L’église de Vassincourt vue par Gaspard Maillol

Gaspard Maillol est un artiste peintre. Lorsque la guerre survient, en 1914, il est mobilisé dans un régiment d’artillerie où il sera brigadier. En suivant son unité, il parcourt le front, mais n’oublie pas sa vocation d’artiste et à chaque étape, son devoir militaire accompli, il sort son crayon pour dessiner les églises qu’il rencontre. C’est ainsi qu’il va s’arrêter à Vassincourt où il prendra le temps de dessiner les ruines de la pauvre église ravagée par les combats de 1914.

L’église de Vassincourt vue par Gaspard Maillol – Source : gallica.bnf.fr / BnF

Gravés sur bois par son auteur, ces dessins des « petites églises de la guerre » paraîtront dans un recueil en 1926. Gaspard Maillol reprendra ses activités de peintre après la guerre, il collaborera notamment avec son oncle, Aristide Maillol le célèbre sculpteur.

Sources :

  gallica.bnf.fr / BnF
– wikipédia

Voir aussi dans ce blog :

L’article : « L’église Saint Pierre »
L’article : « La bataille de Vassincourt »

Publicités

1790, le serment du curé

Avec la réunion des États Généraux, la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges ou encore la déclaration des droits de l’homme, l’année 1789 marque, à bien des égards, la fin d’un monde, d’un ordre établi sur plusieurs siècles. Pour la société française, c’est aussi un point de départ vers de profonds bouleversements sociaux, économiques et culturels.

La proclamation de la « constitution civile du clergé » en août 1790

La religion et le clergé, puissants et omniprésents à chaque instant de la vie des Français au XVIIIesiècle, vont, en un peu plus d’un an, perdre l’essentiel de leurs pouvoirs : abolition des droits seigneuriaux le 4 août 1789, biens mis à la disposition de la nation le 2 novembre suivant, abolition des vœux monastiques en février 1790. Au mois d’avril suivant, le catholicisme n’est pas retenu comme religion d’état par l’Assemblée nationale.

La religion catholique est encore fortement ancrée parmi les populations et malgré toutes ces atteintes à ses prérogatives, le pouvoir révolutionnaire ne souhaite pas sa disparition. A la suite des évolutions déjà actées et après avoir privé le clergé de ces moyens de subsistance, l’assemblée nationale va entreprendre une réorganisation profonde des instances catholiques du pays en leur donnant des moyens de subsister mais surtout en les contrôlant et en les coupant de l’autorité du Pape et de Rome. C’est dans cet esprit que la constitution civile du clergé va être rédigée au cours de l’été 1790. A Vassincourt, elle va conduire le nouveau curé à prêter le serment révolutionnaire.

La constitution civile du clergé

Le 12 juillet 1790, le texte sur la constitution civile du clergé est voté par l’assemblée constituante. Le roi, hésitant, attend l’avis de Rome, mais finit par la sanctionner (l’approuver) le 24 août, la veille de l’arrivée de la réponse négative du Pape.

Signature de Louis XVI au bas du décret du 12 juillet 1790 Source : Archives Nationales

Cette réorganisation n’a fait l’objet d’aucune concertation avec la hiérarchie religieuse catholique. Il s’agit d’un acte
unilatéral du pouvoir révolutionnaire qui abroge de fait le concordat de 1516 signé par François Ier.

Les évolutions sont importantes : le nombre de diocèses est réduit de 134 à 83, ils épousent dorénavant les limites administratives des départements, les évêques sont maintenant élus par l’assemblée des électeurs du Département et les curés par les électeurs du district. Évêques et curés deviennent des fonctionnaires rétribués par l’état auquel ils sont soumis.

Enfin, au titre II de cette loi dite des 12 juillet et 24 août, les articles 21 et 38 imposent aux évêques et aux curés de prêter serment dès leur institution et avant leur consécration :

« Art. 38 : les curés élus et institués prêteront le même serment que les évêques, dans leur église, un jour de dimanche, avant la messe paroissiale, en présence des officiers municipaux du lieu, du peuple et du clergé. Jusque-là, ils ne pourront faire aucune fonction curiale. »

Devant le peu d’empressement des curés en place à prêter ce serment, un décret est voté le 27 novembre 1790 pour rendre obligatoire la prestation du serment sous peine de perte de la charge de leur office.

Estampe « Moyen de faire prêter serment aux évêques et curés… »  Source gallica.bnf.fr

Dans toutes les provinces de France, évêques et curés vont devoir prêter serment. Cette décision va être l’occasion d’une division nationale entre prêtres jureurs et prêtres réfractaires.

A Vassincourt, il semble que cette prestation de serment se soit faite avec un certain zèle révolutionnaire.

Le serment de Nicolas Bertrand, curé de Vassincourt

Le 5 avril 1790, Claude VALLIER décède, il était curé de Vassincourt depuis 14 ans. C’est un prieur de l’abbaye de Jean d’Heurs, Nicolas BERTRAND qui lui succède.

Un peu plus de six mois après son installation, le 31 octobre 1790, il prête serment au cours de la messe devant les officiers municipaux et les fidèles de la paroisse rassemblés.

La précocité de ce serment peut étonner. Certes, la loi est promulguée depuis l’été, mais l’exigence de la prestation reste plutôt floue pour les curés en place ce qui est le cas de Nicolas Bertrand. L’obligation n’interviendra qu’avec le décret de novembre 1790, promulgué fin décembre, soit 2 mois après que le curé de Vassincourt eût prêté serment. A Bar-le-Duc, la Ville proche, les prestations des personnels ecclésiastiques ne sont intervenues que dans les premiers jours de janvier 1791 comme dans la plupart des villes et campagnes de France. Faut-il voir dans cette rapidité à faire prêter serment au curé, un certain zèle de la part de la municipalité de Vassincourt, une certaine ferveur révolutionnaire ?

Les Archives Départementales de la Meuse conservent le procès-verbal de la prestation de serment par Nicolas Bertrand, curé de Vassincourt. En voici la transcription :

Le procès verbal de la prestation du serment par le curé de Vassincourt (AD 55 E dépôt 510 44)

« Le trente et unième octobre de l’année
mil sept cent quatre vingt dix à l’issue
du p… prononcé dans le cour de la messe
p… […] de Vassincourt en présence de
[…] les officiers municipaux et des
f… de la paroisse de Vassincourt Mr
Nicolas Bertrand prieur curé de laditte
paroisse a fait serment en chaire et promis
de veiller avec soin sur les fidèles a la nation a la
Loi et au Roi de maintenir de tout son
pouvoir la Constitution decretée par l’assemblée
nationale et sanctionnée par le Roi de quoi
avons dressé le présent acte le trente et un
octobre mil sept cent quatre vingt dix

Signatures : de Nicolas Bertrand Prieur Curé de Vassincourt, de J Elloy, maire de Vassincourt, de J Chappron procureur,de Claude Féry conseiller » 

Nicolas Bertand restera curé de Vassincourt jusqu’en 1793 puis sera de nouveau curé du village sous l’Empire et la Restauration de 1803 à 1821

Sources :

– AD 55 – E dépôt 510 44
– Archives Nationales – Base « Archim »
– « Le serment de la constitution civile du clergé » par Louis Misermont
– « Révolution Consulat Empire 1789-1815 » par M. Biard, Ph. Bourdin et S. Marzagalli
– « La révolution française » Jean-Paul Bertaud
– « Histoire de Bar-le-Duc » Charles Aimon

Voir aussi dans ce blog :

L’article : « Les curés de Vassincourt »

La confirmation pour 62 enfants du village

On l’a vu précédemment, la religion catholique tient une place très importante dans la société du XVIIIème siècle où elle est présente à chaque instant de la vie des contemporains. Elle est imposée aussi bien par les autorités religieuses que civiles. Nos ancêtres sont donc, pratiquement tous, pratiquants même si leur foi relève plus souvent de la culture, de la tradition, de l’éducation voire de la contrainte, que de la conviction.

Dans ce contexte, la confirmation de 62 enfants, qui nous est relatée par les registres paroissiaux en 1780, constitue un véritable événements pour la communauté de Vassincourt.

La confirmation

La confirmation est l’un des trois sacrements de l’initiation chrétienne avec le baptême et l’eucharistie. Ces trois sacrements sont indissociables.

Étienne François Xavier des Michels de Champorcin - Evêque de Toul

Etienne François Xavier des Michels de champorcin Evêque de Toul en 1780

A l’origine, la confirmation proprement dite n’existe pas ; le baptême et l’eucharistie sont donnés simultanément au cours d’une même célébration pendant la veillée pascale. Progressivement, avec la pratique du baptême des nouveau-nés par le prêtre à la naissance, et pour préserver l’intervention de l’évêque dans le processus d’admission dans l’église catholique, la confirmation va apparaître. L’eucharistie, quant à elle, est célébrée par le prêtre. Ce sont ces pratiques qui ont cours au XVIIIe siècle.

Pour l’Eglise catholique, la confirmation est une décision personnelle qui se prend « à l’âge de raison » (maturité spirituelle) et qui vient confirmer le sacrement du baptême. Il est donc obligatoire d’être baptisé pour la recevoir de l’évêque qui préside la célébration. La confirmation constitue, pour celui qui la reçoit, une marque indélébile et à ce titre elle ne peut être reçue qu’une seule fois.
Au XVIIIe siècle, la confirmation est donnée aux enfants entre 7 et 14 ans, mais bien souvent au-delà car l’évêque ne passe que très rarement dans les villages. Sa venue, le 23 mai 1780 dans la région de Vassincourt, est un événement d’une grande importance que Claude Vaillier, le curé de la paroisse, ne manque pas de consigner dans ses registres.

62 enfants de Vassincourt confirmés à Contrisson

Au milieu des actes de mariage, baptême et sépulture, les registres de la paroisse de Vassincourt nous apprennent que le 23 mai 1780, 62 enfants du village, 27 filles et 35 garçons, partent à Contrisson, un village voisin distant de 6 kilomètres, pour y recevoir la confirmation en la présence de « Monseigneur Illustrissime et révérendissime Evêque Comte de Toul Prince du Saint Empire Etienne François Xavier des Michels de Champorcin natif de Digne, ci-devant Evêque de Senez« .

Registre paroissial de Vassincourt
23 mai 1780

Transcription de l’acte :

 » Le vingt troisième jour de may de la présente année mil sept cent quatrevint ont
été confirmés dans l’église de Contrisson : Jean Senfaute, Nicolas Huard, Pierre
Prudhomme, Pierre François Toussaint, Jacques Adnot, Sébastien Huart, Claude
Pierre Thomas, Jean Senfaute, Claude Baillot, Nicolas Arragon, Claude Barbier,
Florentin Grion, Jean Nicolas Prudhomme, Antoine Quentin, Jean Joseph Lombard
Jacques Adnot, Claude Georges Horville, Joseph Varin, Nicolas Thomas, Joseph
Thomas, Pierre Souel, Nicolas Arragon dit Clor, Antoine Arnould, Claude Arragon,
Jean Adnot, Claude Saudax, Jacques Thomas, Joseph Adnot, Pierre Horville, Jean
Saudax, Claude Varin, François Xavier Elloy, Nicolas Sauvage, Jean Huard,
Jean François Huard, Catherine Arragon, Marie Barbier, Marie Françoise
Souel, Marie Jeanne Colson, Marie Souel, Madeleine Huard, Catherine Horville,
Rose Saintot, Anne Barbier, Marie Adnot, Marie Rose Toussaint, Marie Baillot
Marie Poitel, Marguerite Sauvage, Elisabeth Horville, Barbe Arnould,
Marie Arnould, Anne Maybel, Catherine Huart, Marie Senfaute, Marie
Toussaint, Marie Hélène Grion, Marguerite Barbier, Françoise Arnould,
Thérèse Varin, Catherine Quentin, Barbe Arragon; tous habitants de Vassincourt
de fait et de droit excepté un, Jean Senfaute de droit de la paroisse de Mussey et de fait
de celle de Vassincourt à cause de sa qualité de domestique.
C Vaillier Prieur curé de Vassincourt « 

Les 62 enfants de Vassincourt ne sont pas seuls. Dans la petite église de Contrisson, ils rejoignent les 63 filles et 64 garçons du village et voient aussi arriver d’autres enfants de tous les villages alentour. C’est tout d’abord 61 garçons et 43 filles qui viennent de Mognéville, village voisin, 73 enfants de Rancourt, 229 enfants, 101 garçons et 128 filles, de Revigny, la ville distante de 5 kilomètres puis arrivent aussi les enfants d’Andernay et les 22 de Remenecourt les deux plus proches villages de Contrisson voilà aussi les 73 enfants de Rancourt qui viennent de parcourir 6 kilomètres et enfin ceux de Couvonges, 16 garçons, 23 filles, et les 85 de Brabant-le-Roi qui ont marché plus de 7 kilomètres.

Au total, c’est plus de 700 enfants qui convergent ce matin-là vers le village de Contrisson pour recevoir à 11 h 30 la confirmation de l’évêque de Toul en personne. L’âge de ces jeunes est compris pour la plupart entre 7 et 16 ans mais il y a aussi plusieurs jeunes adultes entre 16 et 25 ans qui n’ont pas dû recevoir la confirmation lors de la précédente visite de l’évêque. Il y a même des adultes d’un âge avancé qui viennent recevoir ce sacrement comme ces deux hommes de Revigny Nicolas Moinot 55 ans et Nicolas Dargent 54 ans ou encore ce Claude Chamesson de Brabant-le-Roi qui est âgé de 70 ans.

Nos ancêtres marchaient beaucoup et ces distances parcourues ne constituaient pas un effort exceptionnel pour eux. Mais il faut s’imaginer ces foules, car les enfants devaient bien être accompagnés par leurs parents, convergeant vers Contrisson pour comprendre l’ampleur de l’événement pour toutes ces communautés villageoises.

Des documents exceptionnels

Entre l’acte de naissance et celui du mariage où l’acte de sépulture s’ils meurent en bas âge, les enfants laissent peu de trace dans les archives du XVIIIème siècle. Ces mentions consignées dans les registres paroissiaux des villages barrois permettent d’orienter les projecteurs sur la vie des enfants de ce siècle qui comme celle de leurs parents est fortement guidée par le religion. En cela, ces archives constituent des documents particulièrement intéressants pour les historiens. Ces informations sont également d’un grand intérêt pour les généalogistes qui peuvent, grâce à elles, mieux suivre les filles et les garçons des familles souvent nombreuses à cette époque.

 

Sources :
Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 à 1792 – p. 176
– Registre de la paroisse de Mognéville – 2 E 348 (1) – 1756 à 1792 – p. 294
– Registre de la paroisse de Contrisson – E 93 1 E 11 – 1756 à 1782
– Registre de la paroisse de Couvonges – 2 E 138 (1) – 1756 à 1792 – P. 122
– Registre de la paroisse de Revigny – 2 E 436 (2) – 1778 à 1792 – p. 41 / 254
– Registre de la paroisse de Rancourt – 2 E 422 (1) – 1756 à 1792 – p. 100
– Registre de la paroisse de Remenecourt – 2 E 433 (1) – 1756 à 1792
– Registre de la paroisse de Brabant-le-Roi – E dépôt 50 (1 E 8) – 1778 à 1790 – P. 16
– Journal La Croix
– Site internet de « L’église Catholique en France »
– « Les refus du sacrement d’après les nouvelles ecclésiastiques 1756 – 1789 » – Mémoire de Céline Perez – Université Lyon III

Que la lumière soit !

De tout temps, l’éclairage des zones habitées la nuit a été une préoccupation. Jusqu’au 18ème siècle les réponses apportées étaient loin d’être efficaces; lanternes, chandelles puis réverbères à huile, équipaient les villes et très peu les villages. Au début du 19ème siècle, le gaz d’éclairage apporte une véritable révolution qui permet un équipement systématique des grandes villes puis progressivement des plus petites et des villages. C’est dans le dernier quart du 19ème siècle, sous l’impulsion d’inventeurs tel que Thomas Edison, que l’électricité est progressivement utilisée pour l’éclairage public. A partir de 1880, l’éclairage au gaz et les autres formes d’éclairages publics ne cesseront de reculer devant l’éclairage électrique.
Dans la seconde moite du 19ème siècle, la presque totalité des villages recherche des solutions d’éclairage public. C’est dans ce contexte que Vassincourt s’équipe à l’aube du 20ème siècle.

Candelabre de la société Oudry
et allumeur de réverbère

Une commande de 5 réverbères

Au début de l’année 1900, le conseil municipal de Vassincourt décide d’améliorer l’éclairage public de la commune. A la suite à cette résolution, François Elloy, maire de Vassincourt, signe, le 10 mars 1900, un contrat avec Prosper Pérotin, lampiste à Revigny pour la fourniture de 5 réverbères.

Au gaz, en perte d’intérêt, et à l’électricité qui nécessite un réseau établi, la commune préfère le pétrole qui offre beaucoup plus d’autonomie dans la gestion des réverbères.
Le contrat est précis et cible un matériel fabriqué à Paris par l’entreprise Bernard Père, Fils et Gendre. Tout l’équipement nécessaire au fonctionnement et à l’entretien est également inclus dans la commande.

Extrait du contrat :

 » Entre soussignés :
M. Elloy, maire de la commune de Vassincourt, agissant comme administrateur de la dite commune avec l’assentiment du Conseil Municipal […]
et M. Pérotin Prosper, lampiste demeurant à Revigny […]
Ce dernier s’engage à fournir cinq réverbères n° 877,carcasse cuivre […] système d’allumage avec perches, munis de lampes en cuivre bec n° 14 et cinq consoles fer tournant, ornements en fonte peints d’une teinte bronze : ces réverbères proviennent de la maison Bernard Père Fils et Gendre, ingénieurs constructeurs n°28 rue Geoffroy St L’Asnier à Paris; ces réverbères munis de réflecteurs […] le tout mis en place compris échelle, perche d’allumage, verres, bidon à pétrole, quatre mesures à pétrole, brosses à verres, le tout pour la somme de quatre cent dix francs […]
Fait double à Vassincourt le dix mars mil neuf cent.  »

A l’épreuve de la guerre

Carte postale – Vassincourt après la bataille : un réverbère rescapé.

Quatorze ans plus tard, ces équipements vont subir le feu croisé des canons allemands et français, lors de la bataille de Vassincourt mais il est curieux de constater, comme le montre la carte postale ci-dessus, comment l’un de ces réverbères a résisté, presque intact, au milieu des ruines du village.

Sources :

Archives Départementales de la Meuse – Série 0 – 2 O 1229
– Wikipédia
– Site internet « Phozagora »

La Dame de Vassincourt

Un acte de sépulture du registre de la paroisse nous révèle que la Dame de Vassincourt a été inhumée le 16 mars 1780. La lecture de cet acte nous apporte un éclairage sur cette petite noblesse qui régnait sur les villages au XVIIIème siècle. Ce document, rédigé moins de 10 ans avant la révolution, est un témoignage intéressant sur cette frange de la société, qui, par ses droits et ses prérogatives, oppressait les populations rurales de l’époque.

« La Dame en gris » J.A.J. Aved (1702 – 1765)
La Dame de Vassincourt
ressemblait peut-être à ce portrait ?

L’acte de sépulture.

Madame Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, décède subitement le 15 mars 1780, à l’âge de 64 ans. Elle sera inhumée le lendemain 16 mars, dans le cimetière de Vassincourt « devant la porte de la chapelle des seigneurs ».

Voici, ci-dessous, la transcription de l’acte de sépulture :

« L’an mil sept cent quatrevingt le quinzième jour du mois de mars est
decedée subitement en cette paroisse Madame Agnès de la CHAPELLE
veuve de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON gentil homme
ordinaire du roi de Pologne Chevallier de Saint Louis, Dame de
Vassincourt agée de soixante quatre ans : son corps a été inhumé le
seizième jour du dit mois dans le cimetière de cette paroisse devant
la porte de la chapelle des Seigneurs avec les cérémonies accoutumées
en présence de Monsieur Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON Chevallier Seigneur
de Contrisson de Monsieur Jean Joseph Baron de BOUVET Chevallier ancien officier
au régiment de Foix Seigneur de Vassincourt et de Monsieur Charle
François Nicolas de BATTELE Ecuyer qui ont signé avec moi. »

Acte de décès d’Agnès de La CHAPELLE, Dame de Vassincourt

Un acte intéressant qui cite cinq personnages de cette petite noblesse du Barrois au XVIIIème siècle et qui nous amène à nous intéresser à la complexité des droits seigneuriaux et de leur transmission à la veille de la révolution.

Qui était la Dame de Vassincourt ?

Agnès de la CHAPELLE que l’on peut aussi appeller Agnès COLLIN de la CHAPELLE est très probablement la fille de Jean COLLIN de la CHAPELLE et de Claire de ROUYN. Elle est issue de familles illustres du Barrois dont certains membres ont présidés la chambre des comptes du duché de Bar : de ROUYN, de la MORRE, de BOUVET. Elle a épousé Antoine COLLIN de CONTRISSON, Seigneur de Contrisson, son cousin germain, mais le couple n’a pas eu de descendance.

Le qualificatif de Dame de Vassincourt qui est donné à Agnès de la CHAPELLE indique qu’elle est seigneur de Vassincourt. Elle a hérité de ses droits seigneuriaux de son grand-père Antoine Nicolas de ROUYN, chevalier, seigneur de Vassincourt en partie et qui a été président de la chambre des comptes du Duché de Bar. La transmission s’est faite par sa mère Claire de ROUYN, c’est aussi le cas pour Antoine Nicolas de ROUYN qui avait lui même hérité ses droits de sa mère Catherine de BOUVET. Il s’agit là d’une particularité propre au Barrois où les droits seigneuriaux pouvaient se transmettre par les femmes aussi bien que par les hommes, ce qui n’était pas le cas au royaume de France où les titres de noblesse étaient transmis exclusivement par la descendance mâle.

Le territoire de Vassincourt relevait de plusieurs seigneurs qui se partageaient les différents droits. Ce n’est pas un cas unique, de nombreux villages étaient des coseigneuries. Ainsi dans le village voisin de Contrisson, on a pu dénombrer jusqu’à cinq seigneurs simultanés. Dans l’acte de sépulture d’Agnès de la CHAPELLE, les cinq personnages cités sont tous seigneurs.

Tous seigneurs.

Blason de la famille Bouvet

Agnès de la CHAPELLE, Dame de Vassincourt, mais aussi Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON, Jean Joseph Baron de BOUVET et Charles François Nicolas de BATTEL, étaient tous des seigneurs.

Jean Joseph baron de BOUVET tout comme Agnès de la CHAPELLE étaient seigneurs pour partie de Vassincourt. Antoine COLLIN de CONTRISSON, l’époux d’Agnès de La CHAPELLE, était co-seigneur de Contrisson. Décédé avant son épouse, ses droits sur Contrisson ont été transmis à son frère Jean Antoine COLLIN de CONTRISSON qui sera co-seigneur de Contrisson jusqu’à la évolution.
Le dernier des témoins cités dans l’acte, Charles François Nicolas CHANOT de BATTEL, écuyer, était lui aussi co-seigneur de Contrisson.

* * *

Tous ces seigneurs constituaient cette noblesse rurale qui se partageaient un grand nombre de droits sur les villages comme Vassincourt. La plupart n’étaient pas d’ancienne noblesse et ne descendaient pas des chevaliers du moyen-âge. Ils devaient leurs droits à des lettres patentes ou d’anoblissement des ducs de Bar ou de Lorraine qui les récompensaient et leur conférant des titres et surtout des droits. Ces droits nombreux et variés, tailles, dimes, redevances sur le four, le moulin, le pressoir et bien d’autres encore, écrasaient les populations. Ils vont être l’une des causes principales de la révolution qui les supprimera dans la nuit du 4 août 1789.

 

Sources :

AD de la Meuse – Registre de la paroisse de Vassincourt – 2 E 544 1
– Recueil des armes et blasons des familles nobles actuellement existantes et établies en la ville de Bar et dans l’étendue de son district 1771 – Auteur anonyme
– Nobiliaire de Guienne et de Gascogne- M.J. de Bourrousse de Laforre
– La noblesse de Bar le Duc au XVIIIè siècle – Jean-Paul Streiff
– Catalogue des gentilshommes de Lorraine et du duché de Bar qui ont pris part ou envoyé leur procuration aux assemblées de la noblesse pour l’élection des députés aux états généraux de 1789 – Louis de la Roque et Edouard de Barthélemy
– Monographie de la commune de Contrisson – A. Prudhomme
– Le pays Barrois – Alexandre Martin

Paul Horville, un soldat courageux de Vassincourt

Il y a 100 ans, le 16 juillet 1917, Paul HORVILLE était tué au combat. Il devenait ainsi le 15ème soldat de Vassincourt « Mort pour la France ». Son dernier combat a été un acte de bravoure qui permet de dire que Paul Horville était un combattant courageux. Pourtant, ses premiers contacts avec l’armée ne laissaient pas présager une carrière militaire de brillant soldat.

Ajourné par le conseil de révision

Paul HORVILLE est de la classe 1914. Né le 7 juillet 1894 à Vassincourt, il est le fils ainé de Jules HORVILLE, tuilier à Vassincourt, et de Maria BERGER. En 1914, l’année de ses 20 ans, il est dans la vie active et exerce la profession d’ouvrier en ressort. Comme tous les jeunes de son âge, il est convoqué au conseil de révision à Revigny en juin 1914. Ce jour là l’armée l’écarte et la commission de réforme prononce un ajournement pour « faiblesse ». Un mois plus tard, la guerre est déclarée mais Paul HORVILLE n’est pas appelé par la mobilisation générale du 2 août 1914.

Affichette ‘Bon pour les filles’ utilisée par les conscrits à l’issue du conseil de révision

La guerre devait être courte mais trois mois après le début des hostilités et des pertes humaines déjà effroyables, la guerre s’enlise, les armées se terrent dans des tranchées et les états-majors ont besoin de lever de nouvelles troupes. C’est ainsi que le 24 octobre 1914, Paul HORVILLE appelé à nouveau par le conseil de révision mais cette fois, il est déclaré « bon pour le service armé ».
Il est affecté au 94ème régiment d’infanterie où il arrive le 20 décembre 1914. Il y restera peu de temps.

Blessé à la bataille de la Somme

Après son baptême du feu en Argonne au 1er semestre 1915, Paul Horville est transféré, le 7 août 1915, au 16ème bataillon de chasseurs à pied sur décision du général DEVILLE commandant la 42ème Division. Soldat dévoué, sa progression est alors rapide : il est nommé soldat de 1ère classe le 27 octobre 1915 puis caporal le 4 janvier 1916.

A partir d’avril 1916, le bataillon prend part à la bataille de Verdun qui vient de se déclencher. Positionné dans le bois de Caurette entre Cumières et le Mort-Homme, l’unité résiste brillamment aux assauts allemands, sans lâcher prise, sans reculer, mais au prix de la perte terrible de la moitié de son effectif. Paul HORVILLE traverse cet enfer. Fin mai, le bataillon quitte le secteur de Verdun pour un secteur plus calme dans les Vosges.

Mi-septembre 2016, le bataillon va rejoindre un autre enfer, celui de la bataille de la Somme. Fin octobre, le bataillon est positionné aux abords de Sailly-Saillisel dans la Somme et la météo est effroyable. C’est dans ces circonstances que Paul HORVILLE va être blessé. Le journal des marches et des opérations du 16ème bataillon de chasseurs à pied en précise les circonstances.

Extrait du J.M.O du 16ème bataillon de chasseurs à pied

« Dimanche 29 octobre : […] des organisations ennemies se sont révélées entre Sailly-Saillisel et Saillisel […] il importe essentiellement de les détruire […] Le tir de notre artillerie commencé à 6 h finit à 18 h […] sur tout le front du bataillon les organisations ennemies sont restées intactes […] pertes de la journée : une soixantaine d’hommes […] dans les reconnaissances après le tir.
Lundi 30 octobre : Rien d’important à signaler. L’ennemi travaille énormément dans une tranchée en avant et à l’ouest de Saillisel […] Le mauvais temps empêche toute organisation sérieuse. Les hommes sont dans la boue jusqu’aux genoux […] perte de troupe : un vingtaine d’hommes environ.
Mardi 31 octobre : à 10 h 50 commencement d’un violent bombardement sur tout le secteur occupé par le bataillon […] jusqu’à 6 heures le 1er novembre. »

Hôpital militaire n°5 de Rennes

C’est au cours de ces bombardements que Paul HORVILLE est blessé par un éclat d’obus à la tête (région frontale gauche). Il entre à l’hôpital d’évacuation 32 SP 150 le 1er novembre puis est alors progressivement évacué vers l’arrière. A l’hôpital 7 d’Amiens le 2 novembre, vers Rennes le 10 novembre puis dans différents hôpitaux de cette ville jusqu’à son rétablissement. Il sort le 18 janvier 1917 et part pour une permission de 7 jours.

La guerre dure maintenant depuis plus de 2 ans et malgré des pertes effroyables des deux côtés, personne n’entrevoit la fin du conflit. Les batailles de la Marne, de Verdun et de la Somme n’y ont rien fait, une bonne partie de la France est toujours occupée, les armées sont terrées dans leurs tranchées… Paul HORVILLE, malgré ses deux années de combat et sa blessure va devoir rejoindre son unité et poursuivre la lutte.

Il y a 100 ans… Paul HORVILLE est tué le 16 juillet 1917

Fin janvier, Paul HORVILLE réintègre le dépôt divisionnaire, puis rejoint son unité, le 16ème BCP à Bouvancourt dans la Marne. Le 18 mars, il est affecté au 56ème bataillon de chasseurs à pied, d’abord à la 10ème compagnie puis à la 8ème le 24 mars. Le bataillon est alors en position aux abords du fort de Vaux dans la région de Verdun. Début mai, le bataillon fait mouvement vers le camp de Mourmelon-le-Grand et cantonne le 7 mai dans la région de Villotte-devant-Louppy à quelques kilomètres de Vassincourt.

Revue de chars Saint-Chamond le 14 juillet 1917 au camp de Champlieu dans l’Oise

Après une période de repos, le bataillon est mis à la disposition de Général Estienne commandant l’artillerie d’assaut qui est composée des premiers chars de combat. Pendant un mois, les différentes « compagnies exécutent au camp de Champlieu […] des exercices de détails avec les groupements d’artillerie d’assaut ».

Le 9 juillet, le 56ème bataillon quitte l’Oise et le camp de Champlieu pour rejoindre le front dans la Marne. Le 14, ordre est donné à l’unité de se porter en soutien du 324ème régiment d’infanterie qui doit attaquer dans le secteur du Téton.

La 8ème compagnie de Paul HORVILLE, va participer à ces combats. Le journal des marches et des opérations du 56ème bataillon de chasseurs à pied nous relate la suite des événements :

Extrait du J.M.O du 56ème bataillon de chasseurs à pieds

« 14 juillet : […] le bataillon quitte Baconnes à 20 heures et se porte à l’emplacement fixé, après avoir traversé un violent tir de barrage d’obus spéciaux. […] Au cours de la nuit, la 8è Cie qui se trouve dans le boyau du chat a quatre tués et 8 blessés […]
15 juillet : […] la matinée est assez calme. Dans l’après midi, l’ennemi reprend un bombardement violent sur nos positions […] Le bataillon […] reçoit l’ordre d’aller relever […] dans le quartier des Gascons […] le IV bataillon du 324

Plan des tranchées dans le secteur du Téton en juillet 1917

16 juillet : […] La relève se fait en plein combat vers deux heures […] la 8è Cie […] à gauche ayant deux sections en ligne, l’une entre le point D et la tranchée des Gascons, l’autre dans cette tranchée […] Dans la matinée, bombardement régulier et de plus en plus violent de nos premières lignes et des boyaux d’accès par des obus de tous calibres, surtout artillerie lourde réglée par avions. […] le pilonnage de nos lignes continue toute l’après-midi et vers 18 heures, l’ennemi passe à l’attaque. La section de la 8è Cie, prise entre deux feux se replie en combattant à la grenade. L’aspirant Tardieux qui la commande est tué. […] du PC d’Agen on suit très bien toutes les péripéties du combat qui dégénère en corps à corps. […] la situation se stabilise vers 19 heures, tous les efforts de l’ennemi sont enrayés. « 

En cette journée du 16 juillet, les pertes du 56ème bataillon sont très importantes : 23 tués, 41 blessés et 28 disparus. C’est lors de cette furieuse bataille que Paul HORVILLE est tué. Dans son dernier combat, il a exprimé tout le courage dont il a su faire preuve au cours de son parcours militaire. Sa vaillance va être reconnue par une citation à l’ordre du bataillon.

Croix de Guerre avec étoile de bronze

Croix de guerre avec une étoile de bronze

Le 11 août 1917, Paul HORVILLE fait l’objet d’une citation à l’ordre du 56ème bataillon.

« Chef d’escouade d’un courage remarquable et d’un bel exemple pour ses hommes.
A été tué en entrainant ses hommes lors d’une contre-attaque ennemie ».

Cette citation s’accompagne de l’attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.

A tout juste 23 ans, le caporal Paul HORVILLE est le 15ème soldat de Vassincourt tué à la grande guerre. C’est assurément l’un des plus valeureux. Lors de sa courte existence, il a montré un engagement fort dans sa carrière militaire, un courage immense et une détermination à libérer sa commune, sa région et son pays de l’oppression allemande.

 

Sources :

Archives Départementales de la Meuse : registres d’état-civil de Vassincourt
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’
– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 637 – Registre matricule
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 16ème BCP
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 56ème BCP
– Historique du 16e bataillon de chasseurs à pied (Anonyme)
– Historique du 56e bataillon de chasseurs à pied (Metz – Imprimerie Lorraine)

 

 

Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18e siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise, mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Église. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Église catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18e siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4e degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement ; celui des époux, comme le veut la religion catholique, mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage, car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi-généralité au XVIIIe siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier, mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuels empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles ou le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre, soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record ; les fiançailles ont lieu le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIe siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent, on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4e degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4e degré de parenté voire même de 3e degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage, mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS, mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL, car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux, mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat