1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

Deux des soldats de Vassincourt, morts pour la France pendant la grande guerre, portent le nom d’Horville : Fernand Horville et Paul Horville. Ce sont les 8ème et 9ème noms de la liste gravée sur le monument aux Morts.

Monument aux Morts de Vassincourt

Monument aux Morts de Vassincourt

Horville, une vieille famille de Vassincourt

La famille Horville est l’une des plus vieilles familles de Vassincourt. Les plus anciens registres paroissiaux connus datent de 1662 et, dès 1663, on y trouve trace de la famille Horville, comme cet acte du 27 août 1663 rédigé pour le baptême d’Anne Horville fille de Christophe Horville et d’Anne Adnot. Dans les années qui suivent, à la fin de XVIIème siècle, Jean, Nicolas et Etienne Horville sont régulièrement mentionnés dans les actes.

Fernand et Paul Horville, les deux morts pour la France du monument, ne sont pas frères mais ils sont bien de la même famille. Ils sont parents aux 8ème degré. Pour trouver leurs ancêtres communs, il faut remonter quatre générations jusqu’à Alexandre Horville (1755 – 1818) un vigneron de Vassincourt qui avait épousé Marguerite Thérèse Poinot en janvier 1781

Fernand Horville : un nom gravé sur deux monuments aux Morts

Monument aux Morts de Laheycourt

Monument aux Morts de Laheycourt

Lorsque l’on consulte sa fiche de ‘Mort pour la France’, on est surpris de constater que Fernand Horville est né à Laheycourt, où sa famille réside, un village situé à 15 km au nord de Vassincourt. On peut alors se demander pour quelle raison son nom est inscrit sur le monument de Vassincourt. Bien sûr comme indiqué plus haut, il est issu d’une vieille famille de ce village, son père y est né, mais cela n’est pas suffisant pour justifier cette inscription parmi les Morts pour la France de la commune. C’est la consultation de l’état civil qui nous apporte la réponse. Le 5 juin 1910, dans sa vingtième année, Fernand Horville a épousé Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt où il s’installe avec elle avant de partir faire son service militaire.

C’est ainsi que le nom de Fernand Horville, mort pendant la guerre en 1915, va être gravé sur les monuments aux Morts de deux villages : Vassincourt où il s’est marié et installé et où son père et son grand-père sont nés et Laheycourt la résidence de ses parents où son nom est gravé à côté de celui de son frère Albert Horville, mort le 6 mai 1915 des suites de blessures au combat.

Enfant de Laheycourt, soldat du 94 ème Régiment d’Infanterie

Fernand Horville est né le 14 septembre 1890 à Laheycourt du mariage de Jules Ernest Horville avec Marie Eugénie Rewoy. Il est le 4ème enfant d’une famille qui en comptera sept : trois garçons et quatre filles. L’une des filles, Marie Lucie, est décédée en bas âge en 1898. Le père exerce les professions de mineur puis de cantonnier à Laheycourt où le couple est domicilié. C’est au sein de cette famille que Fernand Horville vivra son enfance.

En 1902, à l’âge de 12 ans, il assiste successivement au mariage de son frère aîné Pol Alcide le 15 mai 1902 puis le 28 octobre de la même année, à celui de sa sœur Léa Virginie.

1910 est une étape importante pour Fernand Horville qui entre dans sa 20ème année mais aussi dans sa vie d’adulte. D’une taille moyenne pour l’époque, 1 mètre 71, il a les cheveux blonds et les yeux bleus et porte fièrement un tatouage sur l’avant-bras droit représentant ses initiales « HF » soulignées d’une branche de laurier. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il épouse Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt. Il exerce alors la profession de terrassier.

Peu de temps après son mariage, il se présente au conseil de révision. Il y est reconnu apte pour le service. Le 1er octobre 1911, il intègre, comme soldat de 2ème classe, le 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc. Après 2 ans de service, il est libéré le 8 novembre 1913 avec un certificat de bonne conduite.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son âge, il est rappelé le 1er août 1914 par le décret de mobilisation et rejoint son unité, le 94ème RI, dès le lendemain. A la fin du mois d’août, il participe aux combats dans le nord de la Meuse, en Woëvre. Par la suite, au sein de son régiment, Fernand Horville va participer aux combats de la première bataille de la Marne en septembre, puis sera engagé sur l’Yser à la frontière belge d’octobre à décembre avant de revenir en Argonne au début de 1915. C’est là non loin de la terre de son enfance que sa vie va basculer.

Mais, ce ne sont pas les armées allemandes qui auront raison de son ardeur et de son courage, il va être fauché par la terrible épidémie de typhoïde qui accompagne les armées depuis 1914.

Terrible épidémie de typhoïde de 1914 et 1915

Hôpital des contagieux de Bar le Duc

Hôpital des contagieux de Bar-le-Duc

De tout temps, les guerres ont entrainé les épidémies dans leur sillage. La Grande Guerre n’y a pas échappé. Dans les conflits antérieurs, la maladie faisait souvent plus de morts que les combats. De 1914 à 1918, les eaux stagnantes souillées de matières fécales des tranchées sont de véritables foyers infectieux de nature à favoriser le développement des épidémies. Pourtant, dans ce conflit, ni la mortalité de la typhoïde, ni plus tard celle de la grippe espagnole ne surpasseront la puissance destructive de la mitraille et de la canonnade.

La fièvre typhoïde, due au bacille salmonella typhi, est transmise par les eaux contaminées. C’est la principale, et la seule, épidémie à laquelle les armées sont confrontées au début du conflit en 1914. Au cours des quatorze premiers mois de la guerre, ce sont près de 100 000 cas déclarés qui sont répertoriés avec un taux de mortalité de 12,2 %.

Pourtant, le vaccin est connu et dès mars 1914, la loi Labbé rend obligatoire la vaccination antityphoïdique dans toute l’armée française. Mais la vaccination n’a pas permis de couvrir tous les soldats. L’organisation des campagnes de vaccination n’était pas au cœur des préoccupations de l’état-major au début de la guerre. De plus, les soldats étaient très méfiants vis à vis de ces inoculations qui les envoyaient au lit, malades pour quelques jours. Progressivement face au ravage de la maladie, l’encadrement des vaccinations est renforcé et gagne en efficacité. A partir de la fin octobre 1914, la vaccination est systématiquement pratiquée pour les nouvelles recrues mobilisées mais beaucoup reste à faire pour tous ceux qui ont été appelés au front depuis le mois d’août 1914.

La maladie fera plus de 10 000 victimes sur les dix premiers mois du conflit.

Fernand Horville a été fauché par cette terrible épidémie. Au début de 1915, alors qu’il combat en Argonne, il est atteint par la fièvre typhoïde et transféré à l’hôpital central des contagieux, annexe Exelmans, de Bar-le-Duc. Il y décédera des suites de cette maladie le 5 avril 1915. Quelques semaines plutôt, le 23 février, l’hôpital avait reçu la visite de Mme Poincaré épouse du Président de la République. Fernand Horville a été inhumé dans la nécropole nationale de Bar-le-Duc.

L’efficacité de la vaccination va progressivement réduire les effets de l’épidémie tout au long de l’année 1915. Sans être totalement éradiquée, la fièvre typhoïde perdurera jusqu’à la fin du conflit mais ses effets sur les armées dans les dernières années de la guerre seront marginaux.

*  *  *

Fernand Horville est le 6ème soldat de Vassincourt mort pour la France. Un mois plus tard, c’est son frère Louis Jules Albert qui sera fauché, mort pour la France également. Leurs noms figureront tous deux sur le monument de Laheycourt. Pour ce qui concerne Fernand Horville, on peut regretter qu’il n’ait pas pu bénéficier de l’efficacité que la vaccination antityphoïdique démontra lors de cette guerre.

Sources :

– Archives Départementales de la Meuse : Registres paroissiaux et d’état civil de Vassincourt
– Archives Départementales de la Meuse : Registres d’état civil de Laheycourt
– Archives Départementales de la Marne : Registre d’état civil de Charmontois l’Abbé
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’

– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 603 – Registre matricule

– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 94ème RI
– Site internet Mémoires des Hommes : Sépultures de Guerre
– Article d’Anne Rasmussen, « A corps défendant : vacciner les troupes contre la typhoïde pendant la grande guerre »

 

 

Advertisements

2 réflexions sur “1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

    • Merci pour ce commentaire. En préparant cet article, j’ai appris beaucoup sur cette épidémie qui a décimé les armées dans les premiers mois de la guerre. À mon sens, un épisode peu connu de la grande guerre.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s