Un conscrit de Vassincourt à la bataille de Trafalgar

Nicolas ARRAGON est né le 9 octobre 1777 à Vassincourt. C’est le premier enfant de Nicolas ARRAGON et de Marie Jeanne HORVILLE, un couple de vignerons qui s’étaient unis quelques mois plus tôt, le 7 janvier.

Pendant toute son enfance, son horizon s’est limité au clocher de son village. Peut-être, toutefois, avait-il entendu son grand-père Jean ARRAGON (1720 – 1782) évoquer sa vie militaire lorsqu’il était « soldat au service du Roy de France dans le régiment de milice du Duché de Bar« .

Mais rien, dans la vie de Nicolas ARRAGON, ne semblait le prédisposer à parcourir un jour l’Europe et à traverser les océans.

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Conscrit de l’An VII

Dans l’été 1798, la seconde coalition, contre la jeune république française, prend forme. Elle regroupe l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, le royaume de Naples et la Turquie. Face à cette nouvelle guerre qui s’engage, l’appel aux volontaires, pour constituer les armées, comme en 1792, se révèle insuffisant. Le 5 septembre 1798, Jean Baptiste JOURDAN, vainqueur de la bataille de Fleurus (1794), fait voter une loi sur la conscription. L’article 1er de cette loi énonce notamment que « Tout français est soldat et se doit à la défense de la patrie« .

En s’appuyant sur cette nouvelle loi, une levée est décidée fin 1798 et les préfets ont la charge de l’organiser. Tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans sont dans le champ de cette conscription. Les revues de conscrits et le tirage au sort permettront le recrutement des troupes nécessaires.

Le 14 frimaire de l’An VII de la république (4 décembre 1798 de notre calendrier grégorien),  Nicolas ARRAGON vient d’avoir 21 ans et il est l’un de ces conscrits de l’An VII et intègre la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne.

ARRAGON Nicolas - Fiche matricule.docx

Fiche matricule de Nicolas ARRAGON

Le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne

Tout comme son grand-père, mais peut-être contre sa volonté, Nicolas ARRAGON va embrasser la carrière militaire. Les premiers temps sont consacrés à son instruction puis il va suivre son unité la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne à travers l’Europe au cours de différentes campagnes, d’abord avec l’armée du Rhin (bataille d’Engen) puis avec l’armée d’Italie entre 1799 et 1801 dans la guerre contre la seconde coalition.

Fusilier d'Infanterie de Ligne

Fusilier d’Infanterie de Ligne

Avec le traité de Lunéville en février 1801 et la paix d’Amiens le 25 mars 1802, l’Europe entre dans une courte période sans guerre. La 67ème Demi-Brigade qui est rattachée à l’Armée d’Italie, cantonne successivement à Brescia en août 1801 puis à Bergame en 1803. Cette même année, l’unité change de nom et s’appelle désormais le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne. Elle va stationner en Ligurie dans la région de Gènes (Riviera du Ponant , San Pier d’Aréna, Savone) jusqu’en 1804.

Durant toute cette période, Nicolas ARRAGON a suivi son unité et parcouru l’Europe mais il n’est pas au bout de ses voyages. En décembre 1804, son bataillon, le 2ème, rentre en France et fait garnison à Toulon. Trois mois après, le 20 ventôse An XIII (11 mars 1805), il embarque sur la frégate de 40 canons « La Sirène ».

A travers l’Atlantique

Après la rupture de la paix d’Amiens, Napoléon se décide à tenter l’invasion de l’Angleterre. Début 1805, il concentre des troupes à Boulogne-sur-Mer. Il donne ensuite des instructions pour que les escadres de Toulon, Rochefort et Brest se regroupent aux Antilles, afin d’attirer la flotte anglaise et alléger ainsi la puissance maritime ennemie dans la Manche.

Frégate La Sirène par Robert Boston

Frégate La Sirène par Robert Boston

Après une première tentative qui a échoué (janvier 1805), l’escadre de Toulon, commandée par Villeneuve parvient à appareiller le 30 mars 1805 en déjouant la vigilance de la flotte de l’amiral Nelson qui bloquait la rade. Onze vaisseaux de ligne et deux frégates (dont la Sirène) composent cette escadre. 1200 hommes du 2ème bataillon du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne ont été embarqués sur les différents navires. Après s’être renforcée de 6 navires espagnols, l’escadre arrive le 16 mai à la Martinique où les troupes sont débarquées.

Nicolas Arragon jeune homme de Vassincourt et fusilier de la Grande Armée vient de traverser l’Océan Atlantique et découvre les rivages exotiques des Antilles.

Le séjour est de courte durée, Villeneuve, apprenant d’une part que l’escadre de Rochefort est déjà repartie pour la France et d’autre part que Nelson et sa flotte viennent d’arriver aux Antilles, décide de réembarquer les troupes et d’appareiller le 10 juin pour rentrer en Europe. Dans l’été, les différentes escadres françaises n’arriveront pas à se regrouper. A la fin de l’été 1805, Villeneuve et son escadre, se retrouvent à Cadix bloqués par la flotte de Nelson. Il est maintenant clair que le plan de Napoléon a échoué. Dès lors les préparatifs du débarquement deviennent inutiles et Napoléon décide de transférer ses troupes sur la frontière du Rhin.

Nicolas ARRAGON et tout l’équipage de la frégate « La Sirène » sont transférés pour reconstituer les effectifs sur les vaisseaux « Achille » et « Algésiras » qui vont prendre part à la bataille de Trafalgar.

La bataille de Trafalgar

Fin octobre 1805, Villeneuve apprenant l’arrivée prochaine de Rosily nommé par Napoléon pour le remplacer, décide de sortir du mouillage de Cadix et d’engager le combat avec la flotte de l’amiral Nelson.

Le combat s’engage le 21 octobre au large de Cadix au cap Trafalgar. La flotte franco-espagnole est supérieure en nombre avec 32 navires de ligne (18 français et 14 espagnols) contre 27 navires de ligne anglais (dont 7 équipés de plus de 100 canons). Malgré cette situation qui semble favorable, le manque de préparation des flottes françaises et espagnoles et le manque de décision, d’expérience et d’allant de l’amiral Villeneuve vont conduire à une terrible défaite du camp franco-espagnol. Le bilan de cette terrible bataille est effroyable : 450 tués, 1250 blessés côté anglais, 17 navire détruits ou capturés, 4400 tués, 2250 blessés, 7000 prisonniers du côté franco-espagnol.

Le voyage de Nicolas ARRAGON qui vient d’avoir 28 ans, vient de prendre fin. Loin de son clocher, après avoir élargi son horizon à des terres lointaines, sa vie s’arrête dans ce combat dont il n’a certainement pas perçu tous les enjeux. Il est parmi les 4850 victimes de cette bataille…

* * *

Transcription du certificat de décès de Nicolas ARRAGON :

 » Empire Français – Ministère de la Guerre
D’après l’ordre du Ministre
Le Secrétaire Générale du Ministère de la Guerre certifie qu’il résulte des registres déposés au Bureau de l’Etat Civil et Militaire de l’Armée que le Sieur ARRAGON Nicolas fils de Nicolas et de Marie-Jeanne HORVILLE né en 1777 à Vassincourt Département de la Meuse, soldat au 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne au service depuis le 14 frimaire An VII comme conscrit, a été tué au combat naval de Trafalgar le 29 vendémiaire An XIV.
En foi de quoi il a été délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison fait à Paris le 18 décembre 1809. »

* * *

Voir aussi l’article : « Pierre Victor soldat de l’Empire »

Sources :

– Registre d’état civil de Vassincourt – 2 E dépôt 544 art. 3
– Site internet Mémoire des Hommes – Sous-série GR 21 YC 564, registres du 67ème régiments d’infanterie de ligne
– site internet – histoire-pour-tous.fr – L’Infanterie de la Grande Armée de Napoléon
– Historique du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne – Transcription Catherine Gasnier
– « Les Aigles de la Marine sous le Premier Empire » – Neptunia, n°74 de J. et R. Brunon

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