1914 – Les ravages de la bataille

Du 6 au 11 septembre 1914, se déroule la bataille de Vassincourt. Les combats sont acharnés et sanglants, ils conduisent à la retraite de l’armée allemande qui n’a pas pu réussir dans sa percée vers Bar-le-Duc. C’est l’un des multiples succès qui va construire la victoire de la Marne.

Mais pour les habitants, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir. Le village est totalement détruit. Ce qui avait été épargné par les obus allemands et français n’a pas résisté à l’incendie que les Allemands ont provoqué avant de se replier.

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Les ruines du village après la bataille
Source Gallica – Photo de l’agence Meurisse

Ce spectacle de désolation qui suit la bataille, est parfaitement décrit par Arsène Alexandre un inspecteur général des musées qui avait été mandaté par le sous-secrétaire d’état aux beaux-arts, Albert Dalimier, pour enquêter sur les monuments détruits pendant la guerre. Le texte proposé ci-dessous est un extrait de cette enquête qui a été publiée en 1918. Il repose sur des observations faites par son auteur immédiatement après la bataille en 1914 puis quelques mois plus tard en 1915. Ce document est très éloquent et explicite sur les destructions subies par le village et son église.

* * *

« Les monuments français détruits par l’Allemagne » par Arsène Alexandre

Extrait concernant la commune de Vassincourt.
La transcription respecte l’orthographe et la grammaire de l’édition de 1918.

Vassincourt. – Canton de Revigny

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Le village est totalement détruit
Carte postale, collection personnelle

Dans certaines contrées, la guerre allemande a opéré, ou forcé d’opérer, ce qui revient au même quant aux responsabilités, comme nous l’avons démontré, des destructions telles qu’aucune trace ne subsiste ni des édifices, ni des rues, ni du sol même. C’est un étrange et terrible retour au néant, pulvis in pulverem reversus. Mais cette transformation du travail et de l’art des hommes en l’original chaos est peut-être moins désolante, moins accablante à contempler, moins décourageante (si quelque chose pouvait décourager un pays tel que le nôtre après les preuves qu’il a données) que l’aspect d’un village où la flamme a passé, promenée de maison en maison, de ferme en ferme, par Loge, un des « vieux dieux » allemands, qui joint à la cruauté la perfidie.

La joie de détruire se lit en même temps que se suppute l’étendue des pertes. Un emplacement encombré de pierres écroulées, marquant une maison à reconstruire, produit une impression moins sinistre qu’une maison, quasi intacte de l’extérieur, mais, à l’intérieur, entièrement vide et vidée, et qu’il faudra abattre. Quand des centaines d’habitations de cette sorte se suivent de chaque côté de la rue, et d’un bout à l’autre, et que les rues pareilles se croisent et se succèdent d’une extrémité à l’autre d’un important village, et que partout, derrière ces façades paisibles comme la mort, il n’y a que le néant, dès la porte franchie, on éprouve la plus terrifiante sensation de cauchemar qu’on puisse imaginer.

Eglise après la bataille Photo Base Mérimée

Eglise après la bataille
Photo Base Mérimée

Nous avons connu plus d’une fois, au cours de notre enquête, ces affreux contrastes entre l’effort français pour produire et fructifier et l’effort allemand pour stériliser et ruiner, entre les résultats destructeurs auxquels l’orgueil systématisé a amené des hommes qui se disaient représentants d’une culture supérieure, et les forces mêmes de la nature qui affirmaient par les campagnes vertes environnant ces solitudes, et par les herbes mêmes qui commençaient à pousser entre les ruines. Nous avons connu la douleur de voir cet assassinat des villes et des villages, en opposition avec des printemps d’une douceur infinie ou de splendides automnes, nous demandant parfois s’il n’y avait pas autant de tristesse dans un village qui a perdu la vie que dans une cathédrale comme celle de Reims de qui ont été meurtries les beautés.

Nulle part ces pensers et ces angoisses n’ont été plus complets, plus poignant qu’à Nomeny, en Meurthe-et-Moselle, et dans ce Vassincourt, de Meuse, où il ne restait comme habitations intactes dans tout le bourg, qu’une misérable cabane de bois, et comme habitants, qu’une vieille femme de quatre-vingts ans, ayant perdu la notion des gens et des choses, et riant aux anges.

Au cœur du pays, l’église avait une incomparable beauté de douleur. « De quoi vous plaindrez-vous, dirait l’ironie des professeurs allemands ? Vous-mêmes dites que nous avons donné de la beauté à vos édifices. » Mais la charmante et vénérable petit église de Vassincourt, belle et ancienne, n’avait pas besoin de cette beauté-là.

Les dégâts à l'intérieur de l'église. Carte postale ancienne

Les dégâts à l’intérieur de l’église.
Carte postale, collection personnelle

Un peu élevée au-dessus de la rue et entourée de son champ de repos où l’on accède par quelques degrés de pierre, elle avait cette plénitude que possèdent les constructions romanes, et cette grâce dans la simplicité qu’elles atteignent quand, de proportions modérées, elles fleurissent dans des lieux rustiques.

Du XIIe siècle, avec un portail en plein cintre, une abside du XIVe siècle, un robuste clocher auquel était accolée, au midi, une tourelle ronde, tout unie, mais d’un excellent effet, cette église a été violemment bombardée, le village ayant été repris et reperdu plus d’une fois entre le 6 et 10 septembre 1914.Les obus allemands lui ont causé de grands dommages. Un d’eux est tombé juste devant le portail, creusant un vaste entonnoir. D’autres ont découronné la tour et l’ont déchirée sur une large étendue, laissant les cloches à découvert. Plus de vitraux, et les voûtes de la nef en notable partie démolies. Les cloches, à l’entour, bouleversées, comme cadre à ces vieilles pierres massacrées.

En repassant au mois de mai 1915 dans Vassincourt, nous sommes rentrés dans l’église toujours si mutilée et en apparence si morte. Le village était à peine hanté par des habitants qui revenaient voir les squelettes de leurs maisons, mais s’en retournaient coucher dans ceux des pays voisins qui avaient été épargnés. L’intérieur de l’église avait été déblayé en partie, et les décombres rangés dans un bas côté. Une statue de la Vierge, dans le goût de la Renaissance, surmontait un autel épargné, dans un des bas côtés. Depuis ses pieds jusqu’au sol, c’était un amoncellement de fleurs fraîches, en gerbes, en guirlandes, dans des vases ; des flammes de bougies de cire, un peu vacillantes dans cette maison de prière ouverte à tous les vents, se mêlaient à toutes ses fleurs.

Pourtant, alors, personne ne vivait dans Vassincourt.

A lire aussi :
Article « La bataille de Vassincourt« 

Sources :
– Bibliothèque Nationale de France – Gallica
– Photographie : Gallica et base Mérimée

 

XVIIIème siècle : périlleuses naissances

Au XVIIIème siècle, dans tous les villages, le curé se doit d’établir un acte pour chaque baptême qu’il célèbre. A la lecture des registres paroissiaux de l’époque, qui compilent ces actes, on prend conscience des périls qui attendaient mères et enfants à la naissance.

XVIIIème siècle : forte expansion démographique

"The Birth" par Edward Bird (1762 1819)

« The Birth » par Edward Bird (1762 1819)

Le XVIIIème siècle est une période de forte expansion démographique. L’amélioration des  techniques en agriculture, avec notamment l’introduction des cultures fourragères ou de la pomme de terre, ou encore l’amélioration de la qualité du bétail, éloignent progressivement les famines qui frappaient si durement les populations. Quant aux épidémies, si elles sont encore présentes, leurs conséquences sont moins dramatiques que lors des siècles précédents. Les conditions de vie s’améliorent donc sensiblement et constituent l’élément essentiel de l’essor démographique.

En 1715, dans les territoires de la France actuelle, la population est estimée à 21,8 millions d’habitants. Ce niveau de population est sensiblement celui qui avait été atteint quatre siècles plutôt au début du XIVème siècle, vers 1320, avant les dépressions causées par la guerre de cent ans, les épidémies, les famines ou encore les guerres de religion. Or en 1780, la population atteint à 27,5 millions d’habitants, toujours sur le territoire de la France actuelle. En l’espace de seulement 65 ans, la croissance du nombre d’habitants est supérieure à 25 %, ce qui représente un essor formidable et sans précédent.

Ces tendances, observées au niveau national, s’appliquent aussi à Vassincourt. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la natalité y est très forte avec 25 à 30 naissances annuelles (27 en 1777, 24 en 1778, 30 en 1779) pour une population de 468 âmes en 1793. Mais, si la natalité est élevée, la mortalité infantile reste préoccupante. Naître au XVIIIème siècle à Vassincourt demeure un moment périlleux aussi bien pour la mère que pour l’enfant.

A la naissance : risque de mort pour la mère et l’enfant

Dessin de William Smellie inventeur de forceps

Dessin de William Smellie (1697 1763) Obstétricien écossais inventeur de forceps

Si le XVIIIème siècle a vu d’importants progrès techniques et scientifiques, ceux-ci n’ont que très peu touché la médecine. Les soins, les remèdes et méthodes utilisés restent encore largement inefficaces et empiriques. Lors d’un accouchement, si des difficultés apparaissent, la sage-femme qui, rappelons-le, n’a pratiquement pas de formation spécifique si ce n’est sa propre expérience, utilisera les fers, sans trop de ménagement, pour extraire l’enfant. L’accouchement reste donc un événement dangereux où la mère et l’enfant risquent la mort.

Ainsi, le 29 mai 1777 à Vassincourt, Marie Catherine POINOT, l’épouse de Nicolas HORVILLE met au monde un garçon, Dieudonné. Six jours plus tard, le 4 juin, la mère décède suivie le lendemain par l’enfant.

Toujours à Vassincourt, dans la même période, le 17 mars 1777, une autre naissance aura un dénouement tragique. L’accouchement est probablement difficile, la mère Anne GUILLET ne s’en remet pas et décède le 12 juin. La petite fille qu’elle venait de mettre au monde, la suivra dans la mort moins d’un mois plus tard le 5 juillet de la même année.

A la naissance, une priorité : le baptême

L’enfant qui meurt sans avoir reçu le sacrement du baptême, est condamné à errer éternellement dans les limbes, un lieu décrit par le curé comme encore plus terrible que l’enfer. Ce péril marque fortement les esprits de l’époque. A la naissance, devant cette menace, une seule priorité : le baptême.

Naissance au XVIIIème siècle - 1789 auteur inconnu

Naissance au XVIIIème siècle – 1789 auteur inconnu

Lors de l’accouchement, si l’enfant est en danger de mort, la sage-femme se chargera du baptême (ondoiement), elle y a été habilitée en prêtant serment au curé. C’est le cas pour la fille de François SAINTOT qui naît le 24 octobre 1778 à Vassincourt et qui est aussitôt baptisée par Gabrielle SOUEL, sage-femme du village (voir l’article « 1757 – L’élection de la sage-femme« ).

Dès la naissance, le premier soucis est donc de baptiser le nouveau-né quelle que soit sa fragilité et son état de santé. A cette époque, les parents ont trois jours pour procéder au baptême. Mais à Vassincourt, le curé d’alors, Claude VALLIER, a du donner des consignes plus strictes car en 1777, 1778 et 1779, quelles que soient les conditions, froid vif, pluie, vent ou canicule, le père, accompagné du parrain et de la marraine, courent au plus vite vers l’église pour que l’enfant soit baptisé. Sur ces trois années, les baptêmes sont célébrés le jour même pour 76 des 81 naissances, pour les 5 autres ils interviennent le lendemain.

Il va de soit que cette pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant notamment pendant les mois d’hiver.

Malheur aux naissances de janvier et février

A peine a-t-il quitté la chaleur du ventre de sa mère, que le nouveau-né est emporté vers l’église du village et le curé pour son baptême. En hiver, cette pratique est désastreuse pour les enfants. A Vassincourt, sur les 21 nourrissons nés en janvier ou février entre 1777 et 1779, seuls 6 ont survécu plus d’un an, 12 de ces nouveau-nés ont eu une vie inférieure à huit jours.

* * *

Sur les 51 bébés nés à Vassincourt en 1777 et 1778, 20 ne survivront pas plus d’un an. Cette mortalité infantile va progressivement diminuer, notamment avec les progrès de la médecine et de l’hygiène au XIXème siècle. La population du village va continuer à croître jusqu’à ce que l’industrialisation, l’exode rural puis la première guerre mondiale n’inversent fortement la tendance jusqu’à nos jours.

 

Nota :

Un relevé des registres paroissiaux de 1777, 1778 et 1779 est fourni sur ce blog à l’onglet « Relevés »

Sources :

– Registre paroissial de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 1792
– Histoire des paysans français – Emmanuel Le Roy Ladurie
– Base Cassini de l’EHESS (population de 1793)

 

‘Le Pays de France’

Revue 'Le Pays de France' du 14 janvier 1915

Revue ‘Le Pays de France’ du 14 janvier 1915

‘Le Pays de France’
‘Le Pays de France’ était une revue mensuelle éditée par le quotidien ‘Le Matin’. A l’origine, elle est destinée à la promotion touristique et son premier numéro sur ce thème paraît en mai 1914 suivi de deux autres numéros en juin et juillet de la même année. Après le déclenchement des hostilités entre la France et l’Allemagne, le périodique va changer sa ligne éditoriale et s’orienter vers la présentation d’articles et de rubriques sur l’actualité du moment : la guerre. A partir de novembre 1914, la parution est hebdomadaire.

Les ruines de Vassincourt

Dans son numéro 13 du 14 janvier 1915 qui porte l’effigie du général Foch en couverture, ‘Le Pays de France’ montre les ruines des villages de Vassincourt et Mognéville après les combats de septembre 1914.

Photos parues dans 'Le Pays de France'

Photos parues dans ‘Le Pays de France’

Les deux premières photographies sur Vassincourt montrent l’intérieur dévasté de l’église.
Le journaliste commente ces photos en ces termes :
« La nef de la petite église de Vassincourt présente un douloureux aspect de désolation; les gravats se sont amoncelés sur le pavé; des obus ont traversé les murs, labourant les parois de leurs éclats. »
« Près du chœur, les pierres du clocher démoli ont traversé les voûtes, brisant les chaises et les bancs : tandis qu’une statue de la vierge, demeurée intacte, se dresse au-dessus de cette dévastation. »

Photo parue dans 'Le Pays de France'

Photo parue dans ‘Le Pays de France’

La photographie du bas de la page 3 montre l’église de Vassincourt et ses abords après la bataille. Les commentaires du journaliste de l’époque :
« Dans ce coin de la Meuse, la bataille a été violente. Du village de Vassincourt, près de Revigny, il ne reste qu’un monceau de ruines : le clocher a été rasé par les obus; la toiture de l’église est crevassée; les maisons que le canon avait épargnées ont été la proie des flammes : on en voit que les murs calcinés. »

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Ce document illustre la violence des combats de la bataille de Vassincourt. Il constitue un témoignage sur la dévastation du village en septembre 1914.

Sources :
– site internet – kaskapointe.fr

Un conscrit de Vassincourt à la bataille de Trafalgar

Nicolas ARRAGON est né le 9 octobre 1777 à Vassincourt. C’est le premier enfant de Nicolas ARRAGON et de Marie Jeanne HORVILLE, un couple de vignerons qui s’étaient unis quelques mois plus tôt, le 7 janvier.

Pendant toute son enfance, son horizon s’est limité au clocher de son village. Peut-être, toutefois, avait-il entendu son grand-père Jean ARRAGON (1720 – 1782) évoquer sa vie militaire lorsqu’il était « soldat au service du Roy de France dans le régiment de milice du Duché de Bar« .

Mais rien, dans la vie de Nicolas ARRAGON, ne semblait le prédisposer à parcourir un jour l’Europe et à traverser les océans.

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Conscrit de l’An VII

Dans l’été 1798, la seconde coalition, contre la jeune république française, prend forme. Elle regroupe l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, le royaume de Naples et la Turquie. Face à cette nouvelle guerre qui s’engage, l’appel aux volontaires, pour constituer les armées, comme en 1792, se révèle insuffisant. Le 5 septembre 1798, Jean Baptiste JOURDAN, vainqueur de la bataille de Fleurus (1794), fait voter une loi sur la conscription. L’article 1er de cette loi énonce notamment que « Tout français est soldat et se doit à la défense de la patrie« .

En s’appuyant sur cette nouvelle loi, une levée est décidée fin 1798 et les préfets ont la charge de l’organiser. Tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans sont dans le champ de cette conscription. Les revues de conscrits et le tirage au sort permettront le recrutement des troupes nécessaires.

Le 14 frimaire de l’An VII de la république (4 décembre 1798 de notre calendrier grégorien),  Nicolas ARRAGON vient d’avoir 21 ans et il est l’un de ces conscrits de l’An VII et intègre la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne.

ARRAGON Nicolas - Fiche matricule.docx

Fiche matricule de Nicolas ARRAGON

Le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne

Tout comme son grand-père, mais peut-être contre sa volonté, Nicolas ARRAGON va embrasser la carrière militaire. Les premiers temps sont consacrés à son instruction puis il va suivre son unité la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne à travers l’Europe au cours de différentes campagnes, d’abord avec l’armée du Rhin (bataille d’Engen) puis avec l’armée d’Italie entre 1799 et 1801 dans la guerre contre la seconde coalition.

Fusilier d'Infanterie de Ligne

Fusilier d’Infanterie de Ligne

Avec le traité de Lunéville en février 1801 et la paix d’Amiens le 25 mars 1802, l’Europe entre dans une courte période sans guerre. La 67ème Demi-Brigade qui est rattachée à l’Armée d’Italie, cantonne successivement à Brescia en août 1801 puis à Bergame en 1803. Cette même année, l’unité change de nom et s’appelle désormais le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne. Elle va stationner en Ligurie dans la région de Gènes (Riviera du Ponant , San Pier d’Aréna, Savone) jusqu’en 1804.

Durant toute cette période, Nicolas ARRAGON a suivi son unité et parcouru l’Europe mais il n’est pas au bout de ses voyages. En décembre 1804, son bataillon, le 2ème, rentre en France et fait garnison à Toulon. Trois mois après, le 20 ventôse An XIII (11 mars 1805), il embarque sur la frégate de 40 canons « La Sirène ».

A travers l’Atlantique

Après la rupture de la paix d’Amiens, Napoléon se décide à tenter l’invasion de l’Angleterre. Début 1805, il concentre des troupes à Boulogne-sur-Mer. Il donne ensuite des instructions pour que les escadres de Toulon, Rochefort et Brest se regroupent aux Antilles, afin d’attirer la flotte anglaise et alléger ainsi la puissance maritime ennemie dans la Manche.

Frégate La Sirène par Robert Boston

Frégate La Sirène par Robert Boston

Après une première tentative qui a échoué (janvier 1805), l’escadre de Toulon, commandée par Villeneuve parvient à appareiller le 30 mars 1805 en déjouant la vigilance de la flotte de l’amiral Nelson qui bloquait la rade. Onze vaisseaux de ligne et deux frégates (dont la Sirène) composent cette escadre. 1200 hommes du 2ème bataillon du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne ont été embarqués sur les différents navires. Après s’être renforcée de 6 navires espagnols, l’escadre arrive le 16 mai à la Martinique où les troupes sont débarquées.

Nicolas Arragon jeune homme de Vassincourt et fusilier de la Grande Armée vient de traverser l’Océan Atlantique et découvre les rivages exotiques des Antilles.

Le séjour est de courte durée, Villeneuve, apprenant d’une part que l’escadre de Rochefort est déjà repartie pour la France et d’autre part que Nelson et sa flotte viennent d’arriver aux Antilles, décide de réembarquer les troupes et d’appareiller le 10 juin pour rentrer en Europe. Dans l’été, les différentes escadres françaises n’arriveront pas à se regrouper. A la fin de l’été 1805, Villeneuve et son escadre, se retrouvent à Cadix bloqués par la flotte de Nelson. Il est maintenant clair que le plan de Napoléon a échoué. Dès lors les préparatifs du débarquement deviennent inutiles et Napoléon décide de transférer ses troupes sur la frontière du Rhin.

Nicolas ARRAGON et tout l’équipage de la frégate « La Sirène » sont transférés pour reconstituer les effectifs sur les vaisseaux « Achille » et « Algésiras » qui vont prendre part à la bataille de Trafalgar.

La bataille de Trafalgar

Fin octobre 1805, Villeneuve apprenant l’arrivée prochaine de Rosily nommé par Napoléon pour le remplacer, décide de sortir du mouillage de Cadix et d’engager le combat avec la flotte de l’amiral Nelson.

Le combat s’engage le 21 octobre au large de Cadix au cap Trafalgar. La flotte franco-espagnole est supérieure en nombre avec 32 navires de ligne (18 français et 14 espagnols) contre 27 navires de ligne anglais (dont 7 équipés de plus de 100 canons). Malgré cette situation qui semble favorable, le manque de préparation des flottes françaises et espagnoles et le manque de décision, d’expérience et d’allant de l’amiral Villeneuve vont conduire à une terrible défaite du camp franco-espagnol. Le bilan de cette terrible bataille est effroyable : 450 tués, 1250 blessés côté anglais, 17 navire détruits ou capturés, 4400 tués, 2250 blessés, 7000 prisonniers du côté franco-espagnol.

Le voyage de Nicolas ARRAGON qui vient d’avoir 28 ans, vient de prendre fin. Loin de son clocher, après avoir élargi son horizon à des terres lointaines, sa vie s’arrête dans ce combat dont il n’a certainement pas perçu tous les enjeux. Il est parmi les 4850 victimes de cette bataille…

* * *

Transcription du certificat de décès de Nicolas ARRAGON :

 » Empire Français – Ministère de la Guerre
D’après l’ordre du Ministre
Le Secrétaire Générale du Ministère de la Guerre certifie qu’il résulte des registres déposés au Bureau de l’Etat Civil et Militaire de l’Armée que le Sieur ARRAGON Nicolas fils de Nicolas et de Marie-Jeanne HORVILLE né en 1777 à Vassincourt Département de la Meuse, soldat au 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne au service depuis le 14 frimaire An VII comme conscrit, a été tué au combat naval de Trafalgar le 29 vendémiaire An XIV.
En foi de quoi il a été délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison fait à Paris le 18 décembre 1809. »

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Voir aussi l’article : « Pierre Victor soldat de l’Empire »

Sources :

– Registre d’état civil de Vassincourt – 2 E dépôt 544 art. 3
– Site internet Mémoire des Hommes – Sous-série GR 21 YC 564, registres du 67ème régiments d’infanterie de ligne
– site internet – histoire-pour-tous.fr – L’Infanterie de la Grande Armée de Napoléon
– Historique du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne – Transcription Catherine Gasnier
– « Les Aigles de la Marine sous le Premier Empire » – Neptunia, n°74 de J. et R. Brunon

1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

Deux des soldats de Vassincourt, morts pour la France pendant la grande guerre, portent le nom d’Horville : Fernand Horville et Paul Horville. Ce sont les 8ème et 9ème noms de la liste gravée sur le monument aux Morts.

Monument aux Morts de Vassincourt

Monument aux Morts de Vassincourt

Horville, une vieille famille de Vassincourt

La famille Horville est l’une des plus vieilles familles de Vassincourt. Les plus anciens registres paroissiaux connus datent de 1662 et, dès 1663, on y trouve trace de la famille Horville, comme cet acte du 27 août 1663 rédigé pour le baptême d’Anne Horville fille de Christophe Horville et d’Anne Adnot. Dans les années qui suivent, à la fin de XVIIème siècle, Jean, Nicolas et Etienne Horville sont régulièrement mentionnés dans les actes.

Fernand et Paul Horville, les deux morts pour la France du monument, ne sont pas frères mais ils sont bien de la même famille. Ils sont parents aux 8ème degré. Pour trouver leurs ancêtres communs, il faut remonter quatre générations jusqu’à Alexandre Horville (1755 – 1818) un vigneron de Vassincourt qui avait épousé Marguerite Thérèse Poinot en janvier 1781

Fernand Horville : un nom gravé sur deux monuments aux Morts

Monument aux Morts de Laheycourt

Monument aux Morts de Laheycourt

Lorsque l’on consulte sa fiche de ‘Mort pour la France’, on est surpris de constater que Fernand Horville est né à Laheycourt, où sa famille réside, un village situé à 15 km au nord de Vassincourt. On peut alors se demander pour quelle raison son nom est inscrit sur le monument de Vassincourt. Bien sûr comme indiqué plus haut, il est issu d’une vieille famille de ce village, son père y est né, mais cela n’est pas suffisant pour justifier cette inscription parmi les Morts pour la France de la commune. C’est la consultation de l’état civil qui nous apporte la réponse. Le 5 juin 1910, dans sa vingtième année, Fernand Horville a épousé Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt où il s’installe avec elle avant de partir faire son service militaire.

C’est ainsi que le nom de Fernand Horville, mort pendant la guerre en 1915, va être gravé sur les monuments aux Morts de deux villages : Vassincourt où il s’est marié et installé et où son père et son grand-père sont nés et Laheycourt la résidence de ses parents où son nom est gravé à côté de celui de son frère Albert Horville, mort le 6 mai 1915 des suites de blessures au combat.

Enfant de Laheycourt, soldat du 94 ème Régiment d’Infanterie

Fernand Horville est né le 14 septembre 1890 à Laheycourt du mariage de Jules Ernest Horville avec Marie Eugénie Rewoy. Il est le 4ème enfant d’une famille qui en comptera sept : trois garçons et quatre filles. L’une des filles, Marie Lucie, est décédée en bas âge en 1898. Le père exerce les professions de mineur puis de cantonnier à Laheycourt où le couple est domicilié. C’est au sein de cette famille que Fernand Horville vivra son enfance.

En 1902, à l’âge de 12 ans, il assiste successivement au mariage de son frère aîné Pol Alcide le 15 mai 1902 puis le 28 octobre de la même année, à celui de sa sœur Léa Virginie.

1910 est une étape importante pour Fernand Horville qui entre dans sa 20ème année mais aussi dans sa vie d’adulte. D’une taille moyenne pour l’époque, 1 mètre 71, il a les cheveux blonds et les yeux bleus et porte fièrement un tatouage sur l’avant-bras droit représentant ses initiales « HF » soulignées d’une branche de laurier. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il épouse Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt. Il exerce alors la profession de terrassier.

Peu de temps après son mariage, il se présente au conseil de révision. Il y est reconnu apte pour le service. Le 1er octobre 1911, il intègre, comme soldat de 2ème classe, le 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc. Après 2 ans de service, il est libéré le 8 novembre 1913 avec un certificat de bonne conduite.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son âge, il est rappelé le 1er août 1914 par le décret de mobilisation et rejoint son unité, le 94ème RI, dès le lendemain. A la fin du mois d’août, il participe aux combats dans le nord de la Meuse, en Woëvre. Par la suite, au sein de son régiment, Fernand Horville va participer aux combats de la première bataille de la Marne en septembre, puis sera engagé sur l’Yser à la frontière belge d’octobre à décembre avant de revenir en Argonne au début de 1915. C’est là non loin de la terre de son enfance que sa vie va basculer.

Mais, ce ne sont pas les armées allemandes qui auront raison de son ardeur et de son courage, il va être fauché par la terrible épidémie de typhoïde qui accompagne les armées depuis 1914.

Terrible épidémie de typhoïde de 1914 et 1915

Hôpital des contagieux de Bar le Duc

Hôpital des contagieux de Bar-le-Duc

De tout temps, les guerres ont entrainé les épidémies dans leur sillage. La Grande Guerre n’y a pas échappé. Dans les conflits antérieurs, la maladie faisait souvent plus de morts que les combats. De 1914 à 1918, les eaux stagnantes souillées de matières fécales des tranchées sont de véritables foyers infectieux de nature à favoriser le développement des épidémies. Pourtant, dans ce conflit, ni la mortalité de la typhoïde, ni plus tard celle de la grippe espagnole ne surpasseront la puissance destructive de la mitraille et de la canonnade.

La fièvre typhoïde, due au bacille salmonella typhi, est transmise par les eaux contaminées. C’est la principale, et la seule, épidémie à laquelle les armées sont confrontées au début du conflit en 1914. Au cours des quatorze premiers mois de la guerre, ce sont près de 100 000 cas déclarés qui sont répertoriés avec un taux de mortalité de 12,2 %.

Pourtant, le vaccin est connu et dès mars 1914, la loi Labbé rend obligatoire la vaccination antityphoïdique dans toute l’armée française. Mais la vaccination n’a pas permis de couvrir tous les soldats. L’organisation des campagnes de vaccination n’était pas au cœur des préoccupations de l’état-major au début de la guerre. De plus, les soldats étaient très méfiants vis à vis de ces inoculations qui les envoyaient au lit, malades pour quelques jours. Progressivement face au ravage de la maladie, l’encadrement des vaccinations est renforcé et gagne en efficacité. A partir de la fin octobre 1914, la vaccination est systématiquement pratiquée pour les nouvelles recrues mobilisées mais beaucoup reste à faire pour tous ceux qui ont été appelés au front depuis le mois d’août 1914.

La maladie fera plus de 10 000 victimes sur les dix premiers mois du conflit.

Fernand Horville a été fauché par cette terrible épidémie. Au début de 1915, alors qu’il combat en Argonne, il est atteint par la fièvre typhoïde et transféré à l’hôpital central des contagieux, annexe Exelmans, de Bar-le-Duc. Il y décédera des suites de cette maladie le 5 avril 1915. Quelques semaines plutôt, le 23 février, l’hôpital avait reçu la visite de Mme Poincaré épouse du Président de la République. Fernand Horville a été inhumé dans la nécropole nationale de Bar-le-Duc.

L’efficacité de la vaccination va progressivement réduire les effets de l’épidémie tout au long de l’année 1915. Sans être totalement éradiquée, la fièvre typhoïde perdurera jusqu’à la fin du conflit mais ses effets sur les armées dans les dernières années de la guerre seront marginaux.

*  *  *

Fernand Horville est le 6ème soldat de Vassincourt mort pour la France. Un mois plus tard, c’est son frère Louis Jules Albert qui sera fauché, mort pour la France également. Leurs noms figureront tous deux sur le monument de Laheycourt. Pour ce qui concerne Fernand Horville, on peut regretter qu’il n’ait pas pu bénéficier de l’efficacité que la vaccination antityphoïdique démontra lors de cette guerre.

Sources :

– Archives Départementales de la Meuse : Registres paroissiaux et d’état civil de Vassincourt
– Archives Départementales de la Meuse : Registres d’état civil de Laheycourt
– Archives Départementales de la Marne : Registre d’état civil de Charmontois l’Abbé
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’

– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 603 – Registre matricule

– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 94ème RI
– Site internet Mémoires des Hommes : Sépultures de Guerre
– Article d’Anne Rasmussen, « A corps défendant : vacciner les troupes contre la typhoïde pendant la grande guerre »

 

 

1791 – Litige sur les frontières communales

Vas

Registre des délibérations du Conseil Général de Vassincourt

La municipalité de Vassincourt se met en place

Ce sont les lois de l’Assemblée Nationale des 14 et 22 décembre 1789 qui créent les communes de France et fixent les modalités de fonctionnement de ces nouvelles structures.

Dorénavant, les membres et officiers municipaux seront élus par les citoyens actifs de la communauté. Dans son article 4, la loi du 14 décembre indique que le chef du corps municipal, porte le nom de maire. Le texte précise aussi les modalités d’élection des membres du corps municipal et des notables. Il décrit la composition du conseil général de la commune, fixe les responsabilités et explicite les modalités de fonctionnement du conseil.

Le maire est élu pour 2 ans tout comme le procureur. Dans une commune de moins de 500 âmes, comme celle de Vassincourt sous la Révolution, le corps municipal est composé de 3 membres, y compris le maire. Six notables, également élus, se joignent à ce corps municipal pour former le conseil général de la commune. Enfin, un secrétaire-greffier est nommé par le conseil.

Au début de l’année 1791, la nouvelle commune de Vassincourt a moins de deux ans d’existence. Le maire Jean ELLOY et son conseil se rôdent aux responsabilités de la gestion de la communauté. Ils manquent probablement d’expérience. L’une des premières affaires que ce conseil va devoir traiter, concerne un litige avec la municipalité de Neuville-sur-Orne.

1791 – Les frontières communales, objet d’un litige avec Neuville-sur-Orne

Le 17 avril 1791, Jean ELLOY, le maire, et l’ensemble du Conseil Général de Vassincourt, interpellent les administrateurs du Département de la Meuse, à propos du litige qui les oppose à la municipalité de Neuville, sur la délimitation du territoire des deux communes.

Ornain - 2015 10 25

La rivière Ornain

Le conflit perdure. C’est un terrain de 300 à 350 « jours » (1), soit une surface de l’ordre de 100 à 150 hectares, qui est au centre du conflit. Situé sur la rive gauche de l’Ornain, rivière qui coule entre les deux villages, ce terrain serait utilisé par les habitants de Neuville sur Orne sans qu’ils aient le moindre droit de propriété. C’est ce même terrain qui est revendiqué par les habitants de Vassincourt.

Dans sa délibération, le conseil général de Vassincourt fait remarquer qu’il n’y a pas, à cette époque, de pont sur l’Ornain pour accéder directement au terrain situé côté « Vassincourt » de la rivière, ce qui rend l’accès très difficile pour les habitants de Neuville, situés sur l’autre rive. Par ailleurs, ce terrain est souvent inondé et, comme les élus le font remarquer, il constitue une enclave dans le territoire de la commune de Vassincourt. Dans son argumentaire, le conseil évoque l’extrême pauvreté du village et les difficultés que celui-ci pourrait avoir à recouvrer et payer les deniers de la contribution foncière de ce terrain si celui-ci n’était pas clairement restitué à l’usage de la commune de Vassincourt.

Dans sa délibération, le conseil municipal implore les administrateurs du département de rendre un jugement en leur faveur ou, à défaut, de nommer une tierce personne pour trancher le différend comme le préconise un décret de l’assemblée nationale.

Cette délibération est une des toutes premières rendue par le conseil municipal de Vassincourt. Le texte est transcrit ci-dessous.

La délibération de la municipalité du 17 avril 1791

Jusqu’à la révolution, les actes étaient rédigés, dans leur immense majorité, par les curés, les notaires ou d’autres personnes qui possédaient une réelle compétence en matière d’écriture. Avec la révolution et la démocratisation de la gestion des institutions, la rédaction, comme celle d’un registre de délibération, revient à des élus qui n’en n’ont pas toujours la pratique courante dans leur activité professionnelle.

Le texte transcris ci-dessous est celui qui nous a été laissé par le conseil général de Vassincourt dans les registres des délibérations. Il est daté du 17 avril 1791. A sa lecture, on se rend compte que l’orthographe, la grammaire et la syntaxe sont très approximatives. Le maire, les officier municipaux et les notables du village ne sont pas encore rodés à cette pratique de l’écriture.

Dans la transcription ci-dessous, l’orthographe, la grammaire et la syntaxe du rédacteur ont été strictement respectées. Les noms propres des personnes ont été transcrits en lettres majuscules.

Texte de la délibération de la municipalité de Vassincourt du 17 avril 1791 :

« Registre de la municipalité de Vassincourt
pour servir aux délibérations et autre affaire
de la commune dudit Vassincourt contenant seize
feuilles cotté et paraphé par nous Jean ELLOY maire de la
ditte municipalité cejourd’huy trois avril mil sept cent quatre
vingt onze
J ELLOY
A Messieurs. Messieurs les administrateurs du
Département de la meuse
Supplient tres humblement le Conseil Général de
la commune de Vassincourt Disant que depuis très
long tems ils sont en différens avec la commune
de Neuville sur Orne leurs voisins au sujet des
limites de leurs finages lequel differens consiste en
ce que les supplians ont une contrée contenant
trois cents à trois cents cinquante jours de terre ou environ
dans laquel la commune de Neuville ny a aucune
propriété et que nonobstant cette derniere prétend être
leur finage quoi que laditte contrée enclavée très
difformément dans le territoire des suppliants c’est
ce qu’ils fonts voir dans le plan qu’ils ont l’honneur
de presenter. Les suppliants ont admirés avec plaisir
un decret de l’assemblée Nationale . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . . . . .   qui dit que lorsqu’il y aura des
difficultés entre les communes au sujet des limites
de leurs finages que les deux municipalités concerterons
ensemble et que lors qu’elles ne saccorderons pas qu’il y
aura une tierce pour rompre les difficultés
Mais la commune de Vassincourt qui a toujours
été prudente et ne veut encore y manquer, ne veut

encore y manquer ne veut sen rapporter qu’à
une décision tel qui jugerons convenable M M les
administrateurs du département afin de les mettre
hors de tous procés des quelles il leurs serait
impossible de soutenir nétant pas en etat
rapport à leurs extreme pauvreté La consequence
de la difficulté n’a pas absolument Jenés les suppliants
que legerement mais la circonstance des déclarations
à faire et du recouvrement des denies pour la
contribution fonciere qui ne se pourra véritablement
faire qu’a grands frais par l’impossibilités
qu’il y aura de payer aux echéances des epôques
rapport à ce qu’il est impossible de pratiquer
Le village de Neuville tant par le debordement
des eaux que parce qu’il ny à point de pont
et quil faudrait donc prendre des détours de deux à
trois lieues, ce qui viendrait tres prejudiciable a la
pauvre commune de Vassincourt et peu profitable
à celle de Neuville Sur Orne
Cequi est dit à l’occasion de l’impossibilité
de pratiquer le village de Neuville n’est pas
momentané, car le plus souvent cest la moitié
de l’année à differentes epôques et surtout
lors que les eaux sont un peu forte
Les suppliants esperent que des faites des
Especes représentés à ces MM du Département
ne pourront etre Repondues qu’à leur faveur

1791 - Registre des délibérations du conseil général de Vassincourt

1791 – Registre des délibérations
du conseil général de Vassincourt

Vu que cela ne peut etre en aucune manière
prejudiciable ala commune de Neuville et que
très profitable à celle de Vassincourt
Ce consideré MM il vous plaise vu les
exposés cy joints ordonner que le terrain reclamé

par les suppliants sera déclaré etre sur le
territoire de Vassincourt au désir du plan représenté
afin de faire une ligne droite entre les deux finages
vu que cela ne peut prejudicier ala commune de
Neuville Sur Orne et très profitable à la commune
de Vassincourt tant par l’impossibilité qu’il y à
le plus souvent et la plus grande partie du tems
de pratiquer le village de Neuville que par les grands
frais qu’il en courreray contre les habitants de Vassincourt
chargé de payer la contribution foncière au désir
des décrets de l’assemblée nationale aux epôques
voulus par lesdits décrets et d’ordonner ce que ces MM
jugeront le plus convenable pour éviter toutes
difficultés et sera grâce et justice
Délibéré à Vassincourt le Conseil Général étant
assemblé dans la sale ordinaire de ses seances
ce dix sept avril mil sept cent quatre vingt onze et ont
les officiers municipaux et nottable dudit Vassincourt signé J ELLOY maire
J CHAPPERON P LOMBARD C SAUDAX J NOEL LALANDE C BAILLOT»

(1) – Jours : dans ce texte, il s’agit d’une mesure de surface ancienne qui correspond à la surface labourée en une journée de travail. On trouve plus fréquemment le terme de « journal » pour cette ancienne unité de mesure

Sources :

 – Archives Départementales de la Meuse – E dépôt 510 / 1
– Loi de l’Assemblée Nationale du 14 décembre 1789

Indexation des soldats de Vassincourt sur le site « Mémoire des Hommes »

Mémoire des Hommes
Le site internet « Mémoire des Hommes »

Le Ministère de la Défense a mis en place un programme d’indexation collaborative qui permet à des internautes bénévoles d’annoter des documents numérisés pour faciliter leur exploitation dans le cadre d’études historiques ou généalogiques. C’est ainsi que l’intégralité des fiches des « Mort pour la France » des soldats du monument aux morts de Vassincourt a été indexée.

Le site internet « Mémoires des Hommes »

Le site internet « Mémoires des Hommes » est un site du Ministère de la Défense. Inauguré en 2003, il présente, depuis cette date, 1,3 million de fiches des « Morts pour la France » de la première guerre mondiale. Ces fonds ont été complétés depuis, par d’autres archives, et notamment :

  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de la Tunisie
  • la base des fusillés du Mont-Valérien
  • la base des personnels de l’aéronautique militaire de la Première Guerre mondiale
  • la base des « Morts pour la France » au cours de la Guerre d’Indochine
  • les journaux des unités de la Première Guerre mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Seconde Guerre Mondiale
  • la base des Militaires décédés durant la Guerre de Corée
  • les fiches des marins et aviateurs à la base des militaires décédés durant la Seconde Guerre mondiale
  • etc.

Le programme d’indexation engagé concerne la base des « Morts pour la France » de la grande guerre.

Fiches des « Morts pour la France » et indexation

Fiche 'Mort pour la France' - 02
Les fiches des ‘Morts pour la France’ qui composent la base du site ‘Mémoire des Hommes’, ont été établies au lendemain de la première guerre mondiale par l’administration des anciens combattants. Bien que comprenant 1,3 million de fiches, cette base n’est pas exhaustive des « Morts pour la France » de 1914 à 1918.

Le programme d’indexation des fiches des « Morts pour la France » consiste à numériser les informations relevées sur les fiches : grade, unité, lieu de naissance, classe, numéro matricule au recrutement, centre de recrutement, date et lieu de décès, etc.

Cette numérisation facilitera les recherches à partir des différentes informations numérisées, permettra de faire des tris sur la base des fiches indexées ou encore d’effectuer plus facilement un certain nombre de statistiques.

A la date du 30 octobre 2015, plus de 282 000 fiches ont d’ores et déjà été indexées par les bénévoles participants à cette opération.

Les fiches des soldats de Vassincourt totalement indexées.

La base ‘Mémoires des Hommes’ contient 15 fiches concernant les soldats de Vassincourt inscrits sur le Monument aux Morts du village. Toutes ces fiches sont maintenant indexées, ce qui permet d’effectuer des recherches, par un ou plusieurs des paramètres numérisés. A titre d’exemple, en associant, dans une requête, pour lieu de naissance, Vassincourt, et pour grade, caporal, on extrait de la base les noms des 4 « Mort pour la France » de Vassincourt répondant à ces critères : Albert HENRIET, Paul HORVILLE, Jules MONTPLONNE, Henri SAUVAGE.

L’un des soldats, Henry BAILLOT, dont le nom est inscrit sur le monument aux Morts, ne possède pas de fiche dans la base « Mémoire des Hommes ». Cependant, il est bien « Mort pour la France », sa fiche matricule nous le confirme.

* * *

Ce programme d’indexation, organisé par le ministère de la Défense en mobilisant des bénévoles, est une nouvelle occasion de rendre hommage à ces soldats qui ont donné leur vie lors de la grande guerre et de raviver ainsi la mémoire de leur sacrifice.

Lien vers le site « Mémoire des Hommes »
Voir aussi l’article « Le monument aux morts »