny est tué. La 3e Compagnie a perdu plus de 80 hommes.
Citation du Sous-Lieutenant de Corny : « Le 16 décembre 1914, a conduit vers un fortin allemand la colonne de droite du 94e et, sous un feu terrible, a réussi à en atteindre le talus, à s’y maintenir plusieurs heures Jusqu’au moment où il a été tué en cherchant encore à gagner de l’avant » ; Hommage à tous ces jeunes gens, tombés dans leur premier combat, entraînés par le désir de venger leurs aînés

Fin d’année 1914, Noël est proche mais il n’y a pas de trêve du malheur pour les habitants de Vassincourt. Les jeunes gens sont dans les tranchées, le village est détruit, la communauté des habitants est dispersée, la guerre s’enterre, s’enlise, et l’espoir s’éteint laissant place à la résignation.

Sources :
Historique du 94e Régiment d’Infanterie (Anonyme, A. Collot, 1920)
– Archives Départementales de la Meuse (Etat civil – Registres matricules)

Etrange carte postale de Vassincourt ?

55 - Vassincourt - Interrogatoire de prisonniers

Étrange cette photo représentant l’interrogatoire de deux prisonniers allemands à Vassincourt. S’agit-il d’une situation vécue ou d’une mise en scène destinée à soutenir le moral des populations ?
L’inscription portée au dos de la carte postale est datée d’avril 1915, ce qui conduit à penser que la photographie a été prise avant 1915. Les uniformes français et allemands (casque à pointe notamment) sont ceux qui étaient utilisés au début de la guerre et confirment donc cette date.
Il est difficile d’imaginer que la photo ait été prise avant la bataille de Vassincourt. Le 4 septembre 1914, deux jours avant les premiers combats dans Vassincourt, le front était encore à plus de 40 km au Nord ouest, et Vassincourt était alors un petit village encore inconnu du public.
Alors : photo prise pendant la bataille ? Peut-être, cela ne paraît pas impossible au tout début de la bataille, mais là aussi c’est très difficile à imaginer, car dès le 6 septembre les combats autour du village furent violents et acharnés.
Après la bataille, cela paraît encore moins réaliste. Le village était totalement détruit. Aucune maison n’avait été épargnée or en arrière fond, sur cette photo, le bâtiment apparaît en trop bon état pour être du Vassincourt d’après la bataille.
Alors : réalité ou mise en scène ?…
Si vous avez un avis, des éléments d’analyse sur cette photo, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur le blog.

Le général Malleterre grièvement blessé à Vassincourt

Général Gabriel Malleterre - Rel. 2014 10 25 - Gallica - Photo - Agence Rol - Général Malleterre vers 1916

Général Malleterre vers 1916

Gabriel Malleterre est tout d’abord un brillant soldat. Il est aussi une personnalité marquante de l’Armée Française du début du XXème siècle. Sa vie bascule le 9 septembre 1914 lorsqu’il est grièvement blessé à la Bataille de Vassincourt.

Un brillant soldat

Gabriel Malleterre est né le 30 avril 1858 à Bergerac. En 1878, à l’âge de 20 ans, il intègre l’école de Saint Cyr. Il sort 2ème de sa promotion avec le grade de sous-lieutenant et commence une brillante carrière militaire. Après 5 ans de campagne en Afrique du Nord de 1881 à 1885, il progresse brillamment et franchit tous les grades les uns après les autres. Capitaine en 1891, chef de bataillon en 1900, lieutenant-colonel en 1907, avant de prendre le grade de colonel et le commandement du prestigieux 46ème régiment d’infanterie de la Tour d’Auvergne en 1911. C’est avec ce régiment qu’il entre en campagne contre l’Allemagne, en août 1914. En quittant la caserne de Reuilly pour gagner le front, il dit à ces soldats : « Vous rapporterez l’Alsace et la Lorraine à la pointe de vos baïonnettes ! Je lis la victoire dans vos yeux comme vous la lisez dans les miens ! ».

Vassincourt, le 9 septembre 1914 : sa vie bascule

Le 6 septembre 1914, la bataille de la Marne débute et le 46ème régiment d’infanterie est engagé dans les combats qui se déroulent au nord-ouest de Vassincourt dans la région de Brabant-le-Roi. Au milieu de l’après-midi, à la suite du décès du Général Roques commandant la 10ème Division à Villers aux Vents, lors d’un bombardement, le colonel Malleterre est amené à prendre le commandement de la 19ème Brigade. Il va accéder ainsi au grade de général de brigade.
Du 7 au 9 septembre, les combats, violents, se concentrent autour de Vassincourt. C’est au cours de cette journée du 9 septembre 1914 que la vie du Général Malleterre va basculer. Alors que les allemands provoquent une attaque généralisée sur tout le front de la 19ème brigade (46ème et 89ème RI), le Général Malleterre organise un bataillon de manœuvre confié au commandant Darc, avec ordre de se porter devant Vassincourt et de soutenir l’attaque du 15ème corps d’armée. L’heure est importante, la bataille peut basculer. La suite nous est rapportée par le journal des marches et opérations du 46ème régiment d’infanterie : « Vers 17 heures, le Colonel Malleterre, impatient d’avoir des nouvelles de l’attaque sur Vassincourt, monte en automobile avec le Capitaine Sée et se fait conduire à la sortie ouest de Mussey. A peine arrivé, un obus le blesse grièvement à la jambe et au bras et atteint gravement le Capitaine Sée ». La suite est rapportée par Maurice Pierre dans son excellent livre sur la « Bataille de Vassincourt » : « Ils sont évacués sur l’ambulance II, installée à Venise au carrefour de Louppy, et emmenés par la Section Sanitaire automobile ».
En ce 9 septembre 1914, les allemands cèdent, la bataille de Vassincourt bascule tout comme la vie du Général Malleterre. Ayant perdu une jambe et l’usage de son bras droit, il va maintenant aller vers d’autres combats.

Personnalité marquante de l’Armée Française

Infirme et handicapé par ses blessures de guerre, le Général Malleterre est sensibilisé à la place du mutilé de guerre au sein de la société française. Dès 1915, la cause de ceux qui reviennent mutilés ou invalides de la guerre va devenir son nouveau combat. Il s’y consacrera jusqu’à la fin de ses jours. C’est ainsi que le 21 septembre 1915, il fonde l’Association Générale des Mutilés de Guerre dont il prend la présidence. Il s’attachera particulièrement à travailler toute sa vie à la réinsertion sociale de l’invalide de guerre.
Le 1er décembre 1919, le Général Malleterre devient gouverneur des Invalides après avoir été, pendant 4 ans, l’adjoint du général Niox, son beau-père qui occupait ce poste jusqu’alors. A la même date, il prend également la Direction du Musée de l’Armée.
Le journal « Le Mémorial d’Aix » évoque le Général Malleterre, dans des termes très élogieux, à l’occasion de sa visite à Aix-en-Provence le 30 avril 1919. Cet article montre bien la notoriété de ce personnage dans la France de l’après-guerre : « […] Mais disons-le hautement en terminant, dussions-nous offenser sa modestie bien connue, le général de Malleterre n’est pas seulement un soldat sans peur comme sans reproche, un savant éminent, un écrivain, un conférencier célèbre, il est avant tout et tout simplement un grand cœur ! […] »
Le Général Malleterre décède le 26 novembre 1923. Son corps repose dans la crypte de l’Hôtel des Invalides à Paris.

Voir aussi les articles « La bataille de Vassincourt ».

Sources :
Journal des marches et opérations du 46ème régiment d’infanterie et de la 10ème brigade d’infanterie
– « Bataille de Vassincourt » livre de Maurice Pierre