1914 – Les ravages de la bataille

Du 6 au 11 septembre 1914, se déroule la bataille de Vassincourt. Les combats sont acharnés et sanglants, ils conduisent à la retraite de l’armée allemande qui n’a pas pu réussir dans sa percée vers Bar-le-Duc. C’est l’un des multiples succès qui va construire la victoire de la Marne.

Mais pour les habitants, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir. Le village est totalement détruit. Ce qui avait été épargné par les obus allemands et français n’a pas résisté à l’incendie que les Allemands ont provoqué avant de se replier.

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Les ruines du village après la bataille
Source Gallica – Photo de l’agence Meurisse

Ce spectacle de désolation qui suit la bataille, est parfaitement décrit par Arsène Alexandre un inspecteur général des musées qui avait été mandaté par le sous-secrétaire d’état aux beaux-arts, Albert Dalimier, pour enquêter sur les monuments détruits pendant la guerre. Le texte proposé ci-dessous est un extrait de cette enquête qui a été publiée en 1918. Il repose sur des observations faites par son auteur immédiatement après la bataille en 1914 puis quelques mois plus tard en 1915. Ce document est très éloquent et explicite sur les destructions subies par le village et son église.

* * *

« Les monuments français détruits par l’Allemagne » par Arsène Alexandre

Extrait concernant la commune de Vassincourt.
La transcription respecte l’orthographe et la grammaire de l’édition de 1918.

Vassincourt. – Canton de Revigny

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Le village est totalement détruit
Carte postale, collection personnelle

Dans certaines contrées, la guerre allemande a opéré, ou forcé d’opérer, ce qui revient au même quant aux responsabilités, comme nous l’avons démontré, des destructions telles qu’aucune trace ne subsiste ni des édifices, ni des rues, ni du sol même. C’est un étrange et terrible retour au néant, pulvis in pulverem reversus. Mais cette transformation du travail et de l’art des hommes en l’original chaos est peut-être moins désolante, moins accablante à contempler, moins décourageante (si quelque chose pouvait décourager un pays tel que le nôtre après les preuves qu’il a données) que l’aspect d’un village où la flamme a passé, promenée de maison en maison, de ferme en ferme, par Loge, un des « vieux dieux » allemands, qui joint à la cruauté la perfidie.

La joie de détruire se lit en même temps que se suppute l’étendue des pertes. Un emplacement encombré de pierres écroulées, marquant une maison à reconstruire, produit une impression moins sinistre qu’une maison, quasi intacte de l’extérieur, mais, à l’intérieur, entièrement vide et vidée, et qu’il faudra abattre. Quand des centaines d’habitations de cette sorte se suivent de chaque côté de la rue, et d’un bout à l’autre, et que les rues pareilles se croisent et se succèdent d’une extrémité à l’autre d’un important village, et que partout, derrière ces façades paisibles comme la mort, il n’y a que le néant, dès la porte franchie, on éprouve la plus terrifiante sensation de cauchemar qu’on puisse imaginer.

Eglise après la bataille Photo Base Mérimée

Eglise après la bataille
Photo Base Mérimée

Nous avons connu plus d’une fois, au cours de notre enquête, ces affreux contrastes entre l’effort français pour produire et fructifier et l’effort allemand pour stériliser et ruiner, entre les résultats destructeurs auxquels l’orgueil systématisé a amené des hommes qui se disaient représentants d’une culture supérieure, et les forces mêmes de la nature qui affirmaient par les campagnes vertes environnant ces solitudes, et par les herbes mêmes qui commençaient à pousser entre les ruines. Nous avons connu la douleur de voir cet assassinat des villes et des villages, en opposition avec des printemps d’une douceur infinie ou de splendides automnes, nous demandant parfois s’il n’y avait pas autant de tristesse dans un village qui a perdu la vie que dans une cathédrale comme celle de Reims de qui ont été meurtries les beautés.

Nulle part ces pensers et ces angoisses n’ont été plus complets, plus poignant qu’à Nomeny, en Meurthe-et-Moselle, et dans ce Vassincourt, de Meuse, où il ne restait comme habitations intactes dans tout le bourg, qu’une misérable cabane de bois, et comme habitants, qu’une vieille femme de quatre-vingts ans, ayant perdu la notion des gens et des choses, et riant aux anges.

Au cœur du pays, l’église avait une incomparable beauté de douleur. « De quoi vous plaindrez-vous, dirait l’ironie des professeurs allemands ? Vous-mêmes dites que nous avons donné de la beauté à vos édifices. » Mais la charmante et vénérable petit église de Vassincourt, belle et ancienne, n’avait pas besoin de cette beauté-là.

Les dégâts à l'intérieur de l'église. Carte postale ancienne

Les dégâts à l’intérieur de l’église.
Carte postale, collection personnelle

Un peu élevée au-dessus de la rue et entourée de son champ de repos où l’on accède par quelques degrés de pierre, elle avait cette plénitude que possèdent les constructions romanes, et cette grâce dans la simplicité qu’elles atteignent quand, de proportions modérées, elles fleurissent dans des lieux rustiques.

Du XIIe siècle, avec un portail en plein cintre, une abside du XIVe siècle, un robuste clocher auquel était accolée, au midi, une tourelle ronde, tout unie, mais d’un excellent effet, cette église a été violemment bombardée, le village ayant été repris et reperdu plus d’une fois entre le 6 et 10 septembre 1914.Les obus allemands lui ont causé de grands dommages. Un d’eux est tombé juste devant le portail, creusant un vaste entonnoir. D’autres ont découronné la tour et l’ont déchirée sur une large étendue, laissant les cloches à découvert. Plus de vitraux, et les voûtes de la nef en notable partie démolies. Les cloches, à l’entour, bouleversées, comme cadre à ces vieilles pierres massacrées.

En repassant au mois de mai 1915 dans Vassincourt, nous sommes rentrés dans l’église toujours si mutilée et en apparence si morte. Le village était à peine hanté par des habitants qui revenaient voir les squelettes de leurs maisons, mais s’en retournaient coucher dans ceux des pays voisins qui avaient été épargnés. L’intérieur de l’église avait été déblayé en partie, et les décombres rangés dans un bas côté. Une statue de la Vierge, dans le goût de la Renaissance, surmontait un autel épargné, dans un des bas côtés. Depuis ses pieds jusqu’au sol, c’était un amoncellement de fleurs fraîches, en gerbes, en guirlandes, dans des vases ; des flammes de bougies de cire, un peu vacillantes dans cette maison de prière ouverte à tous les vents, se mêlaient à toutes ses fleurs.

Pourtant, alors, personne ne vivait dans Vassincourt.

A lire aussi :
Article « La bataille de Vassincourt« 

Sources :
– Bibliothèque Nationale de France – Gallica
– Photographie : Gallica et base Mérimée

 

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