Paul Horville, un soldat courageux de Vassincourt

Il y a 100 ans, le 16 juillet 1917, Paul HORVILLE était tué au combat. Il devenait ainsi le 15ème soldat de Vassincourt « Mort pour la France ». Son dernier combat a été un acte de bravoure qui permet de dire que Paul Horville était un combattant courageux. Pourtant, ses premiers contacts avec l’armée ne laissaient pas présager une carrière militaire de brillant soldat.

Ajourné par le conseil de révision

Paul HORVILLE est de la classe 1914. Né le 7 juillet 1894 à Vassincourt, il est le fils ainé de Jules HORVILLE, tuilier à Vassincourt, et de Maria BERGER. En 1914, l’année de ses 20 ans, il est dans la vie active et exerce la profession d’ouvrier en ressort. Comme tous les jeunes de son âge, il est convoqué au conseil de révision à Revigny en juin 1914. Ce jour là l’armée l’écarte et la commission de réforme prononce un ajournement pour « faiblesse ». Un mois plus tard, la guerre est déclarée mais Paul HORVILLE n’est pas appelé par la mobilisation générale du 2 août 1914.

Affichette ‘Bon pour les filles’ utilisée par les conscrits à l’issue du conseil de révision

La guerre devait être courte mais trois mois après le début des hostilités et des pertes humaines déjà effroyables, la guerre s’enlise, les armées se terrent dans des tranchées et les états-majors ont besoin de lever de nouvelles troupes. C’est ainsi que le 24 octobre 1914, Paul HORVILLE appelé à nouveau par le conseil de révision mais cette fois, il est déclaré « bon pour le service armé ».
Il est affecté au 94ème régiment d’infanterie où il arrive le 20 décembre 1914. Il y restera peu de temps.

Blessé à la bataille de la Somme

Après son baptême du feu en Argonne au 1er semestre 1915, Paul Horville est transféré, le 7 août 1915, au 16ème bataillon de chasseurs à pied sur décision du général DEVILLE commandant la 42ème Division. Soldat dévoué, sa progression est alors rapide : il est nommé soldat de 1ère classe le 27 octobre 1915 puis caporal le 4 janvier 1916.

A partir d’avril 1916, le bataillon prend part à la bataille de Verdun qui vient de se déclencher. Positionné dans le bois de Caurette entre Cumières et le Mort-Homme, l’unité résiste brillamment aux assauts allemands, sans lâcher prise, sans reculer, mais au prix de la perte terrible de la moitié de son effectif. Paul HORVILLE traverse cet enfer. Fin mai, le bataillon quitte le secteur de Verdun pour un secteur plus calme dans les Vosges.

Mi-septembre 2016, le bataillon va rejoindre un autre enfer, celui de la bataille de la Somme. Fin octobre, le bataillon est positionné aux abords de Sailly-Saillisel dans la Somme et la météo est effroyable. C’est dans ces circonstances que Paul HORVILLE va être blessé. Le journal des marches et des opérations du 16ème bataillon de chasseurs à pied en précise les circonstances.

Extrait du J.M.O du 16ème bataillon de chasseurs à pied

« Dimanche 29 octobre : […] des organisations ennemies se sont révélées entre Sailly-Saillisel et Saillisel […] il importe essentiellement de les détruire […] Le tir de notre artillerie commencé à 6 h finit à 18 h […] sur tout le front du bataillon les organisations ennemies sont restées intactes […] pertes de la journée : une soixantaine d’hommes […] dans les reconnaissances après le tir.
Lundi 30 octobre : Rien d’important à signaler. L’ennemi travaille énormément dans une tranchée en avant et à l’ouest de Saillisel […] Le mauvais temps empêche toute organisation sérieuse. Les hommes sont dans la boue jusqu’aux genoux […] perte de troupe : un vingtaine d’hommes environ.
Mardi 31 octobre : à 10 h 50 commencement d’un violent bombardement sur tout le secteur occupé par le bataillon […] jusqu’à 6 heures le 1er novembre. »

Hôpital militaire n°5 de Rennes

C’est au cours de ces bombardements que Paul HORVILLE est blessé par un éclat d’obus à la tête (région frontale gauche). Il entre à l’hôpital d’évacuation 32 SP 150 le 1er novembre puis est alors progressivement évacué vers l’arrière. A l’hôpital 7 d’Amiens le 2 novembre, vers Rennes le 10 novembre puis dans différents hôpitaux de cette ville jusqu’à son rétablissement. Il sort le 18 janvier 1917 et part pour une permission de 7 jours.

La guerre dure maintenant depuis plus de 2 ans et malgré des pertes effroyables des deux côtés, personne n’entrevoit la fin du conflit. Les batailles de la Marne, de Verdun et de la Somme n’y ont rien fait, une bonne partie de la France est toujours occupée, les armées sont terrées dans leurs tranchées… Paul HORVILLE, malgré ses deux années de combat et sa blessure va devoir rejoindre son unité et poursuivre la lutte.

Il y a 100 ans… Paul HORVILLE est tué le 16 juillet 1917

Fin janvier, Paul HORVILLE réintègre le dépôt divisionnaire, puis rejoint son unité, le 16ème BCP à Bouvancourt dans la Marne. Le 18 mars, il est affecté au 56ème bataillon de chasseurs à pied, d’abord à la 10ème compagnie puis à la 8ème le 24 mars. Le bataillon est alors en position aux abords du fort de Vaux dans la région de Verdun. Début mai, le bataillon fait mouvement vers le camp de Mourmelon-le-Grand et cantonne le 7 mai dans la région de Villotte-devant-Louppy à quelques kilomètres de Vassincourt.

Revue de chars Saint-Chamond le 14 juillet 1917 au camp de Champlieu dans l’Oise

Après une période de repos, le bataillon est mis à la disposition de Général Estienne commandant l’artillerie d’assaut qui est composée des premiers chars de combat. Pendant un mois, les différentes « compagnies exécutent au camp de Champlieu […] des exercices de détails avec les groupements d’artillerie d’assaut ».

Le 9 juillet, le 56ème bataillon quitte l’Oise et le camp de Champlieu pour rejoindre le front dans la Marne. Le 14, ordre est donné à l’unité de se porter en soutien du 324ème régiment d’infanterie qui doit attaquer dans le secteur du Téton.

La 8ème compagnie de Paul HORVILLE, va participer à ces combats. Le journal des marches et des opérations du 56ème bataillon de chasseurs à pied nous relate la suite des événements :

Extrait du J.M.O du 56ème bataillon de chasseurs à pieds

« 14 juillet : […] le bataillon quitte Baconnes à 20 heures et se porte à l’emplacement fixé, après avoir traversé un violent tir de barrage d’obus spéciaux. […] Au cours de la nuit, la 8è Cie qui se trouve dans le boyau du chat a quatre tués et 8 blessés […]
15 juillet : […] la matinée est assez calme. Dans l’après midi, l’ennemi reprend un bombardement violent sur nos positions […] Le bataillon […] reçoit l’ordre d’aller relever […] dans le quartier des Gascons […] le IV bataillon du 324

Plan des tranchées dans le secteur du Téton en juillet 1917

16 juillet : […] La relève se fait en plein combat vers deux heures […] la 8è Cie […] à gauche ayant deux sections en ligne, l’une entre le point D et la tranchée des Gascons, l’autre dans cette tranchée […] Dans la matinée, bombardement régulier et de plus en plus violent de nos premières lignes et des boyaux d’accès par des obus de tous calibres, surtout artillerie lourde réglée par avions. […] le pilonnage de nos lignes continue toute l’après-midi et vers 18 heures, l’ennemi passe à l’attaque. La section de la 8è Cie, prise entre deux feux se replie en combattant à la grenade. L’aspirant Tardieux qui la commande est tué. […] du PC d’Agen on suit très bien toutes les péripéties du combat qui dégénère en corps à corps. […] la situation se stabilise vers 19 heures, tous les efforts de l’ennemi sont enrayés. « 

En cette journée du 16 juillet, les pertes du 56ème bataillon sont très importantes : 23 tués, 41 blessés et 28 disparus. C’est lors de cette furieuse bataille que Paul HORVILLE est tué. Dans son dernier combat, il a exprimé tout le courage dont il a su faire preuve au cours de son parcours militaire. Sa vaillance va être reconnue par une citation à l’ordre du bataillon.

Croix de Guerre avec étoile de bronze

Croix de guerre avec une étoile de bronze

Le 11 août 1917, Paul HORVILLE fait l’objet d’une citation à l’ordre du 56ème bataillon.

« Chef d’escouade d’un courage remarquable et d’un bel exemple pour ses hommes.
A été tué en entrainant ses hommes lors d’une contre-attaque ennemie ».

Cette citation s’accompagne de l’attribution de la croix de guerre avec étoile de bronze.

A tout juste 23 ans, le caporal Paul HORVILLE est le 15ème soldat de Vassincourt tué à la grande guerre. C’est assurément l’un des plus valeureux. Lors de sa courte existence, il a montré un engagement fort dans sa carrière militaire, un courage immense et une détermination à libérer sa commune, sa région et son pays de l’oppression allemande.

 

Sources :

Archives Départementales de la Meuse : registres d’état-civil de Vassincourt
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’
– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 637 – Registre matricule
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 16ème BCP
– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 56ème BCP
– Historique du 16e bataillon de chasseurs à pied (Anonyme)
– Historique du 56e bataillon de chasseurs à pied (Metz – Imprimerie Lorraine)

 

 

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Le mariage à Vassincourt au XVIIIème siècle

Au 18ème siècle, le mariage qui est essentiellement religieux, est un des fondements de la société. Les démarches et formalités à remplir avant le mariage étaient nombreuses et très précisément codifiées et définies par l’Eglise mais aussi par les autorités civiles. Contrat de mariage, fiançailles, publication des bans, levée des empêchements, recueil des dispenses, recherche de témoins jalonnaient le chemin que les futurs époux devaient suivre avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Dans les années 1780, Claude VAILLIER, le curé de Vassincourt, respectait strictement chacun des principes établis pour le déroulement d’un mariage.

L’accordée du village de Jean-Baptiste Greuze en 1761

Le mariage catholique

Le mariage n’a pas toujours été un acte religieux. Il faut attendre 1180, pour que le pape Alexandre III le sacralise puis 1234 pour que Grégoire IX l’intègre aux sept sacrements de l’Eglise. A partir de cette date et jusqu’à la révolution française, l’Eglise Catholique, notamment par le concile de Trente en 1563, va accentuer son emprise sur cet acte, si important pour nos ancêtres, en en codifiant et précisant les règles.

C’est ainsi, qu’au milieu du 18ème siècle, pour les habitants de Vassincourt, le mariage, monogame, est irrévocable et indissoluble. Les époux doivent être librement consentants. Les mariages consanguins sont interdits jusqu’au 4ème degré de parenté. Enfin, il est nécessaire de publier trois bans, de recueillir le consentement des parents ou à défaut du curateur et le mariage doit obligatoirement être béni par un prêtre en présence de quatre témoins.

Contrat de mariage et fiançailles

La signature du contrat de mariage chez le notaire

Dans les années 1780, à Vassincourt comme ailleurs, le mariage est d’abord une affaire de consentement; celui des époux, comme le veut la religion catholique mais aussi et surtout celui des parents. On se marie alors généralement dans son village et dans son milieu social. L’union des deux époux est très souvent l’occasion de consolider une position au sein de la communauté villageoise et de veiller à ce que les biens mis en commun confortent la position des familles.

Ces consentements sont consolidés par un contrat de mariage car ce qui est plutôt une exception de nos jours était une quasi généralité au XVIIIème siècle. Une fois ce contrat signé devant notaire, les formalités du mariage peuvent s’enchaîner à commencer par les fiançailles.

Les fiançailles sont une promesse que formulent les deux époux sous la bénédiction du prêtre. Ils s’engagent par cet acte non seulement à se marier mais aussi à le faire le plus vite possible et au maximum dans un délai de 40 jours. Claude VAILLIER, le très rigoureux curé de Vassincourt à cette époque, consignait toutes les fiançailles du village dans les registres paroissiaux ce qui n’était pas une pratique courante. En faisant cela, il accentuait la solennité de l’engagement.

La transcription qui suit, est celle de l’acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT avec Marie BAILLOT, deux paroissiens de Vassincourt. Un extrait qui montre bien l’engagement pris par les futurs époux.

Acte de fiançailles n° 5 du 10 janvier 1778

« Pierre TOUSSAINT […] et Marie BAILLOT […] ont été fiancé et se sont promis mutuellement de se marier aussitôt que faire se pourra et au plus tard dans quarante jours : les quelles promesses ont été bénies par moi Claude VAILLIER prêtre curé de Vassincourt en présence de […] »

Acte de fiancaille

Acte de fiançailles de Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT

Pierre TOUSSAINT et Marie BAILLOT se sont mariés 17 jours plus tard, car une fois les fiançailles célébrées, les événements s’enchaînaient rapidement et Monsieur le curé y veillait pour amener les futurs époux au mariage avant que la faiblesse de la chair ne leur fasse faire un écart.

Publications des bans

La religion catholique imposait la publication de trois bans, celle-ci se faisait généralement aux prônes de trois messes dominicales ou de jours de fête successifs. Cette publication s’effectuait dans la paroisse, ou les paroisses, d’origine ou de résidence des futurs époux. Elle avait pour but de faire l’information sur ce mariage et de permettre ainsi la révélation d’éventuelles empêchements comme une parenté des futurs époux (consanguinité) ou encore une situation de concubinage.

Le premier ban était publié le jour des fiançailles où le premier dimanche suivant. En 1781, Nicolas MAYBEL et Marie Jeanne HORVILLE se fiancent à Vassincourt le dimanche 11 novembre. Le premier ban est publié le jour même des fiançailles, les deux autres, les deux dimanches suivants 18 et 25 novembre. Le mariage sera célébré le 27 novembre soit 16 jours après les fiançailles. Le curé, Claude VAILLIER, ne manquait pas de mentionner précisément tous ces éléments dans l’acte de mariage conformément aux recommandations de l’ordonnance de Blois (Henri III en 1579) comme le montre cet extrait de l’acte de mariage :

Acte de mariage n° 43 du 27 novembre 1781

« L’an mil sept cent quatre vingt un le vingt septième jour du mois de novembre après avoir cy devant publié trois bans de mariage aux prônes de la messe paroissiale, savoir le premier le dimanche onzième jour du présent mois de novembre, le deuxième le dimanche dix huitième jour du même mois et le troisième le dimanche suivant vingt cinquième jour du dit mois, entre Nicolas MAYBEL […] et Marie Jeanne HORVILLE […] »

Quelques fois, les délais entre les fiançailles et le mariage étaient extrêmement courts. En 1783, pour le mariage de Jean COLSON avec Marie Anne CHAPPERON, ces délais ne sont que de 2 jours, une sorte de record; les fiançailles ont lieux le 2 février et le mariage le 4. Entre les deux, un ban à pu être publié le dimanche 2 février. Pour respecter des délais si courts, les époux ont demandé et obtenu de l’évêque, une dispense de deux bans comme l’indique l’acte de mariage :

Extrait de l’acte de mariage n° 12 du 4 février 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny empechement je Claude VAILLIER soussigné prête curé en conséquence de la dispense des deux autres bans accordée par Monseigneur l’Evêque de Toul le trentième jour du mois de janvier precedent ai reçu leur mutuel consentement de mariage en qualité de leur curé […] »
Outre ces délais très courts, certains futurs époux doivent aussi lever des empêchements notamment celui de consanguinité.

Acte de mariage de Jean COLSON et Marie Anne CHAPPERON du 4 février 1783

La levée des empêchements

Comme on l’a vu plus haut, au XVIIIème siècle, on se marie au sein de son milieu social et très souvent on trouve son conjoint au sein du même village. Dès lors, les familles sont généralement liées les unes aux autres et il est difficile de choisir un futur époux ou une future épouse sans lien de parenté jusqu’au 4ème degré comme l’impose l’église.

Le principal empêchement à un mariage est donc celui de parenté et il n’est pas rare de recourir à une demande de dispense de consanguinité de 4ème degré de parenté voire même de 3ème degré. C’est l’évêque du diocèse qui valide ce type de dispense avant le mariage. C’est ainsi qu’entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés dans la paroisse de Vassincourt, 7 ont nécessité une dispense de consanguinité.

C’est le cas pour Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON qui se marient le 7 janvier 1783 et qui ont dû recourir à une dispense de consanguinité du troisième et quatrième degré comme l’indique l’acte ci-dessous.

Extrait de l’acte de mariage n°3 du 7 janvier 1783

« […] sans qu’il y ait eu aucune opposition ny quil si soit trouvé aucun autre empechement légitime entre eux que ceux de consanguinité du troisième degré égal d’une souche et du quatrième degré aussi égal de lautre souche sur les quels ils ont obtenu dispense de Monseigneur l’Eveque de Toul le trentième jour du mois de décembre dernier qui m a été par eux exhibée et dont j’ai vérifié l’exposé […] »

En effet, Pierre TOUSSAINT et Marie ARRAGON ont des ancêtres communs au troisième degré de parenté, Nicolas TOUSSAINT et Jeanne RAULIN sont leurs arrière-grands-parents communs (côté paternel pour l’un, côté maternel pour l’autre). Mais ils ont aussi deux arrière-arrière-grands-parents communs (quatrième degré de parenté), Claude JADMET et Claudine MAURY.

La cérémonie et l’acte de mariage

Un mariage à la campagne

Le contrat signé, les dispenses reçues, les fiançailles prononcées et les bans publiés, rien ne s’oppose plus à la célébration du mariage mais celui-ci ne se déroule pas n’importe quand. Le printemps et l’été sont des saisons que l’on évite en raison de la forte activité agricole dans les campagnes. Par ailleurs, l’église interdit les mariages pendant l’avent et le carême. Certains jours sont également évités : le vendredi, jour de la mort du Christ ou encore le dimanche, jour réservé au culte. Tous ces éléments conduisent à célébrer les mariages principalement les lundis et mardis des mois de janvier ou février, plus rarement en novembre.

Entre 1777 et 1783, sur les 23 mariages célébrés à Vassincourt, 17 l’ont été un lundi ou un mardi et les mois de janvier, février ou novembre ont été choisi pour 17 de ces mariages.
La cérémonie achevée, un acte est rédigé dans le registre de la paroisse, comme celui dont l’extrait suit, célébré le mardi 25 février 1783 entre Claude THOMAS et Marguerite POITEL.

Extrait de l’acte de mariage n°18 du 25 février 1783

« […] ay reçu leur mutuel consentement de mariage et leur ay donné le bénédiction nuptiale avec les cérémonies prescrites par la Sainte Eglise en présence d’Alexis THOMAS Jean THOMAS Jean POITEL et Florentin POITEL qui ont signé avec moi et les époux […] »

L’acte est conclu par neuf signatures, celles des quatre témoins cités dans l’acte plus deux autres, celle de Claude VAILLIER le curé de la paroisse, celle de l’époux, Claude THOMAS mais aussi celle de l’épouse Marguerite POITEL car, à cette époque, à Vassincourt bien des femmes savent lire et écrire et signent les actes.

* * *

La révolution va bouleverser ces pratiques du mariage d’abord en en faisant un acte civil distinct de l’acte religieux mais aussi en supprimant l’indissolubilité en permettant le divorce par la loi du 20 septembre 1792.

 

Sources :

– Registre de la paroisse de Vassincourt 2 E 544 (1) – 1756 à 1792
– Le sacrement de mariage par Chantal Cosnay
– Les passages obligés avant le mariage par Tony Neulat

 

1914 – Les ravages de la bataille

Du 6 au 11 septembre 1914, se déroule la bataille de Vassincourt. Les combats sont acharnés et sanglants, ils conduisent à la retraite de l’armée allemande qui n’a pas pu réussir dans sa percée vers Bar-le-Duc. C’est l’un des multiples succès qui va construire la victoire de la Marne.

Mais pour les habitants, il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir. Le village est totalement détruit. Ce qui avait été épargné par les obus allemands et français n’a pas résisté à l’incendie que les Allemands ont provoqué avant de se replier.

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Les ruines du village après la bataille
Source Gallica – Photo de l’agence Meurisse

Ce spectacle de désolation qui suit la bataille, est parfaitement décrit par Arsène Alexandre un inspecteur général des musées qui avait été mandaté par le sous-secrétaire d’état aux beaux-arts, Albert Dalimier, pour enquêter sur les monuments détruits pendant la guerre. Le texte proposé ci-dessous est un extrait de cette enquête qui a été publiée en 1918. Il repose sur des observations faites par son auteur immédiatement après la bataille en 1914 puis quelques mois plus tard en 1915. Ce document est très éloquent et explicite sur les destructions subies par le village et son église.

* * *

« Les monuments français détruits par l’Allemagne » par Arsène Alexandre

Extrait concernant la commune de Vassincourt.
La transcription respecte l’orthographe et la grammaire de l’édition de 1918.

Vassincourt. – Canton de Revigny

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Le village est totalement détruit
Carte postale, collection personnelle

Dans certaines contrées, la guerre allemande a opéré, ou forcé d’opérer, ce qui revient au même quant aux responsabilités, comme nous l’avons démontré, des destructions telles qu’aucune trace ne subsiste ni des édifices, ni des rues, ni du sol même. C’est un étrange et terrible retour au néant, pulvis in pulverem reversus. Mais cette transformation du travail et de l’art des hommes en l’original chaos est peut-être moins désolante, moins accablante à contempler, moins décourageante (si quelque chose pouvait décourager un pays tel que le nôtre après les preuves qu’il a données) que l’aspect d’un village où la flamme a passé, promenée de maison en maison, de ferme en ferme, par Loge, un des « vieux dieux » allemands, qui joint à la cruauté la perfidie.

La joie de détruire se lit en même temps que se suppute l’étendue des pertes. Un emplacement encombré de pierres écroulées, marquant une maison à reconstruire, produit une impression moins sinistre qu’une maison, quasi intacte de l’extérieur, mais, à l’intérieur, entièrement vide et vidée, et qu’il faudra abattre. Quand des centaines d’habitations de cette sorte se suivent de chaque côté de la rue, et d’un bout à l’autre, et que les rues pareilles se croisent et se succèdent d’une extrémité à l’autre d’un important village, et que partout, derrière ces façades paisibles comme la mort, il n’y a que le néant, dès la porte franchie, on éprouve la plus terrifiante sensation de cauchemar qu’on puisse imaginer.

Eglise après la bataille Photo Base Mérimée

Eglise après la bataille
Photo Base Mérimée

Nous avons connu plus d’une fois, au cours de notre enquête, ces affreux contrastes entre l’effort français pour produire et fructifier et l’effort allemand pour stériliser et ruiner, entre les résultats destructeurs auxquels l’orgueil systématisé a amené des hommes qui se disaient représentants d’une culture supérieure, et les forces mêmes de la nature qui affirmaient par les campagnes vertes environnant ces solitudes, et par les herbes mêmes qui commençaient à pousser entre les ruines. Nous avons connu la douleur de voir cet assassinat des villes et des villages, en opposition avec des printemps d’une douceur infinie ou de splendides automnes, nous demandant parfois s’il n’y avait pas autant de tristesse dans un village qui a perdu la vie que dans une cathédrale comme celle de Reims de qui ont été meurtries les beautés.

Nulle part ces pensers et ces angoisses n’ont été plus complets, plus poignant qu’à Nomeny, en Meurthe-et-Moselle, et dans ce Vassincourt, de Meuse, où il ne restait comme habitations intactes dans tout le bourg, qu’une misérable cabane de bois, et comme habitants, qu’une vieille femme de quatre-vingts ans, ayant perdu la notion des gens et des choses, et riant aux anges.

Au cœur du pays, l’église avait une incomparable beauté de douleur. « De quoi vous plaindrez-vous, dirait l’ironie des professeurs allemands ? Vous-mêmes dites que nous avons donné de la beauté à vos édifices. » Mais la charmante et vénérable petit église de Vassincourt, belle et ancienne, n’avait pas besoin de cette beauté-là.

Les dégâts à l'intérieur de l'église. Carte postale ancienne

Les dégâts à l’intérieur de l’église.
Carte postale, collection personnelle

Un peu élevée au-dessus de la rue et entourée de son champ de repos où l’on accède par quelques degrés de pierre, elle avait cette plénitude que possèdent les constructions romanes, et cette grâce dans la simplicité qu’elles atteignent quand, de proportions modérées, elles fleurissent dans des lieux rustiques.

Du XIIe siècle, avec un portail en plein cintre, une abside du XIVe siècle, un robuste clocher auquel était accolée, au midi, une tourelle ronde, tout unie, mais d’un excellent effet, cette église a été violemment bombardée, le village ayant été repris et reperdu plus d’une fois entre le 6 et 10 septembre 1914.Les obus allemands lui ont causé de grands dommages. Un d’eux est tombé juste devant le portail, creusant un vaste entonnoir. D’autres ont découronné la tour et l’ont déchirée sur une large étendue, laissant les cloches à découvert. Plus de vitraux, et les voûtes de la nef en notable partie démolies. Les cloches, à l’entour, bouleversées, comme cadre à ces vieilles pierres massacrées.

En repassant au mois de mai 1915 dans Vassincourt, nous sommes rentrés dans l’église toujours si mutilée et en apparence si morte. Le village était à peine hanté par des habitants qui revenaient voir les squelettes de leurs maisons, mais s’en retournaient coucher dans ceux des pays voisins qui avaient été épargnés. L’intérieur de l’église avait été déblayé en partie, et les décombres rangés dans un bas côté. Une statue de la Vierge, dans le goût de la Renaissance, surmontait un autel épargné, dans un des bas côtés. Depuis ses pieds jusqu’au sol, c’était un amoncellement de fleurs fraîches, en gerbes, en guirlandes, dans des vases ; des flammes de bougies de cire, un peu vacillantes dans cette maison de prière ouverte à tous les vents, se mêlaient à toutes ses fleurs.

Pourtant, alors, personne ne vivait dans Vassincourt.

A lire aussi :
Article « La bataille de Vassincourt« 

Sources :
– Bibliothèque Nationale de France – Gallica
– Photographie : Gallica et base Mérimée

 

XVIIIème siècle : périlleuses naissances

Au XVIIIème siècle, dans tous les villages, le curé se doit d’établir un acte pour chaque baptême qu’il célèbre. A la lecture des registres paroissiaux de l’époque, qui compilent ces actes, on prend conscience des périls qui attendaient mères et enfants à la naissance.

XVIIIème siècle : forte expansion démographique

"The Birth" par Edward Bird (1762 1819)

« The Birth » par Edward Bird (1762 1819)

Le XVIIIème siècle est une période de forte expansion démographique. L’amélioration des  techniques en agriculture, avec notamment l’introduction des cultures fourragères ou de la pomme de terre, ou encore l’amélioration de la qualité du bétail, éloignent progressivement les famines qui frappaient si durement les populations. Quant aux épidémies, si elles sont encore présentes, leurs conséquences sont moins dramatiques que lors des siècles précédents. Les conditions de vie s’améliorent donc sensiblement et constituent l’élément essentiel de l’essor démographique.

En 1715, dans les territoires de la France actuelle, la population est estimée à 21,8 millions d’habitants. Ce niveau de population est sensiblement celui qui avait été atteint quatre siècles plutôt au début du XIVème siècle, vers 1320, avant les dépressions causées par la guerre de cent ans, les épidémies, les famines ou encore les guerres de religion. Or en 1780, la population atteint à 27,5 millions d’habitants, toujours sur le territoire de la France actuelle. En l’espace de seulement 65 ans, la croissance du nombre d’habitants est supérieure à 25 %, ce qui représente un essor formidable et sans précédent.

Ces tendances, observées au niveau national, s’appliquent aussi à Vassincourt. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, la natalité y est très forte avec 25 à 30 naissances annuelles (27 en 1777, 24 en 1778, 30 en 1779) pour une population de 468 âmes en 1793. Mais, si la natalité est élevée, la mortalité infantile reste préoccupante. Naître au XVIIIème siècle à Vassincourt demeure un moment périlleux aussi bien pour la mère que pour l’enfant.

A la naissance : risque de mort pour la mère et l’enfant

Dessin de William Smellie inventeur de forceps

Dessin de William Smellie (1697 1763) Obstétricien écossais inventeur de forceps

Si le XVIIIème siècle a vu d’importants progrès techniques et scientifiques, ceux-ci n’ont que très peu touché la médecine. Les soins, les remèdes et méthodes utilisés restent encore largement inefficaces et empiriques. Lors d’un accouchement, si des difficultés apparaissent, la sage-femme qui, rappelons-le, n’a pratiquement pas de formation spécifique si ce n’est sa propre expérience, utilisera les fers, sans trop de ménagement, pour extraire l’enfant. L’accouchement reste donc un événement dangereux où la mère et l’enfant risquent la mort.

Ainsi, le 29 mai 1777 à Vassincourt, Marie Catherine POINOT, l’épouse de Nicolas HORVILLE met au monde un garçon, Dieudonné. Six jours plus tard, le 4 juin, la mère décède suivie le lendemain par l’enfant.

Toujours à Vassincourt, dans la même période, le 17 mars 1777, une autre naissance aura un dénouement tragique. L’accouchement est probablement difficile, la mère Anne GUILLET ne s’en remet pas et décède le 12 juin. La petite fille qu’elle venait de mettre au monde, la suivra dans la mort moins d’un mois plus tard le 5 juillet de la même année.

A la naissance, une priorité : le baptême

L’enfant qui meurt sans avoir reçu le sacrement du baptême, est condamné à errer éternellement dans les limbes, un lieu décrit par le curé comme encore plus terrible que l’enfer. Ce péril marque fortement les esprits de l’époque. A la naissance, devant cette menace, une seule priorité : le baptême.

Naissance au XVIIIème siècle - 1789 auteur inconnu

Naissance au XVIIIème siècle – 1789 auteur inconnu

Lors de l’accouchement, si l’enfant est en danger de mort, la sage-femme se chargera du baptême (ondoiement), elle y a été habilitée en prêtant serment au curé. C’est le cas pour la fille de François SAINTOT qui naît le 24 octobre 1778 à Vassincourt et qui est aussitôt baptisée par Gabrielle SOUEL, sage-femme du village (voir l’article « 1757 – L’élection de la sage-femme« ).

Dès la naissance, le premier soucis est donc de baptiser le nouveau-né quelle que soit sa fragilité et son état de santé. A cette époque, les parents ont trois jours pour procéder au baptême. Mais à Vassincourt, le curé d’alors, Claude VALLIER, a du donner des consignes plus strictes car en 1777, 1778 et 1779, quelles que soient les conditions, froid vif, pluie, vent ou canicule, le père, accompagné du parrain et de la marraine, courent au plus vite vers l’église pour que l’enfant soit baptisé. Sur ces trois années, les baptêmes sont célébrés le jour même pour 76 des 81 naissances, pour les 5 autres ils interviennent le lendemain.

Il va de soit que cette pratique n’est pas sans conséquence sur la santé de l’enfant notamment pendant les mois d’hiver.

Malheur aux naissances de janvier et février

A peine a-t-il quitté la chaleur du ventre de sa mère, que le nouveau-né est emporté vers l’église du village et le curé pour son baptême. En hiver, cette pratique est désastreuse pour les enfants. A Vassincourt, sur les 21 nourrissons nés en janvier ou février entre 1777 et 1779, seuls 6 ont survécu plus d’un an, 12 de ces nouveau-nés ont eu une vie inférieure à huit jours.

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Sur les 51 bébés nés à Vassincourt en 1777 et 1778, 20 ne survivront pas plus d’un an. Cette mortalité infantile va progressivement diminuer, notamment avec les progrès de la médecine et de l’hygiène au XIXème siècle. La population du village va continuer à croître jusqu’à ce que l’industrialisation, l’exode rural puis la première guerre mondiale n’inversent fortement la tendance jusqu’à nos jours.

 

Nota :

Un relevé des registres paroissiaux de 1777, 1778 et 1779 est fourni sur ce blog à l’onglet « Relevés »

Sources :

– Registre paroissial de Vassincourt – 2 E 544 (1) – 1756 1792
– Histoire des paysans français – Emmanuel Le Roy Ladurie
– Base Cassini de l’EHESS (population de 1793)

 

‘Le Pays de France’

Revue 'Le Pays de France' du 14 janvier 1915

Revue ‘Le Pays de France’ du 14 janvier 1915

‘Le Pays de France’
‘Le Pays de France’ était une revue mensuelle éditée par le quotidien ‘Le Matin’. A l’origine, elle est destinée à la promotion touristique et son premier numéro sur ce thème paraît en mai 1914 suivi de deux autres numéros en juin et juillet de la même année. Après le déclenchement des hostilités entre la France et l’Allemagne, le périodique va changer sa ligne éditoriale et s’orienter vers la présentation d’articles et de rubriques sur l’actualité du moment : la guerre. A partir de novembre 1914, la parution est hebdomadaire.

Les ruines de Vassincourt

Dans son numéro 13 du 14 janvier 1915 qui porte l’effigie du général Foch en couverture, ‘Le Pays de France’ montre les ruines des villages de Vassincourt et Mognéville après les combats de septembre 1914.

Photos parues dans 'Le Pays de France'

Photos parues dans ‘Le Pays de France’

Les deux premières photographies sur Vassincourt montrent l’intérieur dévasté de l’église.
Le journaliste commente ces photos en ces termes :
« La nef de la petite église de Vassincourt présente un douloureux aspect de désolation; les gravats se sont amoncelés sur le pavé; des obus ont traversé les murs, labourant les parois de leurs éclats. »
« Près du chœur, les pierres du clocher démoli ont traversé les voûtes, brisant les chaises et les bancs : tandis qu’une statue de la vierge, demeurée intacte, se dresse au-dessus de cette dévastation. »

Photo parue dans 'Le Pays de France'

Photo parue dans ‘Le Pays de France’

La photographie du bas de la page 3 montre l’église de Vassincourt et ses abords après la bataille. Les commentaires du journaliste de l’époque :
« Dans ce coin de la Meuse, la bataille a été violente. Du village de Vassincourt, près de Revigny, il ne reste qu’un monceau de ruines : le clocher a été rasé par les obus; la toiture de l’église est crevassée; les maisons que le canon avait épargnées ont été la proie des flammes : on en voit que les murs calcinés. »

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Ce document illustre la violence des combats de la bataille de Vassincourt. Il constitue un témoignage sur la dévastation du village en septembre 1914.

Sources :
– site internet – kaskapointe.fr

Un conscrit de Vassincourt à la bataille de Trafalgar

Nicolas ARRAGON est né le 9 octobre 1777 à Vassincourt. C’est le premier enfant de Nicolas ARRAGON et de Marie Jeanne HORVILLE, un couple de vignerons qui s’étaient unis quelques mois plus tôt, le 7 janvier.

Pendant toute son enfance, son horizon s’est limité au clocher de son village. Peut-être, toutefois, avait-il entendu son grand-père Jean ARRAGON (1720 – 1782) évoquer sa vie militaire lorsqu’il était « soldat au service du Roy de France dans le régiment de milice du Duché de Bar« .

Mais rien, dans la vie de Nicolas ARRAGON, ne semblait le prédisposer à parcourir un jour l’Europe et à traverser les océans.

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Bataille de Trafalgar par William Clarkson Stanfield

Conscrit de l’An VII

Dans l’été 1798, la seconde coalition, contre la jeune république française, prend forme. Elle regroupe l’Angleterre, l’Autriche, la Russie, le royaume de Naples et la Turquie. Face à cette nouvelle guerre qui s’engage, l’appel aux volontaires, pour constituer les armées, comme en 1792, se révèle insuffisant. Le 5 septembre 1798, Jean Baptiste JOURDAN, vainqueur de la bataille de Fleurus (1794), fait voter une loi sur la conscription. L’article 1er de cette loi énonce notamment que « Tout français est soldat et se doit à la défense de la patrie« .

En s’appuyant sur cette nouvelle loi, une levée est décidée fin 1798 et les préfets ont la charge de l’organiser. Tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans sont dans le champ de cette conscription. Les revues de conscrits et le tirage au sort permettront le recrutement des troupes nécessaires.

Le 14 frimaire de l’An VII de la république (4 décembre 1798 de notre calendrier grégorien),  Nicolas ARRAGON vient d’avoir 21 ans et il est l’un de ces conscrits de l’An VII et intègre la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne.

ARRAGON Nicolas - Fiche matricule.docx

Fiche matricule de Nicolas ARRAGON

Le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne

Tout comme son grand-père, mais peut-être contre sa volonté, Nicolas ARRAGON va embrasser la carrière militaire. Les premiers temps sont consacrés à son instruction puis il va suivre son unité la 67ème Demi-Brigade d’Infanterie de Ligne à travers l’Europe au cours de différentes campagnes, d’abord avec l’armée du Rhin (bataille d’Engen) puis avec l’armée d’Italie entre 1799 et 1801 dans la guerre contre la seconde coalition.

Fusilier d'Infanterie de Ligne

Fusilier d’Infanterie de Ligne

Avec le traité de Lunéville en février 1801 et la paix d’Amiens le 25 mars 1802, l’Europe entre dans une courte période sans guerre. La 67ème Demi-Brigade qui est rattachée à l’Armée d’Italie, cantonne successivement à Brescia en août 1801 puis à Bergame en 1803. Cette même année, l’unité change de nom et s’appelle désormais le 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne. Elle va stationner en Ligurie dans la région de Gènes (Riviera du Ponant , San Pier d’Aréna, Savone) jusqu’en 1804.

Durant toute cette période, Nicolas ARRAGON a suivi son unité et parcouru l’Europe mais il n’est pas au bout de ses voyages. En décembre 1804, son bataillon, le 2ème, rentre en France et fait garnison à Toulon. Trois mois après, le 20 ventôse An XIII (11 mars 1805), il embarque sur la frégate de 40 canons « La Sirène ».

A travers l’Atlantique

Après la rupture de la paix d’Amiens, Napoléon se décide à tenter l’invasion de l’Angleterre. Début 1805, il concentre des troupes à Boulogne-sur-Mer. Il donne ensuite des instructions pour que les escadres de Toulon, Rochefort et Brest se regroupent aux Antilles, afin d’attirer la flotte anglaise et alléger ainsi la puissance maritime ennemie dans la Manche.

Frégate La Sirène par Robert Boston

Frégate La Sirène par Robert Boston

Après une première tentative qui a échoué (janvier 1805), l’escadre de Toulon, commandée par Villeneuve parvient à appareiller le 30 mars 1805 en déjouant la vigilance de la flotte de l’amiral Nelson qui bloquait la rade. Onze vaisseaux de ligne et deux frégates (dont la Sirène) composent cette escadre. 1200 hommes du 2ème bataillon du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne ont été embarqués sur les différents navires. Après s’être renforcée de 6 navires espagnols, l’escadre arrive le 16 mai à la Martinique où les troupes sont débarquées.

Nicolas Arragon jeune homme de Vassincourt et fusilier de la Grande Armée vient de traverser l’Océan Atlantique et découvre les rivages exotiques des Antilles.

Le séjour est de courte durée, Villeneuve, apprenant d’une part que l’escadre de Rochefort est déjà repartie pour la France et d’autre part que Nelson et sa flotte viennent d’arriver aux Antilles, décide de réembarquer les troupes et d’appareiller le 10 juin pour rentrer en Europe. Dans l’été, les différentes escadres françaises n’arriveront pas à se regrouper. A la fin de l’été 1805, Villeneuve et son escadre, se retrouvent à Cadix bloqués par la flotte de Nelson. Il est maintenant clair que le plan de Napoléon a échoué. Dès lors les préparatifs du débarquement deviennent inutiles et Napoléon décide de transférer ses troupes sur la frontière du Rhin.

Nicolas ARRAGON et tout l’équipage de la frégate « La Sirène » sont transférés pour reconstituer les effectifs sur les vaisseaux « Achille » et « Algésiras » qui vont prendre part à la bataille de Trafalgar.

La bataille de Trafalgar

Fin octobre 1805, Villeneuve apprenant l’arrivée prochaine de Rosily nommé par Napoléon pour le remplacer, décide de sortir du mouillage de Cadix et d’engager le combat avec la flotte de l’amiral Nelson.

Le combat s’engage le 21 octobre au large de Cadix au cap Trafalgar. La flotte franco-espagnole est supérieure en nombre avec 32 navires de ligne (18 français et 14 espagnols) contre 27 navires de ligne anglais (dont 7 équipés de plus de 100 canons). Malgré cette situation qui semble favorable, le manque de préparation des flottes françaises et espagnoles et le manque de décision, d’expérience et d’allant de l’amiral Villeneuve vont conduire à une terrible défaite du camp franco-espagnol. Le bilan de cette terrible bataille est effroyable : 450 tués, 1250 blessés côté anglais, 17 navire détruits ou capturés, 4400 tués, 2250 blessés, 7000 prisonniers du côté franco-espagnol.

Le voyage de Nicolas ARRAGON qui vient d’avoir 28 ans, vient de prendre fin. Loin de son clocher, après avoir élargi son horizon à des terres lointaines, sa vie s’arrête dans ce combat dont il n’a certainement pas perçu tous les enjeux. Il est parmi les 4850 victimes de cette bataille…

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Transcription du certificat de décès de Nicolas ARRAGON :

 » Empire Français – Ministère de la Guerre
D’après l’ordre du Ministre
Le Secrétaire Générale du Ministère de la Guerre certifie qu’il résulte des registres déposés au Bureau de l’Etat Civil et Militaire de l’Armée que le Sieur ARRAGON Nicolas fils de Nicolas et de Marie-Jeanne HORVILLE né en 1777 à Vassincourt Département de la Meuse, soldat au 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne au service depuis le 14 frimaire An VII comme conscrit, a été tué au combat naval de Trafalgar le 29 vendémiaire An XIV.
En foi de quoi il a été délivré le présent certificat pour servir et valoir ce que de raison fait à Paris le 18 décembre 1809. »

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Voir aussi l’article : « Pierre Victor soldat de l’Empire »

Sources :

– Registre d’état civil de Vassincourt – 2 E dépôt 544 art. 3
– Site internet Mémoire des Hommes – Sous-série GR 21 YC 564, registres du 67ème régiments d’infanterie de ligne
– site internet – histoire-pour-tous.fr – L’Infanterie de la Grande Armée de Napoléon
– Historique du 67ème Régiment d’Infanterie de Ligne – Transcription Catherine Gasnier
– « Les Aigles de la Marine sous le Premier Empire » – Neptunia, n°74 de J. et R. Brunon

1915 – Fernand Horville fauché par la typhoïde

Deux des soldats de Vassincourt, morts pour la France pendant la grande guerre, portent le nom d’Horville : Fernand Horville et Paul Horville. Ce sont les 8ème et 9ème noms de la liste gravée sur le monument aux Morts.

Monument aux Morts de Vassincourt

Monument aux Morts de Vassincourt

Horville, une vieille famille de Vassincourt

La famille Horville est l’une des plus vieilles familles de Vassincourt. Les plus anciens registres paroissiaux connus datent de 1662 et, dès 1663, on y trouve trace de la famille Horville, comme cet acte du 27 août 1663 rédigé pour le baptême d’Anne Horville fille de Christophe Horville et d’Anne Adnot. Dans les années qui suivent, à la fin de XVIIème siècle, Jean, Nicolas et Etienne Horville sont régulièrement mentionnés dans les actes.

Fernand et Paul Horville, les deux morts pour la France du monument, ne sont pas frères mais ils sont bien de la même famille. Ils sont parents aux 8ème degré. Pour trouver leurs ancêtres communs, il faut remonter quatre générations jusqu’à Alexandre Horville (1755 – 1818) un vigneron de Vassincourt qui avait épousé Marguerite Thérèse Poinot en janvier 1781

Fernand Horville : un nom gravé sur deux monuments aux Morts

Monument aux Morts de Laheycourt

Monument aux Morts de Laheycourt

Lorsque l’on consulte sa fiche de ‘Mort pour la France’, on est surpris de constater que Fernand Horville est né à Laheycourt, où sa famille réside, un village situé à 15 km au nord de Vassincourt. On peut alors se demander pour quelle raison son nom est inscrit sur le monument de Vassincourt. Bien sûr comme indiqué plus haut, il est issu d’une vieille famille de ce village, son père y est né, mais cela n’est pas suffisant pour justifier cette inscription parmi les Morts pour la France de la commune. C’est la consultation de l’état civil qui nous apporte la réponse. Le 5 juin 1910, dans sa vingtième année, Fernand Horville a épousé Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt où il s’installe avec elle avant de partir faire son service militaire.

C’est ainsi que le nom de Fernand Horville, mort pendant la guerre en 1915, va être gravé sur les monuments aux Morts de deux villages : Vassincourt où il s’est marié et installé et où son père et son grand-père sont nés et Laheycourt la résidence de ses parents où son nom est gravé à côté de celui de son frère Albert Horville, mort le 6 mai 1915 des suites de blessures au combat.

Enfant de Laheycourt, soldat du 94 ème Régiment d’Infanterie

Fernand Horville est né le 14 septembre 1890 à Laheycourt du mariage de Jules Ernest Horville avec Marie Eugénie Rewoy. Il est le 4ème enfant d’une famille qui en comptera sept : trois garçons et quatre filles. L’une des filles, Marie Lucie, est décédée en bas âge en 1898. Le père exerce les professions de mineur puis de cantonnier à Laheycourt où le couple est domicilié. C’est au sein de cette famille que Fernand Horville vivra son enfance.

En 1902, à l’âge de 12 ans, il assiste successivement au mariage de son frère aîné Pol Alcide le 15 mai 1902 puis le 28 octobre de la même année, à celui de sa sœur Léa Virginie.

1910 est une étape importante pour Fernand Horville qui entre dans sa 20ème année mais aussi dans sa vie d’adulte. D’une taille moyenne pour l’époque, 1 mètre 71, il a les cheveux blonds et les yeux bleus et porte fièrement un tatouage sur l’avant-bras droit représentant ses initiales « HF » soulignées d’une branche de laurier. Il n’a pas encore 20 ans lorsqu’il épouse Eugénie Ernestine Rose Georget à Vassincourt. Il exerce alors la profession de terrassier.

Peu de temps après son mariage, il se présente au conseil de révision. Il y est reconnu apte pour le service. Le 1er octobre 1911, il intègre, comme soldat de 2ème classe, le 94ème Régiment d’Infanterie cantonné à Bar-le-Duc. Après 2 ans de service, il est libéré le 8 novembre 1913 avec un certificat de bonne conduite.

Comme beaucoup de jeunes hommes de son âge, il est rappelé le 1er août 1914 par le décret de mobilisation et rejoint son unité, le 94ème RI, dès le lendemain. A la fin du mois d’août, il participe aux combats dans le nord de la Meuse, en Woëvre. Par la suite, au sein de son régiment, Fernand Horville va participer aux combats de la première bataille de la Marne en septembre, puis sera engagé sur l’Yser à la frontière belge d’octobre à décembre avant de revenir en Argonne au début de 1915. C’est là non loin de la terre de son enfance que sa vie va basculer.

Mais, ce ne sont pas les armées allemandes qui auront raison de son ardeur et de son courage, il va être fauché par la terrible épidémie de typhoïde qui accompagne les armées depuis 1914.

Terrible épidémie de typhoïde de 1914 et 1915

Hôpital des contagieux de Bar le Duc

Hôpital des contagieux de Bar-le-Duc

De tout temps, les guerres ont entrainé les épidémies dans leur sillage. La Grande Guerre n’y a pas échappé. Dans les conflits antérieurs, la maladie faisait souvent plus de morts que les combats. De 1914 à 1918, les eaux stagnantes souillées de matières fécales des tranchées sont de véritables foyers infectieux de nature à favoriser le développement des épidémies. Pourtant, dans ce conflit, ni la mortalité de la typhoïde, ni plus tard celle de la grippe espagnole ne surpasseront la puissance destructive de la mitraille et de la canonnade.

La fièvre typhoïde, due au bacille salmonella typhi, est transmise par les eaux contaminées. C’est la principale, et la seule, épidémie à laquelle les armées sont confrontées au début du conflit en 1914. Au cours des quatorze premiers mois de la guerre, ce sont près de 100 000 cas déclarés qui sont répertoriés avec un taux de mortalité de 12,2 %.

Pourtant, le vaccin est connu et dès mars 1914, la loi Labbé rend obligatoire la vaccination antityphoïdique dans toute l’armée française. Mais la vaccination n’a pas permis de couvrir tous les soldats. L’organisation des campagnes de vaccination n’était pas au cœur des préoccupations de l’état-major au début de la guerre. De plus, les soldats étaient très méfiants vis à vis de ces inoculations qui les envoyaient au lit, malades pour quelques jours. Progressivement face au ravage de la maladie, l’encadrement des vaccinations est renforcé et gagne en efficacité. A partir de la fin octobre 1914, la vaccination est systématiquement pratiquée pour les nouvelles recrues mobilisées mais beaucoup reste à faire pour tous ceux qui ont été appelés au front depuis le mois d’août 1914.

La maladie fera plus de 10 000 victimes sur les dix premiers mois du conflit.

Fernand Horville a été fauché par cette terrible épidémie. Au début de 1915, alors qu’il combat en Argonne, il est atteint par la fièvre typhoïde et transféré à l’hôpital central des contagieux, annexe Exelmans, de Bar-le-Duc. Il y décédera des suites de cette maladie le 5 avril 1915. Quelques semaines plutôt, le 23 février, l’hôpital avait reçu la visite de Mme Poincaré épouse du Président de la République. Fernand Horville a été inhumé dans la nécropole nationale de Bar-le-Duc.

L’efficacité de la vaccination va progressivement réduire les effets de l’épidémie tout au long de l’année 1915. Sans être totalement éradiquée, la fièvre typhoïde perdurera jusqu’à la fin du conflit mais ses effets sur les armées dans les dernières années de la guerre seront marginaux.

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Fernand Horville est le 6ème soldat de Vassincourt mort pour la France. Un mois plus tard, c’est son frère Louis Jules Albert qui sera fauché, mort pour la France également. Leurs noms figureront tous deux sur le monument de Laheycourt. Pour ce qui concerne Fernand Horville, on peut regretter qu’il n’ait pas pu bénéficier de l’efficacité que la vaccination antityphoïdique démontra lors de cette guerre.

Sources :

– Archives Départementales de la Meuse : Registres paroissiaux et d’état civil de Vassincourt
– Archives Départementales de la Meuse : Registres d’état civil de Laheycourt
– Archives Départementales de la Marne : Registre d’état civil de Charmontois l’Abbé
– Site internet Mémoires des Hommes : fiche ‘Mort pour la France’

– Archives Départementales de la Meuse : 1 R 603 – Registre matricule

– Site internet Mémoires des Hommes : Journal de Marche des Opérations du 94ème RI
– Site internet Mémoires des Hommes : Sépultures de Guerre
– Article d’Anne Rasmussen, « A corps défendant : vacciner les troupes contre la typhoïde pendant la grande guerre »